« Est-ce qu’on est les gentils ? »
Fiche
| Titre | The Rip | Titre VO | – |
|---|---|---|---|
| Réalisateur | Joe Carnahan | Scénariste | Joe Carnahan |
| Acteurs | Matt Damon, Ben Affleck, Steven Yeun, Teyana Taylor, Sasha Calle, Catalina Sandino Moreno, Scott Adkins, Kyle Chandler, Néstor Carbonell, Lina Esco | ||
| Date de sortie | 16 / 01 / 2026 (Netflix) | Durée | 2h 13 |
| Genre | Action, Drame, Mystère, Policier, Thriller | Budget | 100 000 000 $ |
La méfiance s’installe quand une équipe de flics de Miami découvre des millions en cash dans une planque délabrée. Plus personne ne sait quoi penser… ni à qui se fier.
Critique
Un jour, Matt Damon regardait avec sa fille le documentaire de Peter Jackson, The Beatles: Get Back (2021). On y voit l’ultime concert du groupe sur le toit de l’immeuble de Savile Row, le 30 janvier 1969. Voyant les larmes sur le visage de son père, sa fille lui a alors demandé : « Papa, pourquoi tu pleures ? ». Matt Damon raconte : « Ça m’a rendu tellement triste, parce qu’ils débordaient de joie, ils étaient si jeunes, et on avait l’impression qu’ils auraient pu créer tellement plus encore. ». Alors que lui et son ami Ben Affleck discutaient déjà de l’idée de se réunir, cette mini-série a été le déclic émotionnel : « On se retrouve dans la cinquantaine, on est toujours là tous les deux, alors allons-y franchement — mourons les armes à la main s’il le faut, mais faisons-le ensemble. ».
Artists Equity : le duo lutte contre le pouvoir
Il faut dire que depuis le début des années 2000 et Dogma (1999), on ne voyait plus le duo que ponctuellement, l’histoire d’un caméo, comme dans Jay et Bob contre-attaquent (2001) ou Père et Fille (2004). En 2021, ils signent leur grand retour en écrivant et jouant dans Le Dernier Duel de Ridley Scott. En novembre 2022, ils fondent leur société de production, Artists Equity, et lancent l’excellent Air : Courtiser une légende (2023), réalisé par Affleck.
The Rip s’inscrit dans cette continuité, mais avec une particularité qui risque de faire jurisprudence. Bien que Netflix ait acquis les droits de distribution, les deux amis ont imposé un modèle inédit de bonus à la performance. Si le film atteint certains paliers de visionnage, les 1 200 membres de l’équipe (techniciens compris) reçoivent une prime. C’est une petite révolution qui rappelle le système des « pourcentages sur recettes » du cinéma traditionnel. Un point non négligeable quand on se souvient du conflit entre Scarlett Johansson et Disney lors de la sortie rapide de Black Widow sur Disney+.
Je m’éparpille peut-être dans les coulisses, mais elles expliquent pourquoi The Rip n’est pas simplement le nouveau Joe Carnahan. Pour en finir avec les coulisses, dans le podcast de Joe Rogan, Matt Damon a critiqué les contraintes narratives imposées par les algorithmes pour éviter que les spectateurs ne « zappent » : obligation d’une scène d’action dès les 5 premières minutes ou répéter 3 ou 4 fois l’intrigue dans les dialogues. Les plateformes partent du principe que les gens regardent les films en faisant autre chose ; il faut donc qu’ils comprennent sans regarder l’écran. Je suis ravi que Damon le confirme, car je pensais devenir fou face à ces répétitions agaçantes (notables par exemple, dans la dernière saison de Stranger Things).
Immersion dans le « ripping » de Miami
Alors, The Rip souffre-t-il de ces tics de production ? Pas du tout. Écrit par Joe Carnahan, le long-métrage est un thriller habile inspiré d’une histoire vraie. Il y a un vrai soin apporté à la narration qui permet d’instaurer une véritable atmosphère paranoïaque qui nous tient jusqu’aux révélations finales. Le tout sur une section de la police peu connue qui offre son titre au film. The Rip vient simplement du jargon policier de Miami pour désigner le fait de « s’emparer des affaires des malfrats », ce qu’on appelle là-bas « ripping ». Bref, la saisie d’argent liquide, de drogue ou d’armes est appelée le « rip ».
Côté mise en scène, Carnahan reste fidèle à lui-même : l’action est efficace, avec de la bonne défouraillage et une mention spéciale pour la scène superbement tendue dans le blindé. Le casting est impeccable : au-delà du duo Damon/Affleck toujours top, on retrouve Steven Yeun, Sasha Calle, Scott Adkins (que je n’ai pas reconnu) et Kyle Chandler (hâte de le revoir dans Lanterns). Même si le film n’évite pas quelques clichés, ils restent bien exploités. J’ai particulièrement aimé la fibre émotionnelle autour des tatouages du personnage de Matt Damon, qui offre également une superbe référence au roman La Route de Cormac McCarthy.
Par Christophe Menat espérant que The Rip va rencontrer le succès.
Conclusion
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Efficace, tendu et porté par un casting impeccable, The Rip est la preuve que le duo Damon/Affleck a encore des restes. Joe Carnahan livre un thriller paranoïaque qui refuse de céder à la paresse narrative des plateformes actuelles. Bref, un thriller qui rassure. |
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| 7/10 | |