Critique : Ma vie avec Liberace

L’homme derrière le candélabre

Fiche

D’après les mémoires Behind the Candelabra: My Life With Liberace de Scott Thorson
Titre:
Ma vie avec Liberace
Réalisateur(s):Steven Soderbergh
Scénariste(s):Richard LaGravenese
Acteurs:Michael Douglas, Matt Damon, Dan Aykroyd, Debbie Reynolds, Rob Lowe, Scott Bakula
Titre original:Behind the CandelabraDate de sortie:18 septembre 2013
Pays:États-UnisBudget:
Genre:Biopic, DrameDurée:1h 36

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. ‘Ma Vie avec Liberace’ narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.

Critique

Après avoir passé une semaine plutôt morne et déprimante avec LA Marilyn, on nous propose de passer carrément une vie avec Liberace. Mais qui est cet homme ? Ne l’ayant connu que via de brefs hommages de la part de Tupac Shakur (« Now it’s ’95 and they clock me and watch me diamonds shinin’ lookin’ like I robbed Liberace. ») ou Lady Gaga (« Work your blond Benet Ramsey will haunt like Liberace »), j’étais curieux de découvrir l’artiste…

Ce qui étonne dans le nouveau (et dernier ?) long-métrage de Steven Soderbergh, c’est son statut de téléfilm. Pas forcément évident à distinguer du fait de la haute tenue de la réalisation, de la photographie et même du casting (Michael Douglas et Matt Damon dans la petite lucarne, ben mince). Aux États-Unis, le film est sorti seulement à la télévision, via la chaîne HBO, car jugé trop gay par les producteurs hollywoodiens mais y a fait un excellent score (et tac!). Il a aussi eu le statut atypique d’être le premier téléfilm de l’histoire à concourir pour la Palme d’or du festival de Cannes.

Michael la « vieille folle », voilà comment on pourrait définir sa prestation hors-norme en empruntant les mots de Scott Thorson.

Bref, Ma vie avec Liberace était un projet longtemps fantasmé par Soderbergh mais ce dernier n’arrivait pas à sortir du cadre du simple biopic – au final soit trop bref, soit trop superficiel pour arriver à cerner la nature de la personnalité en question. Finalement, en adaptant les mémoires de Scott Thorson (incarné par Matt Damon), Soderbergh va réussir à trouver l’angle parfait pour découvrir le mythe Liberace. Ainsi en trois temps, nous allons rencontrer intimement l’homme derrière le candélabre.

Dans un premier temps, nous découvrons Liberace en même temps que Scott (bien pratique pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas Wladziu Valentino Liberace de son nom complet). Il faut le dire, j’ai ouvert grand les yeux quand j’ai découvert la performance de Michael Douglas. L’acteur est pratiquement méconnaissable. Il ne semble plus être lui-même, mais bien Liberace. Pour moi, il a largement mérité sa nomination pour le prix d’interprétation masculine finalement remporté par Bruce Dern, ce dernier a intérêt à avoir offert un sacrément morceau d’interprétation pour avoir ravi le prix à Michael. Michael la « vieille folle », voilà comment on pourrait définir sa prestation hors-norme en empruntant les mots de Scott Thorson car difficile parfois de ne pas penser à la performance de Michel Serrault dans La Cage aux folles (dont le personnage est probablement inspiré de Liberace).

Toutefois, si sa performance est aussi exceptionnelle, c’est qu’il avait un bon compagnon pour l’assister, en l’occurrence Matt Damon. L’acteur, adoubé par Scott Thorson himself, est bien évidemment excellent, un pléonasme. Pourtant on pouvait craindre le pire en le voyant porter cette touffe de cheveux mais la sauce prend et c’est une véritable plongée dans les seventies qu’on effectue. Sans compter que les fameuses scènes gays sont impeccables (du moins de l’avis d’un hétéro), ayant même jusqu’à explorer les vices sexuels de Liberace. J’avoue tout de même que ça fait bizarre au début de voir Michael Douglas et Matt Damon se bécoter (prend garde, Catherine).

Si Ma vie avec Liberace fonctionne, c’est aussi grâce à son ton mêlant malicieusement humour noir et drame. Le meilleur passage l’illustrant concerne la chirurgie esthétique où sous le scalpel d’un Rob « Parks and Recreation » Lowe, j’ai mis un temps avant de le reconnaître, on découvre toute la monstruosité de la chirurgie esthétique, surtout avec les opérations que Soderbergh, fidèle à lui-même, n’hésite pas à filmer en gros plan. D’ailleurs en passant, les maquillages sont plutôt réussis car ils mettent bien en valeur la transformation physique des personnages, c’en est même parfois hilarant. Je pense à celui de Rob Lowe où on a bien l’adepte du bistouri avec le visage tellement refait qu’il en est devenu ravagé, ce qui explique pourquoi je ne l’avais pas reconnu tout de suite.

Si Ma vie avec Liberace fonctionne, c’est aussi grâce à son ton mêlant malicieusement humour noir et drame.

Par la suite, le film reste toujours campé du point de vue de Scott Thorson mais sa relation avec Liberace évolue pour finalement trouver un écho final tragique, fort heureusement contrebalancé par un très beau final où Liberace s’envole rejoindre les autres étoiles du cosmo… En l’espace des 5 ans de vie commune, on a pu découvrir l’homme derrière le candélabre. Malgré tout, je reprocherais au film son manque d’ampleur. En fait, son plus gros problème, c’est qu’il s’agit d’un téléfilm avec les défauts que cela comporte (ou plutôt les manques de moyens pour un sujet qui en aurait mérité plus). Mais peu importe, le mythe revit.

PS : pour l’anecdote, Scott Thorson a récemment défrayé la chronique en avouant avoir une relation avec l’ancienne star de la pop, Michael Jackson. Il aurait été son petit-ami durant environ 6 à 7 ans.

Conclusion

Ma vie avec Liberace a fait son petit effet à Cannes et sur moi. Porté par un Michael Douglas époustouflant (la nouvelle résurrection?), le dernier long-métrage de Steven Soderbergh offre une vision à la fois acide et drôle sur la star Liberace.

+– Michael Douglas
– Matt Damon
– Découvrir Liberace
– Le ton
– Téléfilm alors qu’il aurait mérité plus
Trophée7/10

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