Critique : Je veux juste en finir

Voyage au bout de la solitude

Fiche

Titre Je veux juste en finir Titre VOI’m Thinking of Ending Things
Réalisateur Charlie Kaufman Scénariste Charlie Kaufman
Acteurs Jessie Buckley, Jesse Plemons, Toni Collette, David Thewlis
Date de sortie04 / 09 / 2020 (Netflix) Durée2h 14
GenreDrame, Horreur, Thriller Budget

Les apparences sont trompeuses pour cette femme qui rejoint son nouveau petit ami – sur lequel elle a des doutes – pour un séjour dans la ferme isolée de ses parents.

Critique

Perfection narrative

Par où commencer ? Et si je débutais avec un avertissement ? Ça me paraît être une bonne idée, car le nouveau Charlie Kaufman, co-détenteur de l’Oscar du meilleur scénario original pour Eternal Sunshine of the Spotless Mind, est une œuvre dont je peux parfaitement comprendre si on en dit que c’est de la merde. En effet, Je veux juste en finir n’est pas évident à comprendre. C’est carrément le genre de truc qu’il faut lancer avec une forme optimale et une motivation au top. Bref, pas en voulant un truc pour avant le dodo.

Personnellement, j’ai été bluffé. Allez, je le dis, je me suis pris comme un coup de poing du One Punch Man en pleine mâchoire. Défaite par KO technique. Même si c’est son troisième long-métrage après Synecdoche, New York (2008) et Anomalisa (2015), ce n’est que le premier film que je vois de l’homme Kauf. Ainsi, je ne savais pas trop quoi à m’attendre. Le choc n’en aura été que plus grand. J’ai été ébahi par la justesse et la maîtrise de la narration. Que ce soit au niveau des dialogues, de la mise en scène ou de la direction des acteurs. Carton plein dans tous les domaines. J’en profite également pour rendre hommage à la magnifique photographie de Lukasz Zal.

Retour à Silent Hill

Je veux juste en finir est une expérience compliquée à raconter. Le mieux, c’est donc de le voir. Ce sera l’occasion de vivre un voyage inoubliable sur fond de solitude et de regrets. L’ambiance est extraordinaire et je pèse mes mots. La bizarrerie de la narration m’a rempli d’un sentiment de malaise digne de mes expériences avec les jeux vidéo Silent Hill et Silent Hill 2. Par ailleurs, le passage dans la maison des parents du petit-ami est un grand moment du cinéma horrifique.

Je me répète, mais ne regardez le film que si vous êtes en forme, car les dialogues fusent sans pour autant qu’ils ne fassent office de remplissage. Au contraire, il faut écouter méticuleusement chaque réplique pour éclaircir le brouillard dans lequel nous plonge Charlie Kaufman afin de percer le mystère. Un exercice que j’ai beaucoup aimé, car rares sont les films à vraiment s’y aventurer. De plus, derrière, il y a des réflexions philosophiques passionnantes concernant la solitude et les regrets. Sans oublier, les expérimentations d’un Kaufman n’hésitant pas à mélanger les genres et à employer du méta.

L’heure des explications

Attention, cette partie spoile sévère

Sinon, pour ceux ayant vu le film, mais n’ayant rien compris. Je vais tenter de l’expliquer. Attention, ce point de vue n’engage que moi, car ce n’est pas une explication que j’ai récupérée d’une interview de Charlie Kaufman. Je peux donc me planter sur certains détails.

Fantasme d’un vieil homme

Tout d’abord, la fille rousse jouée par Jessie Buckley (pour l’anecdote, Brie « Captain Marvel » Larson avait le rôle à l’origine) n’existe pas. Elle n’est que le produit du fantasme de Jake (qui a les traits de Jesse Plemons, mais aussi du concierge du lycée joué par Guy Boyd). Pour situer l’histoire, tout ce qu’on voit du voyage de la fille et de Young Man Jake n’est que le produit d’un fantasme d’un vieil homme (Old Man Jake) rongé par la solitude et le regret. L’ouverture du film le pointe particulièrement en établissant une parallèle entre les deux trames. La fille attend Jake et le vieil homme se lève.

Conséquence, on peut aisément en déduire, bien aidé par les coupures où on suit la routine d’Old Man Jake, qu’il imagine l’histoire avec la fille rousse et Young Man Jake durant sa journée où il n’a que la solitude comme compagne. Un exemple est particulièrement frappant. Dans la vraie vie, Old Man Jake regarde un film de Robert Zemeckis puis dans le fantasme, lors du chemin en voiture, on peut voir les traits de l’héroïne du film de Zemeckis (Colby Minifie) à la place de ceux de Jessie Buckley. Ça marche aussi avec les filles travaillant à Tulsey Town. Il les a croisés au lycée puis les utilise dans son histoire.

Regrets d’un vieil homme

L’ultime confrontation entre la fille et Old Man Jake permet également de mettre en lumière l’origine de cette fille que Jake appelle par plusieurs prénoms dans le film. On peut la voir comme un melting pot de femmes qu’il n’a jamais osé aborder. Durant le dîner, la fille raconte comment elle a rencontré Jake. Durant la confrontation finale, on comprend alors que Jake n’a jamais franchi le pas. La jeune femme devient le symbole du regret de Jake. On a tous une histoire en nous comme ça : et si on avait tenté de franchir le pas avec un garçon ou une fille, à quoi aurait ressemblé notre vie ?

Le passage dans la maison avec la vie des parents qui se déroule devant nous nous fait comprendre que Jake a arrêté sa carrière de physicien pour s’occuper de ses géniteurs.

Quant au mantra « Je veux juste en finir » répété plusieurs fois par la fille (car la fille est également Jake comme le démontrent les peintures), il s’agit tout simplement du mantra d’OId Man Jake. La fin le démontre clairement avec le suicide de ce dernier. Mort par hypothermie avec une ultime hallucination : celle du cochon dévoré vivant par les asticots suivi par une ultime comédie musicale où son fantasme atteint son sommet.

Par ravi de voir que Netflix commence à pondre des films de cet acabit.

Conclusion

Je veux juste en finir n’est pas un film à mettre entre toutes les mains. Personnellement, sa narration et sa photographie maîtrisées à la perfection m’ont emmené pour un voyage dont je me souviendrais longtemps. D’un, pour sa fascinante bizarrerie. De deux, pour son côté malsain qui m’a fait remonter des souvenirs de mes séances vidéoludiques sur les deux premiers Silent Hill. De trois, pour son mystère dont la résolution finale ne m’a pas déçu. À mes yeux, il s’agit d’un véritable chef d’œuvre.

+

  • Narration confinant au sublime
  • Mystère malsain à la Silent Hill et fascinant avec une conclusion satisfaisante
  • Photographie sublime
  • Acteurs excellents

  • Un poil trop long
9/10
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