La (vraie) expérience RE au cinéma
Fiche
| Titre | Resident Evil | Titre VO | – |
|---|---|---|---|
| Réalisateur | Zach Cregger | Scénaristes | Zach Cregger & Shay Hatten |
| Acteurs | Austin Abrams, Zach Cherry, Kali Reis, Paul Walter Hauser | ||
| Date de sortie | 16 / 09 / 2026 | Durée | 1h 35 |
| Genre | Action, Horreur, Science-fiction | Budget | 75 000 000 $ |
Bryan, coursier médical, s’engage dans une course effrénée pour survivre, alors qu’autour de lui le monde s’enfonce dans un chaos total.
Critique
Resident Evil et le cinéma, c’est une histoire d’amour toxique. Bon, d’accord, il y avait bien (et en étant gentil) le premier film de Paul W.S. Anderson en 2002 qui lançait sa (trop) longue saga Alice avec pas moins de six films. C’est ce qu’on appelle une hexalogie, pour ceux qui se posaient la question. Mais mine de rien, ces nanars avaient trouvé leur public si on se fie aux chiffres du box-office. Quand même, 312 millions de dollars au box-office mondial pour un budget de 40 millions concernant le dernier opus, ça force le respect, à moins que ce ne soit de la curiosité morbide (ce qui colle avec le thème). Et visiblement, le public chinois avait le cœur sur la main, vu que le film y a récolté 159 millions de dollars pour en faire don à Milla Jovovich.
Bref, je pense que vous avez été nombreux comme moi à pousser un soupir de soulagement quand Paul W.S. Anderson a mis un point final à sa saga en 2016. Mais qui dit point final, dit point de départ pour un reboot. C’est Bienvenue à Raccoon City qui s’en charge en 2021 avec la promesse d’une fidélité aux jeux en adaptant grosso modo les opus emblématiques : les deux premiers. Une chiasse fulgurante à l’arrivée.
Un nouveau joueur entre dans la partie
Dès lors, je m’y suis fait. La saga Resident Evil ne sera jamais adaptée correctement au cinéma. Puis vient l’arrivée de l’Élu : le réalisateur spécialisé dans l’horreur qui vient d’aligner deux cartons, Barbare (2022) et Évanouis (2025), Zach Cregger.
Le pire, c’est qu’il n’aura pas fallu attendre longtemps après Évanouis pour y avoir droit, car seulement un an sépare les deux sorties. Comment se fait-il que ça ait été aussi rapide ? Tout simplement parce que le scénario était déjà écrit et qu’il a ensuite été réécrit pour coller à la franchise après que Constantin Film l’a embauché. Pour l’anecdote, Paul W.S. Anderson en avait fait de même pour le premier Resident Evil (bon, là, ça se voyait un peu trop).
Le premier couac est survenu quand il a été indiqué (à tort, comme l’a précisé ensuite Zach Cregger) que le film était canon avec les jeux vidéo et se déroulait en parallèle de Resident Evil 2. En regardant les bandes-annonces, on se demandait comment c’était possible. Par exemple, avec la neige ou les smartphones. Après visionnage du film, il est clair qu’il n’est pas du tout canonique, ni une adaptation d’une histoire connue.
Mais est-ce que ça en fait une œuvre infidèle ? Il s’agit en fait d’un autre parti pris : proposer au spectateur l’expérience quasiment méta de jouer à un Resident Evil tout en mettant en scène un héros lambda. En effet, comme l’a souligné intelligemment Zach Cregger, il ne sert à rien de refaire ce que les jeux vidéo ont déjà fait. C’est s’exposer à faire moins bien. J’étais donc curieux de voir le résultat.
« C’est exactement ce que j’aurais fait ! »
Pour le coup, là où Resident Evil m’a beaucoup surpris, c’est par son humour. Il en a énormément et pourtant, le plus cocasse a été d’apprendre que le réalisateur a réduit le nombre de blagues après des projections-tests. Il en a supprimé le plus possible et, pourtant, son film reste l’un des plus drôles que j’ai vus. Là où c’est encore plus fort, c’est que l’humour ne casse jamais la dramaturgie.
J’ai un peu retrouvé cette sensation en tant que joueur lors de mes premiers pas sur les jeux vidéo Resident Evil. Ceux-là mêmes où l’on lâche des jurons ou des commentaires acerbes. L’idée de faire du héros un mec lambda colle parfaitement avec ce principe : le joueur derrière la manette n’est pas un marine surentraîné (même s’il doit y en avoir). Austin Abrams incarne (et magnifiquement, si je peux me permettre) donc ce joueur. Le voir traverser cette nuit de folie fait émerger un sentiment très clair : « c’est exactement ce que j’aurais fait à sa place ».
Cet humour va jusqu’à reprendre certains des codes les plus iconiques du jeu vidéo, au-delà des caméos sympathiques de la machine à écrire ou de la plante verte, comme ces foutus cadenas qui bloquent le passage ou qui requièrent une clé arborant un symbole particulier. On sent clairement que c’est le film d’un amoureux.
Une véritable lettre d’amour à la saga de Capcom
Il pousse même le vice jusqu’à épouser une mise en scène s’en rapprochant, avec une caméra se plaçant à la troisième personne (Resident Evil 4 — l’opus préféré de Cregger) ou à la première (Resident Evil 7), au point d’en faire un melting-pot à la Resident Evil Requiem. Au passage, mention spéciale pour l’excellent jeu de lumière lors de la scène de course-poursuite autour de la voiture de police.
Mon autre coup de cœur se situe au niveau des créatures, qui rappelle que le nom original de Resident Evil est Biohazard, soit « risque biologique ». Il n’est donc pas question de morts-vivants. En cela, le bestiaire est une merveille, jusqu’à la version Cregger du Nemesis, absolument repoussante. Mention spéciale à l’ultime boss, qui ravivera de gros souvenirs chez les joueurs.
En l’état, Zach Cregger a livré la meilleure adaptation cinématographique d’un jeu vidéo en allant chercher au cœur de l’expérience proposée par le jeu, via un grand huit monté crescendo où l’on traverse les lieux iconiques de la franchise jusqu’à la tour finale où nous attend un climax totalement dingue (avec un clin d’œil à Piège de cristal). Le seul petit reproche que je pourrais adresser est que le film n’est pas vraiment effrayant, mais j’ai du mal à retenir cette critique dans le sens où il sera de toute façon impossible de proposer une expérience aussi terrifiante que celle du jeu vidéo, où l’on intervient directement sur ce qui se passe à l’écran.
Par Christophe Menat, content du 3 sur 3 de Zach Cregger.
Conclusion
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Après nous avoir retourné le cerveau avec ses deux pépites Barbare et Évanouis, on aurait pu croire que Zach Cregger allait rester dans sa zone de confort. Que nenni. Le mec a carrément décidé d’augmenter la difficulté en adaptant une franchise iconique qui s’était jusque-là toujours cassé les dents sur grand écran. Et le pire, c’est qu’il s’en sort avec brio. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a compris qu’adapter, ce n’est pas recracher un lore, c’est retranscrire une essence : celle qu’on ressent avec une manette entre les mains. Il prouve qu’on peut adapter un jeu vidéo avec respect et intelligence. |
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| 9/10 | |