Critique : Les Éternels (avec spoiler)

Eternaland

Fiche

Titre Les Éternels Titre VOEternals
Réalisateur Chloé Zhao Scénaristes Chloé Zhao et Chloé Zhao & Patrick Burleigh et Ryan Firpo & Kaz Firpo
Acteurs Gemma Chan, Richard Madden, Angelina Jolie, Salma Hayek, Kit Harington, Kumail Nanjiani, Lia McHugh, Brian Tyree Henry, Lauren Ridloff, Barry Keoghan, Ma Dong-seok
Date de sortie03 / 11 / 2021 Durée2h 37
GenreAction, Aventure, Drame, Fantastique, Science fiction Budget200 000 000 $

L’histoire épique, qui s’étend sur des milliers d’années, met en scène un groupe de héros immortels forcés de sortir de l’ombre et de se réunir pour lutter contre le plus vieil ennemi de l’humanité, les Déviants.

Critique

Si vous n’avez pas encore vu le film, je vous conseille plutôt de vous orienter vers la critique sans spoiler. D’ailleurs, il est conseillé de la lire en premier car celle-ci la complète.

Pour commencer, je voudrais d’abord souligner un point. Après quelques jours de recul, je me suis rendu compte que j’avais beaucoup plus aimé Les Éternels que je le pensais au premier abord (d’où le changement dans la note finale par rapport à l’article sans spoiler). Beaucoup d’images fortes me sont revenu en tête. Tout comme l’amour pour les personnages. En fait, elle est sans doute là, la plus grande force et paradoxalement la plus grande faiblesse du film de Chloé Zhao.

La réalisatrice oscarisée avec Nomadland (2020) s’est tellement attachée à vouloir bien introduire ses personnages tout en leur donnant une vraie épaisseur qu’elle a oublié, à mes yeux du moins, de proposer une aventure forte. Entre nous, la menace des Déviants est franchement anecdotique, même si elle permet quelques scènes d’action plutôt cool. Il n’y a qu’à voir le combat final entre Thena et le chef des Déviants. C’est expédié et vraiment secondaire par rapport à la véritable menace : l’inattendu Ikaris. Mais j’y reviendrai.

Une éternité sur Terre

Bref, Les Éternels, en fait, c’est l’histoire d’une famille. Plutôt qu’une aventure cosmique, Chloé Zhao nous fait plutôt une sorte d’Un été à Osage County (2013). Le récit d’une famille déchirée forcée de se réunir (suite à la mort du père dans Un été… / par la menace des Déviants dans le Marvel Studios) pour finir par se mettre sur la gueule. Avec amour. Qui a dit Civil War 2 ? Pour le coup, j’en ai été sacrément dérouté. Moi qui m’attendais à une aventure cosmique pure et dure.

Surtout, malgré 2 heures et 37 minutes, introduire dix personnages est un boulot monstrueux. Dès lors, on a l’anti-Avengers (2012) où chaque personnage, même le vilain, était déjà introduit. Si le film de Joss Whedon utilise la formule efficace du crossover, Les Éternels se doit de faire pratiquement dix films solo. J’exagère un peu, mais l’idée est là. En cela, Chloé Zhao a fait un boulot épatant. Franchement, j’ai adoré, mais adoré, ses Éternels. Seulement, l’aventure cosmique passe au second plan, or, c’est ce que j’attendais.

Une ampleur cosmique à venir ?

Bref, c’est un excellent épisode d’ouverture. Parfait pour introduire les personnages avant de s’éclater avec eux et au vu des dernières scènes entre Arishem kidnappant des Éternels sans oublier l’arrivée de Pip le Troll (Patton Oswalt) avec le frère de Thanos, Eros plus connu sous le nom de Starfox (Harry Styles). Pour rappel, Thanos est bel et bien un Éternel (on notera le costume similaire d’Eros). Par contre, comme Eros, il est un Éternel de Titan (mais qu’est devenu le Céleste de Titan ?). Avec le film du jour, on a fait connaissance avec les Éternels de la Terre. Tout ça pour dire qu’il m’est impossible de ne pas rugir d’excitation à l’idée de découvrir un second opus délaissant notre planète bleue.

Autre apport dans Les Éternels, les Célestes. Jusqu’ici, ils n’étaient qu’une image de fond introduite dans le MCU par Thor : Le Monde des ténèbres (2013). Cette fois-ci, on a des véritables interactions (même si trop rares à mon goût). Bon ok, techniquement Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 (2017) en propose beaucoup plus vu qu’Ego, le père de Star-Lord, est un Céleste. Mais ici, on parle d’un Céleste dans sa forme classique, celle créée par Jack Kirby.

Les concernant, on peut dire qu’ils en imposent. Ils sont tellement gros que la caméra n’arrive jamais à les faire contenir entièrement dans le plan. J’ai également adoré le fait qu’ils aient repris l’idée du Céleste en gestation au cœur de la Terre (le futur QG des Avengers, impossible de ne pas y penser durant le climax). Tout comme le subtil changement concernant l’origine des Éternels et des Déviants. Des créations pures plutôt que des dérivés de l’humanité.

Ikaris, celui qui a volé trop près du Soleil

Pour enrichir ma critique sans spoiler. Je voulais parler de mon personnage préféré. Du moins, celui que j’aurais retenu s’il ne fallait en garder qu’un seul. Ikaris. J’ai vraiment été surpris, car jusqu’ici, il ne m’intéressait pas des masses, ne semblant qu’être un sosie de Superman. Du coup, voir qu’il s’agit du véritable méchant dans un twist assez génial, car amené progressivement, est kiffant. Surtout que ça permet un combat final à fond la caisse où les Éternels se lâchent. Bordel, sur cette scène, Makkari m’a épaté (Quicksilver, à la poubelle).

Pour revenir à Ikaris, j’ai un peu eu la sensation d’avoir eu Sentry. Surtout ce qui le rend attachant, c’est le combat intérieur. Entre son amour pour Sersi et sa loyauté à Arishem. D’autant plus que les deux côtés se défendent. Richard Madden nous livre un numéro spectaculaire. Entre son cri après avoir reposé le cadavre d’Ajak, son déchirement quand il ne peut se résoudre à tuer Sersi, le plan où il reproduit la pose culte de son personnage en tirant ses lasers jaunes vers le ciel et son sublime final où il fonce dans le soleil. Par contre, malgré le fait que c’était immensément cool, j’espère tout de même qu’il n’est pas mort, car j’aimerais sincèrement le revoir.

Le seul regret que j’aurais, c’est le trio amoureux avec Dane Whitman (Kit Harington). Ça casse le côté tragique de sa romance avec Sersi à mon goût. Parce que franchement, j’ai eu l’impression que Sersi en avait déjà plus rien à foutre quand on la voit se balader avec Dane dans l’épilogue. D’ailleurs, l’introduction du Chevalier Noir dans Les Éternels, même si elle permettait de répondre aux questions concernant la non-intervention des créations des Célestes et la réunion fantasmagorique Stark, me semble de trop. Au moins, il y a cette scène post-générique vraiment cool avec l’épée flippante.

Les guerriers

Passons aux autres personnages.

Franchement, chacun m’a beaucoup plu (sauf Sersi, car trop gnangnan). Le tout avec des qualités différentes. Deuxième à m’avoir le plus impressionné : Angelina Jolie. J’en profite pour souligner à nouveau le joli coup marketing de Marvel Studios. Ils ont encore menti dans leurs bandes-annonces. Je les ai revus, car des détails m’avaient interloqué et on constate bel et bien des différences. Par exemple, le plan entre Sersi et Ikaris à bord du Domo. Sur Terre dans la bande-annonce, elle a lieu dans l’espace face à la planète Terre dans le film.

Mais pour revenir à la Thena de Jolie. Je m’attendais tellement à ce qu’elle soit la classique traîtresse du groupe que la voir atteinte d’une sorte de syndrome post-traumatique avec ses yeux vides m’a très agréablement pris au dépourvu. L’actrice s’en sort très bien dans le rôle en apportant beaucoup d’émotion. Elle forme également un joli duo avec le Gilgamesh de Ma Dong-seok.

Passons à mon autre préféré, tout droit venu de Bollywood. Kingo par Kumail Nanjiani. Le mec m’a tué. Il est hilarant de bout en bout. Entre sa scène de danse, son improbable dynastie cinématographique, son documentaire et son valet, le mec ne s’arrête jamais. En plus, ses pouvoirs sont assez marrants entre le double-flingue de cow-boy et le Kaméhaméha. Mention spéciale à son retrait du combat final, car en accord avec Ikaris. Ça lui donne une certaine épaisseur.

Les intellectuels

Du côté d’Atlanta où je l’avais découvert (en passant, si vous n’avez pas vu la série, faut s’y mettre impérativement, c’est une perle), Brian Tyree Henry dans le rôle de Phastos. Pour le coup, j’ai été sur le cul (sans mauvais jeu de mots) en découvrant qu’il était homosexuel. Au premier abord, je n’aurais jamais pensé à lui. Surtout vu son rôle dans la série avec Donald Glover (impossible d’oublier l’épisode façon émission télé où il est confronté à une trans), mais là, l’acteur m’a scié. Il est totalement convaincant et formidablement attachant. Sans omettre la réplique magique « Collection automne. IKEA. ». Un énorme coup de cœur. Alors quand en plus, il met Ikaris à l’amende. Il ne m’en faut pas plus.

Impossible de ne pas lâcher un mot concernant la Makkari de Lauren Ridloff. Étant sourd, c’est vraiment génial de me dire que des enfants sourds auront la chance de découvrir une super-héroïne pratiquant la langue des signes dans un blockbuster. En plus, elle se révèle badass. Bordel, je ne me suis pas remis de la façon dont elle atomise Ikaris.

Sprite et Druig m’auront moins marqué, mais offrent des réflexions intéressantes vis-à-vis de leur pouvoir. Et si on avait éternellement une apparence juvénile ? Et si on pouvait manipuler la masse télépathiquement ?

Pour terminer, je voudrais vraiment souligner la réalisation de Chloé Zhao, car d’un, les décors naturels font beaucoup de bien et surtout, elle multiplie les plans iconiques. Mon préféré est celui de la scène d’ouverture avec les Éternels à contre-jour. J’aimerais beaucoup voir ce qu’elle pourrait faire dans le cadre d’une aventure cosmique.

Par ayant sacrément envie de revoir le film.

Conclusion

Si j’avais été déçu au premier abord, plus les jours sont passés, plus je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup Les Éternels. En fait, ses qualités sont telles qu’ils marquent l’esprit. À commencer par des visuels forts, une musique enivrante et des personnages formidables.

+

  • Certains plans sont magnifiques
  • Utilisation des décors naturels plutôt que des fonds verts
  • Scènes post-génériques
  • Génial casting hétéroclite
  • Émouvant et drôle, comme d’hab’ chez Marvel Studios
  • Histoire prenant de risques…

  • … mais pas totalement maîtrisée
  • Une Sersi trop fade en tête d’affiche
  • Manque un souffle véritablement épique
8/10

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