Critique : Nebraska

Nebraska
Sur la route avec mon père

Fiche

Titre:Nebraska
Réalisateur(s):Alexander Payne
Scénariste(s):Bob Nelson
Acteurs:Bruce Dern, Will Forte, June Squibb, Bob Odenkirk, Stacy Keach
Titre original:Date de sortie:2 avril 2014
Pays:États-UnisBudget:13 000 000 $
Genre:Aventure, Comédie, DrameDurée:2h 01

Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain, à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s’avère être le lieu où le père a grandit. C’est ici que tout dérape. Rassurez-vous, c’est une comédie !

Nebraska
« Mais c’est quoi ce bordel ? Ça se fait encore les films en noir et blanc ? »

Critique

Alexander Payne et les Oscars, c’est décidément une belle histoire d’amour. Après le génial The Descendants et ses cinq nominations (Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur, Meilleur montage et Meilleur scénario adapté) pour un prix (Oscar du Meilleur scénario adapté), voici Nebraska et ses six nominations (Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur acteur, Meilleure actrice dans un second rôle, Meilleur scénario original et Meilleure photographie). Pour autant, est-ce mérité ?

À l’ouverture de Nebraska, une chose surprend : le choix du noir et blanc au détriment de la couleur. Un parti-pris sacrément risqué car noir et blanc = film d’auteur méga chiant dans l’inconscience collective. Ne me mens pas, ne me dis pas que ta première réaction en sachant que le film serait en noir et blanc, ça a été « Ouh là, ça va être bien chiant. ». Fort heureusement, dans les sorties récentes, la plupart des films ayant choisi ce format s’en sont très bien sorti comme The Artist ou Le Ruban blanc. Pour l’anecdote, le réalisateur Alexander Payne a annoncé avoir tourné le film en couleur pour calmer la production, mais n’envisage pas de la montrer au grand public. Ça ne m’étonnerait pas qu’il ait cramé les originaux pour ne garder que la version en noir et blanc. Pas une mauvaise chose, il faut dire, car la dualité du noir et du blanc offre au film une atmosphère irréaliste comme une photographie d’une autre époque et d’un autre temps. Ce qui colle parfaitement au sujet.

Nebraska est en noir et blanc, donc c’est chiant ?

Je vous préviens tout de suite, les premières minutes sont plutôt chiantes. Fort heureusement, l’hilarante première séquence où on découvre un Bruce Dern en train de converser avec un policier pour lui dire où il va et d’où il vient permet de conserver des motifs d’espoir pour la suite. Des espoirs qui se formaliseront au bout d’une heure avec une réunion de famille à mourir de rire. Nebraska fait partie de ces très (trop) rares films misant sur un humour pince-sans-rire et y réussissant. Car on peut dire sans hésiter que ce genre d’humour représente, avec l’humour noir, l’un des plus durs dans le domaine.

Nebraska
– Tu ne peux pas me faire ça, maman ? J’ai une vie, moi ! Allez, s’il te plaît, ne me fais pas garder le chat, … Euh pardon, oui, je voulais dire papa. – Je suis désolé, mon chéri. Mais passer tes nuits avec ta main droite, ce n’est pas ce que je considère comme avoir une vie sociale.

Bruce Dern, père de Laura Dern, la doctoresse Ellie Sattler dans Jurassic Park, fait des prouesses en campant le rôle principal, un vieil homme alcoolique, proche de la démence et obsédé par une idée : récupérer son million de dollars au Nebraska. Inutile de préciser que le million de dollars en question n’est que pure fiction d’une campagne publicitaire. Malgré toute la sénilité de son personnage et sa première description peu flatteuse par son fils Ross Grant (incarné par Bob Odenkirk alias Saul de Breaking Bad qui a piqué le rôle à Bryan Cranston, véridique), Bruce Dern a réussi à m’émouvoir notamment grâce à sa magnifique tête d’ahuri (à chaque fois que je la vois, je me marre ou je souris) et surtout la révélation finale provoquant un pincement au cœur. Une performance mémorable pour une nomination aux Oscars bien méritée.

Bruce Dern et June Squibb sont les lumières du nouveau long-métrage d’Alexander Payne.

Le deuxième rôle mémorable (d’ailleurs aussi nominé) concerne June Squibb, la femme de Bruce Dern dans le film. Elle joue une râleuse concourant pour les championnats du monde de la rouspétance. Au début, je ne pouvais pas la blairer, mais finalement, elle m’a bien fait rire aussi. Et elle m’a aussi ému via une scène d’apparence anodine, mais symbole de l’amour qu’elle porte pour son « idiot ». L’autre premier rôle a échoué à Will Forte, un éternel second rôle. Ce dernier ne se démerde pas trop mal sans pour autant éblouir au même niveau que ses collègues précédemment cités. À noter la présence de Devin Ratray alias Buzz McCallister de Maman, j’ai raté l’avion. Enfin, je dis Devin Ratray, mais il faudrait plutôt dire Devin Ratray ayant mangé Kevin (mate la dernière photo, c’est le gars tout à gauche).

Parmi les scènes les plus mémorables de Nebraska, on peut compter sur la scène de vol du compresseur d’air. Une séquence dont la chute est à pisser de rire avec une mention spéciale pour la réaction de Woody Grant (Bruce Dern) et son « Mais c’est ça que je ne comprenais pas. ». J’ai adoré aussi quand les gens commencent à croire que Woody est réellement devenu millionnaire. Leurs réactions sont si… Humaines. Toutefois, ma séquence préférée reste la fin où l’émotion devient presque palpable.

Nebraska
« Oh le gros pigeon, tu vas être obligé de garder papa pendant un mois. N’oublie pas sa litière, hein ? »

Conclusion

Nebraska est un délicieux conte humain avec des magnifiques acteurs avec pour seuls défauts, un démarrage longuet et un style qui risque de lui fermer les portes du grand public.

+– Bruce Dern
– June Squibb
– Humour pince-sans-rire
– Émouvante fin
– Photographie
– Démarrage longuet
– Il faut accrocher
Trophée8/10

Pin It on Pinterest