Critique : Wonder Woman 1984

Naufrage titanesque

Fiche

Titre Wonder Woman 1984 Titre VO
Réalisateur Patty Jenkins Scénaristes Patty Jenkins, Geoff Johns, Dave Callaham
Acteurs Gal Gadot, Chris Pine, Kristen Wiig, Pedro Pascal
Date de sortie07 / 04 / 2021 (Video) Durée2h 31
GenreAction, Aventure, Fantastique Budget200 000 000 $

Après la Première guerre mondiale, direction les années 80 ! Cette fois, Wonder Woman doit affronter deux nouveaux ennemis, particulièrement redoutables : Max Lord et Cheetah.

Critique

J’annonce la couleur d’office. Je ne suis pas fan du personnage, que ce soit dans les comics, son apparition dans Batman v Superman ou son film solo (n’en parlons même pas de Justice League Not Snyder Cut). Au final, seule sa séquence d’introduction dans la Snyder Cut m’a réellement enthousiasmé. Bref, il était clair que je n’étais pas idéalement parti pour apprécier le nouveau film DC.

Néanmoins, je ne pensais pas que j’allais autant le rejeter. Après, en regardant la moyenne IMDb, on partait de loin. D’un autre monde. D’Apokolips, carrément. Malgré tout, ça me paraissait improbable d’assister à un tel naufrage. Les mots sont durs, mais d’une réalité implacable. Une catastrophe dans tous les sens du terme. Ils ont réussi à prendre tous les défauts du premier opus et les amplifier avec une puissance à faire pâlir Zeus himself. Le pire ? Les points positifs font le chemin inverse.

Diana joue à Pitfall

L’action ? Hormis une scène d’ouverture sympathique, en étant tout de même gentil avec les effets spéciaux et les fonds verts, c’est le néant… Le seul attrait que j’ai trouvé, c’est l’utilisation du lasso façon Pitfall / Indiana Jones. Ça part un peu dans le gros n’importe quoi, mais l’effet est vraiment sympathique. Visiblement, derrière la caméra, ils s’en sont rendu compte, car ils en abusent dès qu’il s’agit de mettre du pif paf poum.

Pour le reste, c’est mauvais. Wonder Woman n’était déjà pas glorieux sur ce point mis à part la scène du No Man’s Land (et encore, la musique y est pour beaucoup), mais là, il y a rien. Le combat final contre Cheetah est très décevant. Max Lord, n’en parlons même pas.

Un constat désolant surtout avec une augmentation de budget de 51 millions par rapport au premier. En même temps, quand on voit que le cachet de Gal Gadot est passé de 300 000 $ à 10 millions… À mon avis, pas mal de salaires ont fait un bond.

Le naufrage commence au scénario

Néanmoins, le pire demeure, et de très loin, l’histoire. Une catastrophe absolue. Elle part dans tous les sens sans mener aucune intrigue à bien. C’est d’autant plus choquant que l’idée de base reposant sur les vœux est excellente. Mais le problème, c’est que la mythologie interne ne semble pas respectée. 

Le final de Wonder Woman premier du nom te semblait pathétique avec son fameux pouvoir de l’amour ? Celui de Wonder Woman 1984 va te laisser à terre. En train de suffoquer. Les yeux révulsés. La bave sortant du coin des lèvres. S’ils avaient voulu volontairement traverser le plafond du ridicule, ils n’auraient pas pu faire mieux. On se croirait devant un dessin animé pour enfants de bas âge… D’ailleurs, je me demande même si ce n’est pas la cible visée. Tellement ravis de voir toutes ces jeunes filles arborer l’armure qu’ils ont carrément pondu un long-métrage pour elles.

Sérieusement ? Le système des vœux… Alors qu’on nous explique qu’on ne peut en faire qu’un. Voilà que Barbara en fait deux. Pire que tout. Pour annuler le vœu, il suffit de dire qu’on en veut plus et tout est réparé comme si rien n’était arrivé… Ça a suffit pour faire planter la civilisation maya ? (Re)Sérieusement ? Attends, ce n’est pas fini. Tout le monde annule son vœu sur un discours de Diana (montrant au passage les limites du jeu de Gal Gadot). Un discours où j’étais tellement gêné que je ne savais plus où me mettre (derrière le canapé ?). (Re)(Re)Sérieusement ?

Ce rêve doré

On continue avec les incohérences dans ce qui est la scène emblématique de tous les maux de Wonder Woman 1984. Celle où Diana et Steve s’envolent en jet. Je résume. Diana débarque dans une espèce de base militaire pour prendre un avion. Peu importe lequel. Évidemment, les soldats ne sont pas contents. L’héroïne DC se rend compte de sa bêtise et prévient Steve qu’ils ne sont pas trop censés prendre le jet. Ça commence bien. Comment vont-ils faire ? Hop, on nous sort un pouvoir de nulle part. Tenez-vous bien, l’Amazone est capable, via la magie, de rendre l’avion totalement invisible (ça aurait été pourtant sacrément utile contre Steppenwolf)… Voilà ce qui est pratique. Easter egg à destination des fans : check !

Petite parenthèse vu qu’on est dans l’œuf de Pâques. Le costume doré mis en avant par la promo provient d’Alex Ross, plus précisément son roman graphique Kingdome Come (une perle, en passant). Dans une interview, l’artiste a proclamé son dégoût de ne pas avoir reçu une compensation pour avoir utilisé ce design. Dommage.

Mais j’y pense, Steve est un pilote de la Première Guerre mondiale… Comment peut-il piloter un jet des années 80 ? Sic. Ce n’est pas fini. Ils volent tranquillement et qu’est-ce qui se passe : des feux d’artifices du 4 juillet ! Allez, hop, on change de direction pour les traverser. S’ensuit une scène romantique où je m’attendais à ce que les deux chantent Ce rêve bleu. Ah ben non, je suis con, on n’est pas chez Disney. Surtout, la scène dure bien le temps qu’il faut… Alors qu’ils sont à bord d’un jet ultra rapide. Ça ne devrait durer même pas une seconde.

Pour couronner le tout. Ils font le voyage jusqu’au Caire, à bord d’un jet, sans se réapprovisionner… C’est bon, on a définitivement touché le fond.

Démarrage diesel sans le finish

Pour terminer sur l’histoire. L’intrigue met un temps fou pour se mettre en place. Assez incroyable de voir que ça dure deux heures et demie. Il ne se passe rien d’intéressant durant une heure si on enlève la scène d’ouverture. On a droit à la blague inversée du premier Wonder Woman avec Steve découvrant le monde « extérieur ». Évidemment, on a droit aux clichés classiques d’une telle séquence. Tout est raté. Mais tout. La séquence « dressing ». Le coup de l’escalator. Et n’oublions pas la poubelle. Je me demande comment Chris Pine a-t-il pu bien accepter de jouer ça ?

J’ai envie de finir cette critique assez pénible à écrire, car je n’aime pas trop défoncer un film (même si paradoxalement, ça m’inspire souvent). Mais là, je ne peux pas faire autrement. Il n’y a vraiment pas de qualité. Je pensais que Pedro Pascal allait permettre à l’ensemble de prendre un peu de hauteur. Mais malheureusement, ils l’ont lâché en mode roue libre.

Un Lord basé sur un acteur légendaire

Accrochez-vous bien : son personnage, Max Lord est basé sur le Gordon Gekko de Wall Street (1987) et le Lex Luthor de Superman (1978). Mais c’est loin d’être les personnages les plus emblématiques, car Pedro Pascal a également basé sa performance sur ce génie de Nicolas Cage. C’est ce qui ressort le plus. Il joue comme s’il avait reniflé un kilo de cocaïne. Comme s’il avait besoin de se défouler de tout le stoïcisme requis pour incarner le Mandalorien. Sa performance aurait pu être énorme s’il avait été sous l’égide d’un autre réalisateur.

Par exemple, le premier exemple qui me vient en tête est Taika Waititi. En fait, Wonder Woman 1984 sonne, à mes yeux, comme si DC avait voulu reproduire Thor: Ragnarok à la sauce Amazonienne tout en revenant à l’idée de la série télé, donc avec beaucoup d’innocence et de candeur. Pourquoi pas, mais malheureusement, le résultat est un ratage complet.

Au final, la seule chose cool de Max Lord, c’est la pierre dont il tire ses pouvoirs. Dans les comics, il s’agit d’un artefact du Sandman, le dieu des rêves. Dans le film, ils l’ont illustré en mettant du sable. Étant un grand fan de Sandman, j’ai apprécié le clin d’œil. Tout comme la prestation de Kristen Wiig en Cheetah, même si le look final laisse à désirer. Après, je suis un grand fan de Wiig. J’ai même aimé son SOS Fantômes, ce qui veut dire beaucoup aux yeux de certains.

Par inquiet pour Wonder Woman 3 et surtout pour Star Wars : Rogue Squadron.

Conclusion

Initialement prévu pour fin décembre 2019, Wonder Woman 1984 a finalement pas mal bougé. Au vu du résultat final, sans vouloir être méchant, pour préserver l’aura de l’Amazone, il aurait mieux fallu que le long-métrage de Patty Jenkins se perde dans les limbes. Bref, il rejoint la longue liste de films de super-héroïne complètement foirés. Aux côtés d’Elektra, Catwoman et Supergirl.

+

  • Le « Life is good, but it can be better. »
  • Diana joue à Pitfall avec des éclairs

  • Tout le reste
3/10

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