Critique : Westworld – Saison 1

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

Fiche

TitreWestworldTitre VO
Créateurs Jonathan Nolan, Lisa Joy
Acteurs Anthony Hopkins, Evan Rachel Wood, James Marsden, Ed Harris, Jeffrey Wright, Thandie Newton
Saison1Nombre d’épisodes10
Date de sortie02 / 10 / 2016Format60 mn (variable)
GenreDrame, Thriller, Science fiction, WesternChaîne:HBO

Westworld est un parc d’attractions futuriste recréant l’univers de l’Ouest américain (Far West) du XIXe siècle. Il est peuplé d’androïdes, appelés « hôtes » (hosts), réinitialisés à la fin de chaque boucle narrative. Les visiteurs, appelés « nouveaux venus » (newcomers), peuvent y faire ce qu’ils veulent sans aucune conséquence. Mais à la suite d’une mise à jour du programme des androïdes, les dirigeants du parc devront faire face à plusieurs bugs dans leur comportement.

« Je ne sais pas. C’est chaud quand même. Je ne sais pas. Remplacer Game of Thrones, c’est de la pression quand même. Déjà que je n’ai pas réussi à gérer Wolverine… Ni le Phénix, d’ailleurs. »

Critique

HBO doit commencer à réfléchir à l’après Game of Thrones vu qu’il ne reste plus que deux saisons à la série avant son dénouement. Pour ce faire, elle a sorti l’atout Westworld de sa manche.

Un film avant d’être une série

À la base, Westworld est un vieux film (1973, quand même) sorti en France sous le titre de Mondwest (traduction littérale un peu bizarre du titre original vu que seulement la moitié a été traduite). Parmi ses particularités, il a été écrit et réalisé par Michael Crichton, immense auteur qui nous a quittés en 2008. On doit à ce dernier un paquet de films qui adaptent ses romans et dont le plus connu est Jurassic Park.

D’ailleurs, difficile de ne pas penser à Jurassic Park en regardant Mondwest tant les thèmes sont proches : un parc d’attraction géant avec des robots/dinosaures qui finissent par se révolter. La star du film de Crichton est Yul Brynner assez crédible en Terminator d’avant l’heure. James Cameron livrant son film onze ans après, il n’est pas déraisonné de penser qu’il s’en est inspiré. De plus, au départ, son T-800 était un homme d’apparence normal (comme Brynner) avant qu’Arnold Schwarzenegger ne rafle le rôle.

Après avoir vu le premier épisode de la série Westworld, je me suis laissé tenter par le film. J’aurais mieux ne pas le faire, parce que franchement, ce n’est pas terrible du tout. Au début, c’est amusant grâce à son pitch, puis on finit rapidement par tourner en rond avant de sombrer dans un gros n’importe quoi. Ainsi, j’ai fait l’impasse sur sa suite, Futureworld (Les rescapés du futur chez nous).

Démarrage poussif

Concernant la série, s’il y a quelque chose qu’il faut immédiatement reconnaître, c’est la qualité technique et narrative (on se croirait devant un film de Nolan – pas étonnant vu que son frère est impliqué). Aussi, un gros, gros casting pour une série. Ça respire les moyens au travers d’impressionnants décors, d’une reconstitution historique forçant le respect sans oublier l’aspect futuriste pas dégueulasse alternant entre le propret d’un 2001 et le sale d’un Alien.

Malgré tout, j’ai eu un mal fou à rentrer dans l’histoire. J’étais là à me dire qu’ouais, c’était bien fait, mais je n’arrivais pas à accrocher. Je me contentais de suivre les péripéties sans déplaisir, mais sans emballement non plus. Mon gros bémol, c’est que la série cherche à ce qu’on ait de l’empathie pour les robots. Or, comme sur A.I. Intelligence artificielle, comment avoir de l’empathie pour des machines ? L’androïde Dolores (Evan Rachel Wood) a beau montrer des signes d’anormalité, il n’empêche qu’elle reste une machine se contentant de suivre son code.

Malheureusement, du côté des humains, il n’y a pas vraiment de figures fortes pour contrebalancer. Cette remarque n’est valable que si on omet ceux incarnés par les deux immenses acteurs : Anthony Hopkins et Ed Harris. Ce dernier est d’ailleurs tout un symbole. Il est introduit comme un méchant, car il fait des choses sales à Dolores. Mais peut-on vraiment lui en vouloir sachant qu’il est dans un parc d’attractions et que son intérêt est justement de lui permettre de pouvoir assouvir ses pulsions les plus perverses sans nuire à la société. Dès lors, je n’ai pas vraiment suivi le chemin que les créateurs de la série auraient voulu que je suive…

Mais qui se cache derrière ce visage ? Odin ou Loki ?

Du mieux arrivé à la moitié de la saison

Westworld finit par devenir plus excitant à partir de la mi-saison en déployant des intrigues plus intrigantes dont la figure de proue n’est pas sans rappeler le chef d’œuvre de Philip K. Dick adapté au cinéma et en jeu vidéo sous le titre de Blade Runner. Tout l’intérêt de l’histoire est de savoir si oui ou non, les androïdes ont une conscience.

Bon franchement, j’ai encore eu du mal à m’y intéresser. Déjà, le personnage principal, Dolores, est un peu mou et cumule pas mal de clichés inhérents à son code qui finissent par devenir lourds. Ce n’est donc pas étonnant que Westworld s’emballe dès qu’il délaisse l’intrigue de Dolores, même s’il faut reconnaitre à cette dernière un joli final. Concernant cette intrigue, la résolution du mystère est finalement un frustrant gros plouf dans l’eau. Tout ça pour ça ?! Sans oublier, que pour ce faire, elle tente vraiment de diaboliser les humains au point parfois de succomber à la facilité en faisant de ces derniers des monstres et des androïdes, de pauvres victimes. Un procédé rappelant celui d’A.I. (encore lui) et pas foncièrement inspiré.

Quand Westworld décide d’abandonner ses interrogations sur la conscience de ses androïdes, la série devient bien meilleure. Notamment via le personnage de Thandie Newton et surtout Anthony Hopkins, vraiment excellent pour instiller un soupçon de paranoïa et de mystère (par ailleurs, l’occasion d’une parenthèse Marvelienne avec une rencontre avant l’heure entre Odin et Valkyrie).

Autre point qui m’a un peu dérangé. Cette impression que les auteurs changent les règles du jeu quand ils en ont envie. L’exemple que j’ai particulièrement en tête, c’est l’impact des armes sur les humains. Dans le premier épisode, le personnage d’Ed Harris se fait tirer dessus, mais reste stoïque. Dans le dernier épisode, il se fait tirer dessus et tombe sous le coup des balles. Alors que rien n’a changé entre les deux contextes…

Quoi attendre pour la suite ?

Ça a été annoncé, Westworld ne reviendra pas avant 2018. Vu les moyens déployés, les producteurs du show considèrent qu’un délai d’un an est trop court. En effet, ils ont mis le doigt sur la différence avec Game of Thrones. Cette dernière dispose d’une base : les romans.

Le final a aussi permis d’observer quelques pistes pour la suite et on peut dire qu’elles ne sont pas sans rappeler le reboot de la saga La Planète des Singes.

Au rayon des audiences, la série a fait un carton avec une moyenne de 12 millions de vues par épisodes. C’est mieux que la première saison de Game of Thrones. Néanmoins, il faut considérer que pour ces chiffres, HBO avance les vues avec le service de streaming de la chaîne. Ce dont n’avait pas bénéficié la série fantastique à l’époque.

Par qui demande à voir, le8 décembre 2016.

Entre l’homme de Vitruve et le Terminator.

Conclusion

Annoncé comme le successeur de Game of Thrones, Westworld balance du lourd techniquement avec une efficace intrigue à tiroirs déployant une réflexion philosophique ambitieuse directement inspirée par Blade Runner. Néanmoins, je n’ai pas réussi à accrocher à fond, car la série emploie des procédés légèrement douteux et la réflexion philosophique n’est pas vraiment maitrisée en reproduisant les mêmes erreurs que le film de Steven Spielberg, A.I. Intelligence artificielle.

+

  • Des idées excellentes…
  • Techniquement et narrativement, ça tue

  • …, et d’autres moins
  • Reproduit les mêmes erreurs qu’A.I. Intelligence artificielle
7/10

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A propos de l'auteur : (2791 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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  • Captain Cook

    Superbe série je trouve. Depuis Fringe, de voir une série « SF », a fond comme sa, ca me fait grave plaisir.

    Elle ne court pas les rue (enfin….surtout quand c’est de qualité) !

  • Mickael

    Toi aussi tu te poses des questions sur les armes à feu ? Remarque dans le film aussi on peut se demander comment ça marche finalement 🙂

    WestWorld est le genre de série qu’il faut voir plusieurs fois pour voir les x détails qu’on a loupé en un seul visionnage.

    WW est à voir !

    • Dans le film, il me semble que les armes arrivent à savoir si l’individu en face est un robot ou une machine et ne s’activent que si c’est bien un robot. Je trouve ça meilleur que dans la série, car ça évite que les invités se tirent entre eux. Un point jamais abordé dans la série et je trouve ça pas très crédible. Genre, les invités ne se cassent pas la gueule entre eux en croyant avoir affaire avec un robot. Surtout quand ils sont complètement bourrés ?

      Y a beaucoup de détails comme ça qui sont spaces.

      • Mickael

        Dans le film, en théorie oui car ça détecte la chaleur humaine et ne s’active pas. Ils nous le disent et le montrent même. Sauf que par 2 fois clairement, leur explication ne tient plus ^^
        Mais cette explication permet de montrer pourquoi les humains sont contents de se lâcher de manière insouciante, et montrer aussi qu’il y a 1 parc par thème avec plusieurs humains par parc.
        Dans la série on ne sait pas, surtout quand on voit la quantité d’humains qui prennent le train à la fin. C’est dommage.

        • Le film, à la fin, ça devient un gros n’importe quoi.

          Pour la série, en plus, il me semble que les arrivées sont assez courantes. Au moins, une fois par jour, avec ceux qui restent. Ça fait comme un club de vacances, ça finit par faire un joli monde.