Critique épicée : RoboCop

La Loi de Murphy

Fiche

Titre:
RoboCop
Réalisateur(s):José Padilha
Scénariste(s):Joshua Zetumer
Acteurs:Joel Kinnaman, Gary Oldman, Michael Keatonr, Abbie Cornish, Jackie Earle Haley, Samuel L. Jackson
Titre original:Date de sortie:5 février 2014
Pays:États-UnisBudget:100 000 000 $
Genre(s):Action, Science fictionDurée:2h 00
Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d’acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme…

Critique

Après Total Recall et avant Starship Troopers, voici un nouveau film de Paul Verhoeven qui passe à la moulinette remake/reboot/resucée (on ne sait plus trop). Quoi qu’il en soit, indirectement, Paulo a le vent en poupe. Mais systématiquement, ses films se retrouvent diablement aseptisés. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Bonne nouvelle pour commencer: la dimension politique qui était présente dans le film original reste de la partie. Ici, sont critiqués les medias (« The Novak Element » est à la botte de la multinationale OmniCorp, pratique la désinformation et coupe-court à tout débat avec ses opposants), les limites de la morale dans la lutte contre la criminalité (la scène d’ouverture en Iran où la bavure finale du ED-209 n’est même pas relevée par Novak ou encore le fait de garder cliniquement un homme en vie alors qu’il ne reste plus rien de lui), ainsi que la manipulation de masse (comment les 72% de l’opinion public seront amenés à changer d’avis sur la question de la sécurité intérieure du pays en quelques mois grâce à la mise en lumière par les médias de quelques événements sensibles).

« Bonne nouvelle pour commencer: la dimension politique qui était présente dans le film original reste de la partie. »

Contrairement au premier film, la question de ce qui reste d’humanité derrière l’armure de RoboCop est ici plus travaillée. Le premier choc, très brutal, et qui est pour moi LA scène du film, est le moment où Alex Murphy découvre quels (rares) organes se cachent derrière l’armure. Je comprends mieux pourquoi la tagline « 50% homme, 50% machine » n’est plus à l’ordre du jour. Parce que là, y’a pas le compte. On n’est plutôt dans de l’ordre du 10-90. Par la suite, RoboCop étant en partie humain, il se révèlera évidemment moins performant qu’une machine. Lui est alors administrée une drogue qui le met dans un état végétatif afin que la machine prenne le dessus et le rende plus efficace. Alex Murphy : 10% homme – 50% machine – 40% légume. Murphy morfle et devient amorphe. Il est lobotomisé ou plutôt, robotomisé. De là à voir la mise en lumière d’un film qui privilégie l’action à la réflexion, il n’y a qu’un pas… Bref, l’homme s’efface alors derrière la machine et ne devient qu’une étape pour influencer le peuple et que les États-Unis acceptent de voir les machines se charger de faire respecter la loi à la place des Hommes.
Mais la part humaine finira par ressurgir… L’accent est également mis sur sa relation familiale, bien que j’aurais aimé voir cette partie encore plus approfondie.

« Contrairement au premier film, la question de ce qui reste d’humanité derrière l’armure de Robocop est ici plus travaillée. »

La problématique de l’ultra-violence de la société n’est donc plus au cœur du film. En plus de cela, il est tout public. Un très fort contraste avec le traitement de Paul Verhoeven. J’avais des craintes quant à ce qu’il soit totalement aseptisé mais ce n’est pas le cas. Dans la scène d’ouverture, plusieurs kamikazes se font sauter à l’écran. Puis un enfant se fait froidement et gratuitement mitrailler. De plus, ce qui reste d’Alex Murphy suite à son attaque rappelle le morceau de chair calcinée qu’était Anakin Skylwaker avant de devenir Dark Vador. Enfin, il reste le plan choc précédemment évoqué ainsi qu’un cerveau trituré en gros plan. C’est encore à des lieux des scènes gores de RoboCop (qui m’avaient d’ailleurs bien traumatisé du haut de mes 8 ans) mais c’est toujours mieux que rien.

La bande-originale vient chatouiller le fan en lui offrant quelques secondes du thème original composé par ce (feu) génie de Basil Poledouris au moment où le nom « RoboCop » apparaît à l’écran et est prononcé dans le film. Un peu comme dans un James Bond. Pour le reste, ça reste du bruit de fond tout juste bon à accompagner l’action.

L’action parlons-en tiens ! J’allais voir ce film pensant avoir de quoi me repaître niveau fusillades et combats qui dépotent mais j’ai été déçu… Les scènes ne sont qu’au nombre de quatre et sont peu impressionnantes. La première est une fusillade entre Alex Murphy et son coéquipier opposés au gang d’Antoine Vallon est vraiment mal filmée : caméra à l’épaule qui bouge dans tous les sens et plans vraiment mal fichus (trop serrés et ne cadrant pas forcément ce que l’on veut voir, changements très fréquents) rendent le gunfight assez indigeste. Pour achever le tout, la scène se termine par le très cliché plan aérien nocturne et sous la pluie de Murphy penché au-dessus du corps inerte de son coéquipier. On a même droit au « Jaaaaaaaaaaaaaack, ne meurt pas !!! ».

La deuxième est un affrontement entre Maddox (un mélange d’escroquerie financière et de solution pour les maux d’estomac) + ses robots et Robocop, le tout dans un hangar abandonné dont la configuration laissait augurer d’une scène facile à suivre. Mais que nenni. Reviennent ces soucis de cadrages avec en plus, des robots n’offrant aucun affrontements mais étant de la simple « chair » à canon.

Pour la troisième, le super flic avance dans un couloir de 30 mètres en dégommant une dizaine de gars. Mais histoire de rajouter à l’illisibilité des scènes précédentes, le réalisateur a choisi de jongler très rapidement et très souvent entre le noir total, une vision infrarouge et une vision thermique histoire de s’assurer d’un résultat bien pourri. Mission accomplie buddy.

Reste la dernière qui est la moins pire : l’affrontement entre RoboCop et les emblématiques ED-209. Les défauts de cadrages, les changements trop fréquents de plans sont toujours au rendez-vous mais ça reste assez sympa et un poil plus impressionnant que ce qui a été vu précédemment. En dépit du fait que les ED-209 soient des machines ultra efficaces, ils ne manqueront pas de louper très fréquemment la cible. Et quand bien même ils vident leur chargeur dans le dos de notre cher Alex Murphy, ça ne l’empêchera pas de continuer son petit bonhomme de chemin.

Bref, vous l’aurez compris, j’ai trouvé la partie action décevante car surtout gâché par de gros défauts de mise en scène.

« J’allais voir ce film pensant avoir de quoi me repaître niveau fusillades et combats qui dépotent mais j’ai été déçu… »

Un mot sur le design de l’armure. Je trouve que l’idée de la « Dark Knightiser » la modernise mais surtout la dénature. Le fait qu’il se déplace en moto rappelle d’autant plus Batman. On ne reconnait plus notre cher superflic et c’est avec un certain plaisir qu’on le voit retrouver son attirail d’origine dans les dernières minutes. Une autre erreur à propos de cette nouvelle armure est le fait de la voir faire des bonds de félin alors que sa lourdeur pachydermique est rabâchée à chaque pas. Toutefois, il reste une petite réussite à propos de ce nouveau look : jouer avec l’image de RoboCop au milieu du film en évoquant la ridicule idée de lui mettre des gyrophares en guise d’épaulettes. Ça m’a rappelé le traitement de mascotte symbolique de Captain America.

Alex Murphy est campé par Joel Kinnaman (non, pas « kouign aman », on se calme les bretons) mais n’apporte rien de spécial au rôle. En même temps, le rôle de RoboCop n’appelle pas une grande performance (heureusement au vu du charisme de l’acteur) du fait que le personnage se retrouve très vite coincé dans une machine. Physiquement, ce petit nouveau m’a fait penser à un mix improbable de Paul Walker et de Kevin Bacon.

Michael Keaton, plus Julien Lepers que jamais, campe Raymond Sellars, le vil capitaliste plus intéressé par le profit (Sellars = Seller = Vendeur. Puissant ce script.) que par les questions de moral. Gary Oldman fait le boulot mais on l’a connu plus en forme. Le méchant, Antoine Vallon, est une espèce de Niels Arestrup avec 20 ans de moins. Samuel L. Jackson remet une moumoute pour la seconde fois dans un film dont le héros est (presque) Incassable. Pour le reste du casting, rien de bien mémorable.

Conclusion

Cette nouvelle mouture de Robocop se démarque de l’original de par son contenu et son traitement. Il reste un film plaisant à suivre malgré des scènes d’action peu marquantes, une bande-son insipide, une violence édulcorée ainsi qu’une armure au nouveau look raté.
+– Robocop vu sous un nouvel angle (au sens propre et figuré)
– La dimension politique conservée
– La dimension humaine renforcée
– Une histoire plaisante à suivre
– La violence n’est pas totalement absente…
…mais trop peu présente
– Bande-son insipide
– Les scènes d’action, trop rares et mal filmées
– Le nouveau look de l’armure
7/10

RoboCop poster

11 réflexions au sujet de “Critique épicée : RoboCop”

  1. Comme on en avait parlé sur ma critique, je te trouve très sévère avec les scènes d’action. À l’inverse de toi, j’ai trouvé que le côté caméra à l’épaule était parfaitement maîtrisé et surtout… Lisible. Cela permettait de dynamiter les gunfights.

    Par contre pour la scène dans le noir. J’ai trouvé ça culotté de la part du réalisateur de tenter d’innover en jouant avec la lumière.

    Sinon par rapport au robot qui marche de façon lourde mais capable de sauter super haut. J’ai une explication : la capacité de saut doit être enclenchée par des ressorts à air ou un truc s’y approchant. On voit bien avec la vue « machine » que le saut est calibré à un moment précis, probablement pour permettre au mécanisme de s’enclencher.

    Comme toi, je suis déçu de l’absence de violence dans les gunfights.

    • Je rematerai ça dans de meilleures conditions. Parfois, à la première vision, on ne voit pas forcément la même chose (un peu comme la 3D de Pacific Rim que j’avais trouvé très bonne et qui de ton coté, ne t’avait pas plus marqué que ça).
      Après, peut être que je les trouverai toujours aussi pourri et que je ne remettrai donc plus jamais les pieds sur ce blog.

      Je reconnais que le jeu avec la lumière reste du jamais-vu. Ca ne t’as pas gêné plus que ça de ton côté?

      Ouais, en effet, au moment de sauter la palissade en Chine je crois, on voit en effet la trajectoire se dessiner. Mais ça donne lieu à un effet spécial un peu foireux et un comportement un peu bizarre venant d’une armure aussi balèze…

      C’est clair que ça fait un peu édulcoré… Mais bon, j’ai trouvé que la première scène à Téhéran ainsi que la vision de RoboCop à nu permettent de gentiment rehausser le niveau…

      • Ben non, ne quitte pas le blog pour si peu… Si tu prends le risque, je te lancerai le Terminator à tes trousses 😛

        Ben, j’ai trouvé le montage un peu abrupt, mais l’effet restait cool. Après, comme toi, faut aussi que je le revoie pour me faire un deuxième avis parce que là, tu commences à me faire douter 🙂

        D’ailleurs, je me demande si les producteurs n’ont pas demandé à José Padilha de calmer le jeu après avoir découvert la scène à Téhéran. À condition que le tournage ait suivi l’ordre chronologique du film, parce qu’il y a une vraie rupture de ton entre cette scène d’action et les autres.

        • Bon, j’y ai réfléchi toute la nuit et finalement, je reste. On est bien sur le blog. Puis l’idée d’avoir un Terminator au cul ne me réjouit pas des masses.

          Je suis d’accord, j’ai trouvé cette introduction assez sèche dans sa violence et les robots ont quelque chose d’assez impressionnants vu que la scène est principalement tournée à hauteur d’homme avec des plans parfois serrés (les robots prennent une grande partie de l’écran). Si tout le film avait pu être imprégné de cette brutalité, ça aurait été pas mal… Parce que même si cette scène n’est pas gore, je l’ai trouvé assez puissante et violente.

          • Ben merde, j’ai préparé mon Terminator pour rien… Bon, pas grave, je vais trouver une autre cible 🙂

            Sinon, je viens de lire le dossier sur RoboCop dans le Mad Movies de ce mois-ci et j’ai souri devant un détail. Le tournage du RoboCop de Verhoeven a été vraiment chaotique. Apparemment, une humeur massacrante régnait sur le plateau. Un peu comme ce reboot.

            Une autre anecdote géniale aussi. À la base, RoboCop 2 aurait dû se dérouler dans le futur. Le film aurait commencé avec la désactivation de Murphy pour enchainer avec sa réanimation 25 ans après pour la Corporate wars (http://www.robocoparchive.com/archive/feature-robocop2-cw.htm ). Je trouve ça génial. Dommage qu’ils n’aient pas fait ça.

            Un dernier truc drôle, Terminator et RoboCop ont été produits par la même boite, Orion Pictures.

          • Ok donc la figure de RoboCop a un petit côté maudit pour les réalisateurs!

            Ca aurait pu être pas mal comme pitch en effet! Ils auraient eu un temps d’avance avec Demolition Man qui emmenait ce cher flic de John Spartan quelques années dans le futur.

            Je comprends donc mieux l’existence du jeu vidéo dont je te mets la jaquette. J’ai découvert ça y’a quelques jours et n’en avais jamais entendu parler!

          • J’ai aussi oublié une autre anecdote, au début, Verhoeven n’était pas trop fan de l’humour du script. Il avait demandé une réécriture. Les scénaristes s’y sont attelé à contre-coeur mais en donnant la nouvelle version, l’un d’entre eux a aussi donné quelques comics de Judge Dredd (le modèle avoué de RoboCop). Verhoeven est devenu complètement fan (au point de se trimballer avec un T-Shirt de Judge Dredd proclamant « Tu as été… jugé ! ») et a accepté de revenir à la version précédente (avec cet humour noir si particulier).

            Sinon pour le jeu, RoboCop Versus Terminator. Qu’est-ce que j’ai pu passer du bon temps dessus. J’adorais ce jeu ! Je n’ai jamais réussi à le finir tellement il était dur. Le boss final était Skynet représenté comme une énorme tête de Terminator et il te balançait des Terminator à la pelle (à chaque fois, sous le stresse, je crevais). En tout cas, la grande force de ce jeu, c’étaient les boss. Inoubliable et à jamais dans mon cœur !

          • Ahah, pas mal du tout! Ca méritait bien un dossier, y’a pas mal d’anecdotes qui entourent ce RoboCop!

            J’en n’avais jamais entendu parler perso!
            Hé ben, toi qui est si persévérant pour terminer ce que tu entames, tu n’es jamais parvenu à botter les fesses de Skynet?! Tu n’as pas envie de retenter l’expérience maintenant que tu es devenu un gamer aux réflexes affutés?

          • Les jeux actuels sont devenus tellement faciles que les jeux de l’époque sont devenus encore plus durs. Je ne me trouve pas le courage de tenter l’expérience. En plus, il n’y avait pas de sauvegarde sur ce jeu. Si tu mourais, fallait tout recommencer depuis le début !!! Donc après s’être acharné à survivre pendant tout le jeu, t’arrives face à Skynet avec pas beaucoup de vies… Bonjour le défi !

            Tiens, j’ai retrouvé une capture d’écran, présentant le boss final !

          • C’est clair que maintenant, la difficulté n’est plus la même, y’a plus de jeux comme ça! Tintin était un bon exemple (tu as sûrement vu la vidéo du Joueur du Grenier: http://www.youtube.com/watch?v=AwNn5tPgKg8)
            Et l’absence de sauvegarde rendait le truc vraiment hardos…

            Ok, c’est donc ce célèbre crâne de métal qui a eu raison de toi 🙂

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