Critique épicée : Signes

Poster du film Signes écrit et réalisé par M. Night Shyamalan
« Le Champ du Signe »

Fiche

Titre:Signes
Réalisateur(s):M. Night Shyamalan
Scénariste(s):M. Night Shyamalan
Acteurs:Mel Gibson, Joaquin Phoenix, Rory Culkin, Abigail Breslin, Cherry Jones, Patricia Kalember
Titre original:SignsDate de sortie:16 / 10 / 2002
Pays:États-UnisBudget:72 000 000 $
Genre:Science-fiction, Fantastique, ThrillerDurée:1h 46

A Bucks County, en Pennsylvanie. Après la perte de sa femme, Graham Hess a rendu sa charge de pasteur. Tout en s’occupant de sa ferme, il tente d’élever de son mieux ses deux enfants, Morgan et Bo. Son jeune frère Merrill, une ancienne gloire du base-ball, est revenu vivre avec lui pour l’aider. Un matin, la petite famille découvre l’apparition dans ses champs de gigantesques signes et cercles étranges. Des extra-terrestres seraient-ils à l’origine de tels phénomènes surnaturels ? Graham et Merrill vont s’efforcer de percer le mystère qui entoure ces dessins.p>

Photo du film Signes

J’ai toujours trouvé que sur cette affiche, la ferme des Hess ressemblait à un temple chinois avec en-dessous, le dessin d’un bonhomme qui fait du yoga.

Critique

Alors que M. Night Shyamalan est en train de doucement retrouver les faveurs de la critique avec son sympathique The Visit qui arrive ce mois-ci en Blu-ray, j’avais une envie de déclarer tout mon amour à celui que je considère avec Incassable comme son film le plus réussi : Signes.
Bon par contre ça spoile sévèrement. Te voilà prévenu, lecteur.

Après un générique sur fond de musique stressante et angoissante, le film commence de manière contrastée par, et comme le chantait Jean-Jacques Goldman, « ♪ un matin tout tranquille et serein… ♫». La famille Hess (composée des frères Merrill et Graham, père de Bo et Morgan) découvre des crop-circles dans leurs champs de maïs. C’est-à-dire des motifs géométriques complexes et de taille imposante réalisés par flexion des épis. Se pose alors la question de la signification et de la provenance de ces agroglyphes :
A) Canular ?
B) Dépression du maïs conduisant à un repli des épis sur eux-mêmes?
C) Invasion extraterrestres imminente ?
D) Obi Wan-Kenobi ?
Bon, faire reposer l’intrigue d’un film sur un canular ou la psychanalyse d’un épi de maïs semblant un peu léger, je casse le suspense : réponse C). Alors parlons petits bonhommes verts.
Enfin, « petits », « petits »… Peut-être qu’ils ne sont pas petits mais géants. Le maïs… Géants verts… On tient une piste là je crois !
Mais je m’égare.

Poster du film Signes écrit et réalisé par M. Night Shyamalan

« Ce n’est pas comme s’ils ne nous avaient pas prévenus.» C’est sûr que leurs intentions sont super claires.

« Avec Signes, M. Night Shyamalan refuse d’opter pour un schéma de film d’invasion extraterrestre classique. »

Des aliens donc. Avec Signes, M. Night Shyamalan refuse d’opter pour un schéma de film d’invasion extraterrestre classique, à la manière de ce que fera Steven Spielberg avec La Guerre des Mondes (il est d’ailleurs amusant d’entendre Merrill prononcer le titre du livre dans Signes). Exit les soucoupes volantes, lasers à gogo et autres explosions à tout va dont le brave chien réchappe vaillamment. Signes a beau se passer au milieu des champs de maïs, ce n’est pas un film pop-corn pour autant.
L’arrivée des envahisseurs à l’échelle planétaire ne sera donc vécue que par le prisme de la petite ville américaine de Bucks County. Et même d’un point de vue encore plus réduit : par la lorgnette de la cellule familiale des Hess. Une approche rafraîchissante.
Les seules images du monde extérieur sont rapportées par la télévision. Le film esquisse à ce moment le pouvoir de fascination que peuvent exercer les chaines d’informations en continue, la peur alors engendrée par l’extérieur, le repli sur soi et l’addiction à la moindre bribe de nouvelle image, aussi ridicule soit-elle (un oiseau qui tombe du ciel). Un propos malheureusement bien d’actualité. Le fait de ne voir que peu de personnages autres que les membres de cette famille perdue au milieu des champs et coupée du monde distille un sentiment d’isolation renforçant ainsi une ambiance déjà bien angoissante.

Photo du film Signes

Ah, là au moins on comprend !

« Signes regorge de moments absolument terrifiants. »

Car oui, Signes regorge de moments absolument terrifiants : une silhouette immobile sur le toit de la maison dans la nuit (ce plan quasi-subliminal est parfait) qui observe Graham et sa fille, les grésillements suspects et stridents du baby phone, une ombre derrière une porte qui se fige quand Graham lui parle, une partie de cache-cache nocturne dans les champs de maïs avec le vent comme seule musique ou encore la famille qui se terre au fond de la cave pour échapper à l’envahisseur. Mais surtout, ce sommet d’angoisse qu’est la vidéo amateur brésilienne (la partition de James Newton Howard fait alors des merveilles). Pour l’anecdote, cette scène a valu au film d’être recensé 77ème dans un classement paru en 2004 des 100 scènes les plus effrayantes.

Photo du film Signes avec Mel Gibson

« Mel épie les épis » Epice.

« La suggestion passe par la mise en scène en refusant de tout montrer bêtement en plein cadre . »

Ces scènes fonctionnent grâce à une belle économie d’effet. Les créatures mettront du temps à se dévoiler (heureusement car leur rendu n’est pas toujours réussi, même si l’image floue de la vidéo du Brésil ainsi que le reflet dans la télé et le contre-jour durant le climax fonctionnent bien comme cache-misère) et tant mieux car rien ne vaut la suggestion.
Cette dernière passe par la mise en scène en refusant de tout montrer bêtement en plein cadre : Un couteau utilisé comme miroir sous une porte pour tenter de voir ce qui se trame dans la pièce voisine. Le flash-back du drame de la famille Hess racontée par bribe tout au long du film. Des dialogues rapportant des scènes marquantes qui n’auraient pas fonctionné par l’image (une vieille dame qui crache sur tous les skate-boards d’un magasin ou le monologue de Merrill sur son chewing-gum salvateur durant la soirée où il aurait pu emballer une fille). L’invasion de la maison entièrement retranscrite par le son. La caméra statique filmant une simple lampe torche alors que Morgan est sur le point de se faire enlever en hors-champ, créant alors une vraie frustration pour le spectateur. Le long plan fixe et silencieux de 30 secondes durant lequel Merrill décide de rejoindre la surface pour s’assurer que tout danger est écarté. M. Night Shyamalan fait preuve de créativité en jouant avec les cadres et la grammaire cinématographique. Et ça fonctionne.

« L’audace du réalisateur se retrouve aussi dans certains choix assez peu commun. »

L’audace du réalisateur se retrouve aussi dans certains choix assez peu commun : deux chiens qui meurent (un poignardé par un enfant, l’autre tué par un envahisseur), l’eau d’ordinaire symbole de vie utilisée ici comme arme de mort (notamment durant le puissant et mortel coup de batte de base-ball, filmé depuis le point de vue de l’extraterrestre) ou encore parler de foi via le personnage d’un prêtre qui ne croit plus en Dieu (la mise en scène est à ce moment encore pleine de sens avec le visage de Graham partagé entre lumière et obscurité).

Heureusement, de nombreuses touches d’humour bienvenues allègent le film : les confessions de l’employée de pharmacie, Graham (joué par Mel Gibson) angoissé à l’idée de balancer des injures en faisant croire qu’il est Hors de contrôle, la théorie de Merrill sur les auteurs des prétendus canulars qui ne seraient que des tarés sans copine ou encore les chapeaux en papier d’aluminium. Le film mêle angoisse et humour. Et Mel Gibson.

Affiche d'Hors de contrôle

Un Mel Gibson hors de contrôle, quelle idée…

« Signes est aussi une histoire sur la foi. »

Mais Signes n’est pas qu’un film fantastique (dans les deux sens du terme) intimiste et réussi avec pour toile de fond, un poignant drame familial. C’est aussi une histoire sur la foi. Pas seulement religieuse, mais au sens large. Un peu à la manière du leitmotiv de Lost : « Everything happens for a reason ». Une idée parfaitement retranscrite dans le climax, véritable maelström émotionnel durant lequel des éléments distillés durant le film (les « Signes » du titre qui ne renvoient donc pas seulement aux crop-circles), a priori anodins, s’imbriqueront parfaitement pour accoucher d’un épilogue tout en pudeur et en émotions. Ces dernières minutes sont totalement sublimées par la puissante partition lyrique d’un James Newton Howard décidemment en très grande forme.

Photo du film Signes avec Joaquin Phoenix

Merrill, ce modèle d’éducation. Un repère familial fort et stable pour les enfants.

« Mel Gibson dans l’un de ses derniers rôles marquants. »

Coté casting, on retrouve Mel Gibson dans l’un de ses derniers rôles marquants. Avec son personnage de Graham, il joue dans la catégorie poids lourd. Tout en finesse et sensibilité, mad Mel est exceptionnel. Son frère Merrill est campé par un Joaquim Phoenix moins expressif, le personnage étant un cogneur d’Amérique profonde, sympathique mais apathique. Pour une performance mémorable, on attendra donc ses films suivants pour que Phoenix renaisse de ses cendres. Mais Signes marque surtout la révélation d’Abigail Breslin, véritable petit bout de chou, par moments totalement scotchante du haut de ses 6 ans, notamment dans la scène du repas. Pas étonnant que sa carrière ait autant décollée par la suite. Son frère (oui, tout le monde a un frère dans ce film) est joué par Rory Culkin, tête à claque un peu casse-couille. Mais le petit Rory me permet de placer une anecdote plus intéressante que sa performance, à savoir l’identité de son doubleur en version québéquoise : Xavier Dolan. Car en plus de rafler moult prix dans divers festivals, Xavier Dolan est aussi le doubleur officiel de Taylor Lauter (Jacob dans Twilight), Rupert Grint (Ron dans Harry Potter), Josh Hutcherson (Peeta dans Hunger Games) ou encore d’Aaron Taylor Johnson (Kick-Ass dans… merde, j’ai oublié le nom du film).

Par Thomas Humbert, le .

Photo de Taylor Lautner

Xavier Dolan.

Conclusion

M. Night Shyamalan signe son meilleur film. Tout comme Merrill, le réalisateur frappe fort. Signes est un cocktail réussi d’émotions, faisant preuve d’une approche novatrice de l’invasion extraterrestre, parsemé d’humour avec une mise en scène intelligente, le tout soutenu par de belles performances d’acteurs. Blindé de scènes fortes et véritable réussite à tous les niveaux, le 5ème film du réalisateur est à mon sens son dernier chef-d’œuvre à ce jour.

+

  • Un traitement intelligent de l’invasion extraterrestre
  • Mise en scène réussie
  • Mel Gibson et Abigail Breslin
  • Scènes sublimes et angoissantes
  • Partition grandiose de James Newton Howard

  • Quelques effets spéciaux un peu ratés
Trophée9/10
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A propos de l'auteur : (52 articles)

Avatar de l'auteur EpicePassionné de cinéma depuis sa rencontre avec des dinosaures à Jurassic Park (lectrice ou lecteur de ce blog, l’impression de « déjà-lu » est normale). Je suis particulièrement friand des films de ces 40 dernières années. Suite à l’invitation du Maître des lieux, je vais partager au mieux mes impressions sur les bobines qui ont retenu mon attention.

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  • http://marvelll.fr/ Marvelll

    Genius ! « comme le chantait Jean-Jacques Goldman, « ♪ un matin tout tranquille et serein… ♫». », le titre de la chanson (Il suffira d’un signe) m’a tué !

    Une critique très inspirée avec beaucoup d’humour comme d’habitude.

    Concernant le film, il ne m’a pas spécialement marqué, car pour tout te dire, le seul truc dont je me rappelais avant de lire ta critique, c’est le coup de chapeaux en alu. Il faut dire que mis à part Incassables, je n’ai jamais été vraiment pris par les films de Shyamalan. Pour le Sixième Sens, on m’a spoilé l’état de Bruce Willis, so… Par contre, je me rappelle avoir bien aimé La Jeune Fille de l’eau.

    En tout cas, je n’en reviens pas de comment la carrière de Shyamalan a périclité après ce film. Avec le recul, c’est assez fou. Le mec fait un carton monstrueux puis enchaîne les ratés dont deux énormes fours.

    • Epice

      Merci buddy! Bizarrement je ne l’avais pas revu depuis des années et l’inspiration est venue toute seule.

      Pareil pour 6ème sens, je connaissais le twist. Incassable, je l’avais trouvé décevant à sa sortie. Avant de le revoir au moins 6 fois et de comprendre qu’il ne s’agissait rien de moins que l’un des meilleurs films de super-héros qui soit.

      Carrément pour sa carrière… Mais je suis sûr qu’il en a encore sous le pied et qu’il saura encore nous surprendre…

      • http://marvelll.fr/ Marvelll

        D’ailleurs, faudrait voir que ça donne sa série, Wayward Pines. Les retours ne sont pas mauvais du tout en plus .

  • Ze Wookie

    Ben voilà, tout est dit.
    Ce que j’aime chez ce réalisateur, c’est les émotions qu’il peut provoquer avec rien, juste des bruits et des ombres. Cette manière de filmer est exceptionnelle et je regrette de ne pas avoir retrouvé cette signature toute particulière dans le dernier maître de l’air ou after earth (qui auraient pu être réalisés par n’importe qui). Faudra que je me penche sur le The Visit du coup.
    J’ai adoré également Phénomènes, la Jeune Fille de l’Eau et le Village dans lesquels le réalisateur arrive à nous faire vivre des émotions puissantes sans rien montrer.
    Le problème avec ce réalisateur, c’est que le public attendait systématiquement un twix final exceptionnel (ce qui était réussi sur 6ème sens et incassable) et jugeait la qualité de ces films sur ça. Perso, après moultes visions de ces films, je me suis rendue compte que les sujets abordés étaient beaucoup plus intimistes que ce que le public croyait. Ainsi, Signes est un film sur le deuil et la foi (plutôt qu’un film d’extraterrestres), Le Village est une histoire d’amour, Phénomènes parle du couple, Incassable de notre difficulté à trouver notre place et notre raison d’être dans le monde etc… Au final, le twix final n’a pas vraiment d’importance, c’est un petit plus mais ça n’est pas ce qui fait vivre le film lorsqu’on le voit plusieurs fois.
    Et la musique ! Une pure merveille effectivement. Celles d’Incassable, du Village et de Signes sont tout bonnement prodigieuses.
    En tout cas merci pour cette critique !

    • http://marvelll.fr/ Marvelll

      C’est vrai ça ! À chaque fois que je regardais un film de Shyamalan, j’attendais qu’on me file un twix pour pouvoir le manger 😛

      • Ze Wookie

        Et bien sûr la grosse nunuche que je suis vient de se rendre compte de sa terrible nunucherie de ce weekend (fatigué) qui m’a fait mettre twix au lieu de twist… no comment 😉

    • Ze Wookie

      Les twix c’est pas bon, rien ne vaut un bon Lion, pour rugiiiir de plaiiiisir :p

    • Epice

      Merci beaucoup pour ton retour, ça fait du bien de lire qu’une autre personne aille un peu au-delà des simples E.T un peu con car ils envahissent une planete composée d’eau, qui est pour eux mortels. Le fond du film, c’est effectivement totalement la foi perdue puis retrouvée et le deuil comme tu l’as si bien remarqué
      La BO est effectivement exceptionnelle!
      Pour The Visit, ne t’attends néanmoins pas à un film de ce niveau. Ca reste du found-footage mais par moments assez effrayants et qui met mal à l’aise et le tout avec quelques touche d’humour bien foutues!

      • Ze Wookie

        Mes amis m’ont interdit d’aller voir the Visit (avec eux) au cinoche à cause du found-footage qui me remue le bide. Je garde un souvenir cuisant de Cloverfield… Faudra que je me le fasse à la téloche, en plusieurs fois, à jeun… 😀
        Perso, je pense que les films de Shayamalan valent vraiment le coup lorsqu’on les a vu plus d’une fois, c’est là que le vrai thème du film apparaît (le reste n’est que de l’esbroufe au final).

  • J.Pinkman

    Pour moi c’est 3 MEILLEURS film (que j’adore), sont c’est 3 premier….Signes, Incassable et Signes.

    A partir du Village, j’ai trouver sa sympa….mais sans plus. Le reste j’ai pas aimée a détester.

    Dommage…..quand ont a vu les début du monsieur….et finir comme il a finie.

    The Visit est sympa sans plus perso.

    En tout cas, superbe critiques, merci.

    • J.Pinkman

      6éme Sens pour le premier….pardon ^^. La drogue c’est mal xd.

      • http://marvelll.fr/ Marvelll

        M’kay.

      • Epice

        Signes deux fois dans le top 3, bien joué 😀
        Le réalisateur a vraiment perdu de sa superbe au fil des films c’est certain. Mais The Visit, sans être son meilleur, a le mérite de nous redonner foi dans le bonhomme!
        Merci d’avoir apprécié mon petit pavé 🙂