Nom de Zeus ! Nolan, nous voilà en 1175 av. J.-C.
Fiche
| Titre | L’Odyssée | Titre VO | The Odyssey |
|---|---|---|---|
| Réalisateur | Christopher Nolan | Scénariste | Christopher Nolan |
| Acteurs | Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Lupita Nyong’o, Samantha Morton, John Leguizamo, Zendaya, Charlize Theron, Jon Bernthal, Himesh Patel, Bill Irwin, Elliot Page, Benny Safdie, Corey Hawkins, Mia Goth, Logan Marshall-Green, Ryan Hurst, James Remar | ||
| Date de sortie | 15 / 07 / 2026 | Durée | 2h 52 |
| Genre | Aventure, Drame, Fantastique, Romantique | Budget | 250 000 000 $ |
Une épopée mythique tournée à travers le monde qui suit le retour d’Ulysse vers Ithaque.
Critique
Avant même de voir le film, l’aventure était déjà une odyssée en soi. En effet, j’avais d’abord prévu une séance au Grand Rex pour découvrir le 70 mm, dont le chant m’avait envoûté tel celui d’une sirène. Mais j’ai vite été refroidi par une queue monstrueuse et 40 minutes de retard, le tout pour me retrouver sur un balcon donnant l’impression de regarder le film sur un smartphone. Dès lors, comme Ulysse, j’ai pris la mer pour accoster dans un autre cinéma.
Après plusieurs tentatives infructueuses pour trouver une séance en IMAX (tout était complet pendant une semaine, je n’ai donc pas été étonné en apprenant que le film a fait la meilleure première semaine de 2026 et carrément la meilleure de la carrière de Christopher Nolan, surpassant The Dark Knight Rises), je me suis tourné à regret vers une salle plus classique, mais proposant au moins du Dolby Vision et de l’Atmos pour bien savourer l’adaptation du chef-d’œuvre d’Homère.
Bref, c’était l’odyssée de Marvelll, place maintenant à celle d’Ulysse…
Des monstres, mais pas de dieux !
La plus grande peur que j’avais pour L’Odyssée, à part que le film soit nul, était que la part du surnaturel soit réduite à néant. Oui, le traumatisme du film Troie (2004) de Wolfgang Petersen est encore vif. D’autant plus quand on sait que Nolan était en discussions pour réaliser ce film avant de lui préférer Batman Begins (2005, il a eu du flair le bonhomme)
Fort heureusement, la présence du Cyclope Polyphème dans la bande-annonce m’avait enlevé cette crainte. Dès lors, c’est forcément déçu que j’ai pu constater l’absence des dieux dans l’intrigue, réduits à de simples phénomènes naturels. Nolan a effectivement préféré une approche réaliste, même si, paradoxalement, cela ne l’empêche pas de mettre en scène un bestiaire fantastique conséquent : le Cyclope, comme on l’a vu, mais aussi le monstre Scylla ou encore les sirènes. Malheureusement, je n’ai pas été spécialement marqué par ces étapes, la faute à des scènes d’action manquant cruellement d’inspiration.
Commençons par Scylla, qui est la plus foirée : alors qu’on aurait dû avoir droit à un monstre mémorable, on a eu droit à une espèce de bouillie numérique semblant dater d’une autre décennie. J’en ai été étonné vu que le reste du film cherche à être le plus crédible possible (même si certains détails font tiquer, comme les bras musclés de Matt Damon qui restent impeccables, même en traversant des périodes de famine). À commencer par le Cyclope, dont j’ai beaucoup aimé le look réaliste donc dérangeant. La scène des sirènes, elle, est davantage marquante pour la prestation de Matt Damon qu’autre chose. Quant aux Lestrygons, c’est malheureusement du Seigneur des Anneaux sans inspiration.
Le talon d’Achille de Nolan
Surtout, encore une fois, Christopher Nolan n’arrive toujours pas à sublimer l’action. La plupart du temps, on ne voit rien de ce qui se passe tant la caméra semble particulièrement décidée à nous donner le mal de mer (pour illustrer l’état du héros ?). Au final, on a des scènes d’action qui tiennent la route, mais aucune ne provoque un véritable effet « waouh ».
Un gros bémol est tout de même à adresser au combat final tant ses chorégraphies sont ratées. À la manière de son Batman, Nolan n’arrive pas à me faire avaler ce qui se passe à l’écran avec un Ulysse devant en découdre avec des tas d’opposants. Le summum du cringe survient quand il est à terre : la foule qui l’entoure prend bien soin de ne pas le toucher en le frappant. Quant à l’attaque de Troie, elle est réduite au strict minimum. C’est beau, mais ça ne m’a pas fait vibrer.
Bref, rien n’a changé dans le cinéma de Nolan. L’action n’est pas son point fort, lui qui préfère la démesure de l’IMAX ; mais heureusement, il reste la narration, domaine où il figure parmi les plus grands maîtres du cinéma.
Et Sinon, c’est bien ?
Dans L’Odyssée, on retrouve plusieurs thèmes de prédilection de son cinéma comme le temps, un montage non linéaire et, curieusement, un lien avec son précédent film Oppenheimer via la Loi de Zeus (une des idées les plus fascinantes du film). Dès lors, en narrant le périple d’Ulysse, Nolan réussit à susciter l’émotion, surtout dans le climax. En effet, si le combat est raté, la confrontation entre les acteurs est d’une puissance rare : quelle performance de Tom Holland, et surtout d’Anne Hathaway dans un rôle de « reine au foyer » qui semblait pourtant inintéressant sur le papier ! Sans oublier la ficelle facile mais ô combien redoutable du chien Argos.
Autour d’eux, tous les acteurs sont solides, même si je trouve que l’Antinoos de Robert Pattinson demeure trop caricatural pour s’imposer comme un antagoniste vraiment intéressant. Petit coup de cœur pour les yeux d’Eumée (John Leguizamo) et le costume très Dark Vador-esque d’Agamemnon (Benny Safdie), qui fait d’ailleurs une entrée à Troie digne du père de Luke.
J’ai également adoré deux passages : celui d’Hadès, où Elliot Page (QUI NE JOUE PAS ACHILLE mais Sinon, nom de Zeus ! – Comment s’appelle le personnage ? – Je viens de vous le dire, Sinon. – Euh… Mais sinon, c’est quoi son nom ? – une petite dédicace bienvenue au Dîner de cons pour pallier l’absence de la ruse pourtant culte d’Ulysse avec le nom de « Personne » chez le Cyclope) livre un numéro formidable ; et l’étape chez la sorcière Circé (formidable Samantha Morton), où Nolan fait carrément du body-horror (WTF !?).
Je n’oublie pas non plus le formidable passage du cheval de Troie où des détails peu ragoûtants sont évoqués, lui donnant une dimension beaucoup plus réaliste.
Par Christophe Menat, qui rage encore et toujours devant l’action chez Nolan.
Conclusion
|
Si mon trajet pour aller voir le film a été une véritable odyssée, l’œuvre, elle, tient une grande partie de ses promesses. Nolan n’a toujours pas appris à filmer une bagarre, mais quand il s’agit de nous choper par les sentiments, le bonhomme est intouchable. Alors oui, Scylla ressemble à de la bouillie et Pattinson en fait des caisses, mais quel voyage ! (Et sinon ? Ben Elliot Page ne joue pas pas Achille, mais Sinon). |
|
|
+
|
–
|
| 8/10 | |