Critique : Django Unchained

Le meilleur Tarantino ?

Fiche

TitreDjango Unchained
RéalisateurQuentin Tarantino
ScénaristeQuentin Tarantino
ActeursJamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson, Jonah Hill, Don Johnson, Walton Goggins, James Remar, Dennis Christopher
Titre original:Date de sortie:16 janvier 2013
Pays:USABudget:100 000 000 $
Genre:WesternDurée:2h44

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs. Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves… Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…

Critique

Quentin Tarantino a toujours eu un talent fou et malgré son génie, il a toujours su monter des projets qui lui tenaient à cœur, à mille lieux de la déferlante des comic movies ou des blockbusters calibrés. Je vais quand même vous avouer que j’étais assez dubitatif à l’idée qu’il retourne au western, un genre déjà abordé dans le deuxième volume de Kill Bill où la mariée affrontait Budd et Elle Driver. Surtout après qu’il nous ait offert un univers hors norme avec son précédent : la seconde guerre mondiale. Malgré tout, pour ne pas faire plus de suspense à propos de la qualité de Django Unchained (de toute façon, il n’y en a pas) et malgré les défauts de son Inglourious Basterds (notamment avec une Melanie Laurent catastrophique, de l’aveu même de l’actrice) qui m’avait fait revoir mes ambitions à la baisse pour ce nouveau, Django rocks!

Attendez avant de continuer, je voulais tout de même vous faire partager mon historique Tarantinesque au cinéma où ne comptent pas Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Jackie Brown découverts à la télé et intensément adorés surtout le dernier, bizarrement le moins populaire des Tarantino. A chaque fois, la découverte d’un nouveau Tarantino était synonyme de déception. J’en attendais toujours plus surtout quand les critiques sont unanimes et systématiquement, la déception était ma compagne en sortant du cinéma (je sais, je paraphrase mais j’insiste dessus, vous allez comprendre pourquoi). Ce n’est seulement qu’en les redécouvrant une seconde fois ou une troisième que je me mettais à les adorer (notamment la saga Kill Bill que j’ai du voir au moins cinq fois). Mais pour Django Unchained, le coup de foudre fut foudroyant (sorry pour le jeu de mots) et immédiat ! Aucun défaut n’entache ce film qui accomplit un voyage jamais emmerdant malgré deux heures quarante-cinq au compteur (même Le Hobbit n’avait pas réussi pareil exploit). Enfin aucun défaut, sauf un facilement oubliable (j’y reviens plus bas).

La grande force de ce Tarantino réside en ses acteurs absolument splendides bien aidés par un scénario au poil et rarement prévisible : la grande marque de fabrique de Tarantino, désormais on sait qu’il ne faut s’attendre à rien avec lui. Qui avait prédit la fin de Kill Bill ? Tout le monde pariait sur un massacre sanglant ou un duel au sommet. Qui aurait prédit la fin d’Inglourious Basterds ? Le même constat peut s’appliquer sur Django Unchained où Tarantino prend un malin plaisir à nous manipuler surtout sur la fin. J’étais persuadé que le film allait se terminer sur une scène avant de découvrir que ça continuait. Sans oublier que le déroulement du film est rarement prévisible.

Avec Django Unchained, Tarantino délivre sa vision du western spaghetti (histoire de rendre hommage à son idole Sergio « Le Bon, la Brute et le Truand » Leone. Le titre originel du long-métrage était même “The Angel, The Bad And The Wise”. Toutefois personne ne s’attendait à le voir sauter les deux pieds en avant dans le puits de l’esclavage, sujet tabou dans le cinéma américain. Quand je dis, les deux pieds en avant, c’est vraiment le cas, le mot-qu-il-ne-faut-pas-prononcer « négro » est sûrement le plus utilisé de tout le film (110 fois d’après des gens qui se sont amusés à compter) et une énorme partie du film se déroule dans une plantation négrière (le fameux Candyland). Bien évidement, cela a amené une petite polémique aux States avec ce fameux Spike Lee qui bien évidemment s’est posé en fervent défenseur des noirs, le tout sans avoir vu le film, sic – mais bon, c’est un litige qui remonte depuis Jackie Brown, pour ma part, je le trouve assez agaçant et plutôt raciste, à l’entendre, seul les noirs ont le droit de réaliser des films ayant pour héros des noirs dans l’histoire des noirs. Je simplifie peut-être mais c’est l’impression qui en ressort en l’écoutant. Néanmoins on peut se poser une question : pourquoi Django Unchained a-t-il amené une telle polémique alors qu’Inglourious Basterds parlait de l’Holocauste? Car justement, Tarantino a pris le risque de pénétrer dans une période de l’histoire encore masquée de nos jours, comme un vieux secret de famille rongeant les États-Unis alors qu’Inglourious Basterds avait derrière lui des milliers de films sur le thème de l’Holocauste. Et en plus, blaxploitation…

Pour son très long tournage (130 jours, ça reste quand même éloigné de la trilogie Le Seigneur Des Anneaux avec 274 jours mais à sa décharge, il n’a fait qu’un film), Tarantino s’est entouré d’un casting hors norme. Le nazi Christoph Waltz rempile avec un autre oscarisé Jamie Foxx (pour Ray) et l’injustement boudé aux Oscars, Leonardo DiCaprio. Pour l’histoire, ce dernier aurait dû incarner Hans Landa dans Inglourious Basterds, rôle finalement dévolu à Christoph Waltz pour le résultat qu’on connaît. Ce n’est que partie remise, il incarne ici Calvin Candie et je peux dire qu’il est mémorable dans ce rôle où il offre une palette de talents à faire pâlir bon nombre de ses confrères de la profession. La magie avec Leo, c’est qu’il est capable de tout jouer sans qu’on ne pense à l’acteur. En voyant Calvin Candie, on pense d’abord « Oh Leo dans un Tarantino, depuis le temps que j’en rêvais » puis le charme opère, on ne pense plus qu’à son personnage et non plus à l’acteur. Avec en bonus, un mémorable coup de folie et un monologue affriolant (Django Unchained n’échappe pas à la règle « tarantinesque » des meilleures répliques jamais sorties au cinéma).

Christoph Waltz est toujours aussi excellent dans un rôle très différent du nazi (plus proche de Calvin Candie), en effet il apparaît comme le Saint du lot avec un sens de l’élocution qui allié avec la magie des mots de Tarantino donne un cocktail détonnant et souvent très drôle car Waltz sort sa panoplie humoristique, pas vraiment une surprise de le savoir aussi drôle car il en avait fait de même pour le The Green Hornet de Michel Gondry.

Dans une moindre mesure, Jamie Foxx incarne le premier rôle mais il est le personnage le moins mémorable des trois. Ce qui ne l’empêche pas d’être un excellent Django, l’esclave qui ne défia pas un empire mais pas loin pour l’amour de sa vie. Aussi soulignons son excellente performance dans le remake de la bataille culte de Kill Bill : Volume 1 avec des pétoires à la place de couteaux.

Dans des rôles plus mineurs, soulignons un excellent Samuel L. Jackson malgré un maquillage foireux pour sa cinquième collaboration avec le cinéaste (après Pulp Fiction, Jackie Brown, Kill Bill : Volume 2 et Inglourious Basterds) et Kerry Washington, probablement la plus mauvaise des acteurs du projet à cause d’une propension à surjouer qui finit par plomber son personnage (un constat qui n’est pas sans rappeler Melanie Laurent – voilà pour le seul défaut que j’ai à reprocher au film). Heureusement pour elle, ses scènes restent efficaces et ses retrouvailles avec Django m’ont mis la larme à l’œil.

Pour le fun, on peut noter que le personnage de Kerry s’appelle Broomhilda Von Shaft. Eh, Shaft ! Oui comme le personnage culte de l’époque de la blaxploitation et dont Samuel L. Jackson a incarné le personnage dans un remake. Tarantino a même dévoilé à la Comic-Con 2012 que Django et sa belle sont les arrières-arrières-arrières grands parents de John Shaft. Un constat qui n’étonne personne vu l’amour de l’acteur pour les références, d’ailleurs il y a une pléthore dans Django Unchained.

Pour finir avec les acteurs, soulignons les apparitions de Tom Savini (le maître du gore) et de Jonah Hill dans la scène la plus drôle du film, je n’en dis pas plus, juste que ça concerne le Ku Klux Klan. Ah mince, j’ai failli oublier Shane Vendrell de la série culte The Shield (Walton Goggins, un acteur qui commence à percer en tant que second rôle – à revoir dans le prochain Spielberg, Lincoln).

Comme d’habitude, Tarantino n’a pas de compositeur et cherche dans sa collection pour évidemment un excellent résultat comme d’habitude malgré l’hétéroclisme. A noter beaucoup d’Ennio Morricone et on ne va pas bouder. Et encore comme d’habitude, il en profite pour faire une caméo (mémorable, cette fois-ci).

Le film est aussi très gore, poussé comme pour Kill Bill à l’extrême donnant un résultat plutôt « comique » impliquant dès lors des gunfights jouissifs. Que voulez-vous que je vous dise, j’aime quand ça saigne et ça saigne dans Django Unchained ! Je suis donc comblé.

Conclusion

Répliques délicieuses, jouissivement gore, acteurs exceptionnels, jamais emmerdant, peu prévisible, bande son qui en envoie, tous les ingrédients sont là pour faire de Django Unchained le film de l’année 2013… et le meilleur Tarantino.

+– le film– Kerry Washington surjoue
10/10

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A propos de l'auteur : (3025 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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