Critique : Lanterns – Saison 1

Un anneau de pouvoir bloqué à 5 %

Fiche

TitreLanterns Titre VO–
CréateursChris Mundy, Damon Lindelof, Tom King
Acteurs Kyle Chandler, Aaron Pierre, Kelly Macdonald, Garret Dillahunt, Poorna Jagannathan
Saison1 Nombre d’épisodes8
Date de sortie05 / 10 / 2026 Durée47 à 57 mn
GenreAction, Drame, Mystère, Policier, Science fiction, Thriller ChaîneHBO Max

Deux flics intergalactiques, la nouvelle recrue John Stewart et le légendaire Hal Jordan, sont confrontés à un sombre mystère sur Terre alors qu’ils enquêtent sur un meurtre au fin fond de l’Amérique.

Critique

Lanterns est sans aucun doute un des projets DCU les plus excitants lorsque James Gunn a annoncé les grands plans du premier chapitre de DC Studios, Gods and Monsters, pour son nouvel univers. En plus, Green Lantern est probablement la franchise DC que j’apprécie le plus. On n’oublie pas non plus que le projet était vendu comme un True Detective avec des anneaux de pouvoir. Hype au max !

Ce qui est risqué avec les attentes, c’est qu’on s’expose presque inévitablement à de la déception. Néanmoins, je ne m’attendais certainement pas à être autant déçu. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une adaptation live de Green Lantern me fait le coup. Il y a déjà eu le catastrophique Green Lantern (2011) avec Ryan Reynolds.

L'annonce de la série DCU Lanterns (2026) avec Kyle Chandler et Aaron Pierre.

Je rassure d’office, on n’atteint pas le même niveau de naufrage, car il y a de la qualité à la tête de la série avec le trio Chris Mundy (Ozark, True Detective : Night Country) et Damon Lindelof (Lost, The Leftovers, Watchmen) accompagnés de la légende des comics DC, Tom King (The Vision, Mister Miracle). C’est ce qui permet d’insuffler à Lanterns un rythme certain, même s’il ne se passe pas grand-chose dans les faits. Surtout, Lanterns, c’est un casting impeccable pour le duo Hal Jordan et John Stewart. Kyle Chandler et Aaron Pierre crèvent l’écran, accompagnés d’une Kelly Macdonald inattendue et attachante.

L’anneau sans pouvoir

Mais avant d’entrer dans la partie avec spoilers — parce qu’il y en a à dire sur l’histoire racontée —, faisons un point sur la réalisation. Quand j’ai entendu True Detective, je m’attendais à une mise en scène de haute volée. D’autant plus qu’on est chez HBO. Mais au final, malgré la présence d’une franchise forte derrière, ce qui saute aux yeux, c’est le manque de moyens. Bref, on est devant un cousin de la série Dune : Prophecy.

Du coup, chez Lanterns, on essaie de minimiser au max l’utilisation de l’anneau pour éviter des effets numériques coûteux. Beaucoup d’éléments se déroulent hors champ. Ça pourrait passer si ce n’était pas autant forcé, notamment avec des ficelles scénaristiques beaucoup trop grosses pour être efficaces (certaines ficelles donnent l’impression d’avoir des héros complètement teubés). Dès lors, je me demande encore pourquoi ils ont voulu appeler cette série Lanterns. D’autres personnages DC auraient bien mieux collé à la volonté des créateurs. D’autant plus que le lore des Lanterns est ici réduit au strict minimum, comme s’il était honteux.

Pour le reste, au niveau de la mise en scène et de la photographie, on reste dans de l’efficace, mais rien de transcendant à signaler. À noter que la série est extrêmement bavarde pour, parfois, pas grand-chose. Pourtant, un plan bien choisi vaut mieux que des dialogues à rallonge… mais il y a huit épisodes à remplir.


Attention, à partir d’ici, ça spoile.

Passons à la partie qui fâche, ou plutôt au traitement qui m’a profondément déçu.

Regardez comment ils ont massacré mon garçon !

Hal Jordan. Pas de surprise, hein ? Il était le plus grand des Lanterns dans les comics. Il était l’incarnation même de la volonté. La série détourne cette idée pour le transformer en individu sans peur, mais uniquement à cause d’un mécanisme de défense dysfonctionnel dû à son trauma, pour ne pas dire une malédiction psychologique. Dès lors, son absence de peur résulte simplement de son mépris pour sa propre sécurité.

J’ai rongé tous mes ongles en pensant, comme dirait Don Corleone : « Regardez comment ils ont massacré mon garçon ! ». Si la série était un Elseworld, j’aurais trouvé le propos intéressant. Mais elle s’inscrit au sein de l’univers cinématographique officiel de DC. Certes, James Gunn avait bien indiqué vouloir laisser les mains libres aux artistes souhaitant ajouter une pierre au DCU, mais gare à ne pas ruiner l’ensemble en allant trop loin. Difficile de ne pas penser, par exemple, à la grosse erreur du Superman de Zack Snyder qui allait jusqu’à en faire un tueur. Avec une mythologie brisée dès son premier film, même si le DCEU a ses fans irréductibles, l’ensemble s’était déjà révélé bancal.

En ruinant l’aura de Hal Jordan, le DCU brise l’un des plus grands héros des comics DC sans lui donner vraiment sa chance. On voit qu’il y a clairement une volonté de faire de la diversité en laissant toute la place à John Stewart. Mais le plus rageant, c’est tout de même de faire mourir Hal Jordan aussi rapidement.

Du Lindelof en manque d’inspiration

La série devient alors une longue (mais longue) enquête policière tournant autour de la question : « Qui a tué Hal Jordan ? Et pourquoi ? ». Personnellement, je ne me suis pas passionné pour l’enquête, car les personnages proposés, hormis le duo et la shérif, se sont révélés peu intéressants. J’avais un petit enthousiasme quant à l’implication du Manhunter, mais la série le détourne pour en faire une réflexion sur la nature qui nous habite. Sommes-nous le résultat de notre éducation ou de notre nature ? Pas inintéressant, mais le traitement est terriblement banal, donnant l’impression de regarder un vulgaire épisode de Smallville.

D’autant plus avec un final sacrément décevant. Au bout du compte, le récit ne tenait que parce que la narration était morcelée en voyageant à travers les temporalités. C’est le péché mignon de Damon Lindelof, mais il s’agirait de se renouveler un peu pour réellement surprendre. Car la seule vraie surprise du show, c’est qu’Hal Jordan meurt à la fin du premier épisode.

J’espérais un retour à la vie en misant sur le lore des Lanterns : soit via la voie de Parallax qui aurait infiltré son cœur (ce qui aurait permis d’expliquer son comportement erratique), soit via la voie des Black Lantern (même si c’est un peu trop tôt). Mais non, on termine sur une note légèrement touchante, mais sacrément frustrante.

L’épisode 3, la seule véritable étincelle

Plus haut, je disais que j’avais l’impression que le lore des Lanterns faisait honte à l’équipe de la série. En effet, ils vont jusqu’à changer le serment pour renier les Gardiens et le Corps des Green Lantern. Sans parler du traitement de Guy Gardner (pauvre Nathan Fillion), qui passe pour un gros débile de première, juste digne d’exécuter les ordres. Un comble quand on connaît la version des comics qui méprise l’autorité froide et bureaucratique des Gardiens (ce n’est pas pour rien qu’il est devenu un Red Lantern !).

Finalement, je ne retiendrai de Lanterns que l’excellent épisode 3, Mis au ban, qui met en lumière l’enfance pour le moins atypique de John Stewart, sublimé par la formidable performance de l’actrice qui joue la mère.

Par triste.

Conclusion

En voulant jouer à True Detective, l’équipe créative de Lanterns a oublié ce qui fait l’essence même de cet univers. Dépouiller la série de son envergure cosmique, saccager l’aura d’Hal Jordan, avoir presque honte de son propre lore et traîner un budget faiblard, c’est un prix bien trop lourd à payer pour une simple enquête policière à la sauce Lindelof. Restent l’épisode 3 et les prestations de Kyle Chandler et Aaron Pierre pour sauver les meubles, mais c’est bien maigre.

+

  • Kyle Chandler & Aaron Pierre
  • L’épisode 3 (Mis au ban)
  • La bonne cadence

–

  • Le massacre d’Hal Jordan
  • Le manque évident de moyens
  • Le lore des Lanterns réduit au strict minimum
  • L’enquête peu passionnante
  • Une photographie simple
6/10
La bande-annonce officielle VF
La bande-annonce officielle VOST
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