Critique : Wadjda

Le Petit Nicolas est une fille saoudienne

Fiche

Titre Wadjda
Réalisateur Haifaa Al Mansour
Scénariste Haifaa Al Mansour
Acteurs Waad Mohammed, Reem Abdullah, Abdullrahman Al Gohani, Ahd, Sultan Al Assaf
Titre original Date de sortie 6 février 2013
Pays Arabie saoudite, Allemagne Budget
Genre Drame Durée 1h37

Wadjda, dix ans, habite dans une banlieue de Riyadh, capitale de l’Arabie Saoudite. Issue d’un milieu conservateur, Wadjda est une fille pleine de vie, et cherche toujours à en faire plus que ce qui lui est permis. Après une bagarre avec son ami Abdullah, elle aperçoit un beau vélo vert à vendre. Elle le veut à tout prix, pour pouvoir le battre à la course. Mais la mère de Wadjda lui interdit, redoutant les répercussions d’une société qui conçoit les vélos comme une menace pour la vertu d’une fille. Wadjda décide alors de trouver l’argent par ses propres moyens, déterminée à se battre pour défendre ses rêves.

Critique

Wadjda raconte l’histoire d’une jeune fille dans un endroit méconnu au cinéma : l’Arabie Saoudite. En effet, l’Arabie Saoudite est connu pour son absence de cinéma. Il n’existe pas de salle officielle et ses productions cinématographiques se comptent des doigts de la main sans oublier le fait qu’elles sont tournées dans d’autres pays. Wadjda dispose de deux particularités: sa réalisatrice est la première femme cinéaste de son pays et il est le premier long-métrage à être tourné dans le Royaume d’Arabie Saoudite. Même Le Royaume (de Peter Berg avec Jamie Foxx et Jennifer Garner) n’a pas été tourné là-bas alors que son titre désigne clairement l’Arabie Saoudite.

Dès lors, le long-métrage d’Haifaa Al Mansour offre déjà quelque chose de plus de la majorité des films, une originalité permettant de le classer un peu à part au dépit de sa trame tout à fait classique, un ersatz de film avec des enfants dans leur monde. Et comme Le Petit Nicolas de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé, Wadjda réussit à capter l’air de son temps et de son pays. Une façon de vivre différente de celui occidentale. C’est avec un esprit curieux qu’on découvre la petite Wadjda dans un récit librement inspiré de la vie de sa réalisatrice. Bien évidemment vu que nous sommes du côté d’une fille, c’est la vie des femmes qui est montrée. Une vie souvent passée à se cacher des hommes et rarement montrée au cinéma.

Haifaa Al Mansour a alors pris le risque de lever la voile sur ce monde malgré quelques difficultés au cours du tournage (il fallait se cacher lors du tournage dans des endroits conservateurs et subir les reproches de certains passants). Le long-métrage est une joyeuse comédie mêlant naïveté et innocence de l’enfance avec la réalité difficile du monde des adultes.

Les acteurs du film sont exclusivement saoudiens malgré les problèmes que cela peut engendrer. On imagine bien qu’il a été difficile de choisir des filles pour tourner à visage découvert ne laissant donc pas vraiment beaucoup de choix. D’ailleurs ça se remarque par moments avec le jeu d’acteur parfois bancal des enfants mais bizarrement, on n’en tient pas vraiment rigueur car cela respire d’une franchise. Malgré leur jeu d’acteur moyen, on sent toutefois qu’ils sont dans leurs milieux, c’est plus dans la difficulté d’outrepasser leur vraie vie que le problème se fait ressentir. En clair, ils ont du mal à simuler. Un constat qui ne s’applique pas à l’attachante Waad Mohammed, l’interprète de Wadjda. Une jeune fille qui s’est faite remarquer par son esprit rebelle et ses converses (d’ailleurs repris dans le film). Il faut la voir lancer son regard dédaigneux et son hochement de tête accompagné d’une main balançant d’un revers la réplique de son interlocuteur. Un élément plusieurs fois repris dans le film mais qui fait mouche à chaque fois.

L’autre actrice mémorable concerne la mère jouée par l’actrice la plus célèbre d’Arabie Saoudite, une très belle femme avec de superbes rondeurs. Elle réussit à camper une femme tiraillée entre sa volonté d’être libre et celle d’être respectable. On récupère aussi le cliché vivant de la femme avide de commérages. Comme on dit les clichés sont souvent des vérités exagérées mais des vérités tout de même.

Les hommes sont en retrait dans cette production, le père est une figure absente sinon ils sont souvent des créatures dont il faut se méfier et se cacher. Toutefois, il y en a un qui sort du lot. L’ami de Wadjda, un garçon débrouillard dont les interactions avec la fille sont souvent drôles et permettent de mettre en valeur le caractère hors norme de la jeune fille et sa volonté de fer.

Conclusion

Premier long-métrage à être tourné en Arabie Saoudite, Wadjda est une délicieuse comédie réussissant à capter l’air de son pays et porté par une actrice extraordinaire.

+ – découverte d’une autre monde
– Waad Mohammed
– histoire classique
Trophée7/10

 

En prime, les photos de l’avant-première à Châtelet. C’est une réalisatrice très émue qui est venue nous parler de son film:

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