Critique épicée : La Vie d’Adèle

L’Avis d’Epice

Fiche

D’après le roman graphique de Julie Maroh, « Le bleu est une couleur chaude »
Titre:
La Vie d’Adèle
Réalisateur(s): Abdellatif Kechiche
Scénariste(s): Abdellatif Kechiche et Ghalya Lacroix
Acteurs: Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux, Salim Kechiouche, Mona Walravens, Jérémie Laheurte
Titre original: Date de sortie: 9 octobre 2013
Pays: France, Belgique, Espagne Budget: 4 000 000 €
Genre(s): Drame Durée: 2h 59
À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve…

Critique

Une palme d’or à l’unanimité (à valeur de Prix d’Interprétation) et des critiques presse dithyrambiques. Au-delà de ses polémiques un peu trop envahissantes de ces dernières semaines, La Vie d’Adèle semble être un sacré film…

Oui, « semble ». Parce que les spectateurs sont quand même moins unanimes que la presse. Et je fais plutôt parti des déçus. Je suis en effet loin d’avoir été transcendé par le dernier film d’Abdellatif Kechiche. Mais pourquoi?

Parce que tout d’abord, plus que de vivre dans l’intimité d’Adèle, j’ai trouvé que la caméra mettait le spectateur en position de voyeur. Que ce soit les gros plans sur la bouche d’Adèle qui se goinfre de pâtes à la sauce tomate, les nombreuses scènes où elle est allongée sur son lit dans des positions un peu évocatrice, le rêve érotique où elle lève son t-shirt et dévoile ses seins (why ?!) ou encore le plan sur ses fesses (enfin sa raie très clairement) lorsqu’elle prend sa douche avant l’exposition des peintures d’Emma, voici autant d’exemples que j’ai trouvés aussi gratuits, dispensables que maladroits.

La caméra met le spectateur en position de voyeur.

En plus de ces plans dont on se serait bien passé, il y a un aspect qui m’a chiffonné dans cette recherche d’intimité, ce sont les gros plans. Les bien trop nombreux gros plans. C’en est étouffant. On n’est pas dans la fibroscopie non plus mais c’est tout juste. Un peu comme si le réalisateur te choppait par la tête, te collait le nez dans la tronche de ses actrices et te balançait à l’oreille « Tu es vraiment au plus proche de la scène, tu la sens l’émotion là ? HEIN TU LA SENS ??? MA GROSSE ÉMOTION ??? ».

Les gros plans sont bien trop nombreux. C’en est étouffant.

Et trop de larmes, trop de morve. Trop souvent, trop longtemps. Puis trop long le film. Et quand c’est trop, c’est tropico. Les 10 ans de la vie d’Adèle semblent se dérouler en temps réel. On sent passer les 3 heures, notamment le dernier tiers, à partir du moment où la routine commence à s’installer entre Adèle et Emma, le rythme du film en prend par moments un bon coup…

On sent passer les 3 heures, notamment le dernier tiers.

Un autre reproche, ça serait l’histoire qui reste assez légère. Il n’y a pas de réel fil conducteur qui tient en haleine, c’est « juste » une histoire d’amour. Certes forte par moments mais aussi chiante par d’autres. Et qui se concentre un peu trop sur la rencontre et la rupture. Ce qu’il y a pendant la relation et qui devrait être le ciment du couple est un peu plus passé sous silence.
Après, autre petit reproche à titre personnel, en tant qu’amateur de bande-originale de film, je déplore le fait de ne rien avoir à me mettre sous la dent avec La Vie d’Adèle.

Bon mais tout n’est pas à jeter non plus… Certains plans sont également bien travaillés, notamment grâce à une belle photographie. Mais ils sont bien plus rares. À l’image de celui où Adèle revient sur le banc où Emma la dessinait, la « croquait ». Pour changer, ce n’est pas un gros plan. On en savoure d’autant plus la beauté. La scène ou Adèle fait la planche dans la Manche et où ses cheveux semblent s’imprégner de la couleur bleue est également très bien mise en images.

Certaines scènes sont très fortes en dépit des défauts soulignés précédemment. Je pense notamment à la séquence sur le banc ou dans le parc entre Emma et Adèle, à leur violente dispute, à leurs retrouvailles dans le bar (bien que les clientes à côté m’aient paru étonnamment placides au vu de ce qui se déroule à 3 mètres d’elles…) ou bien à la dernière scène lors de l’exposition des œuvres d’Emma. Ce qui en fait quand même quelques-unes.

Certaines scènes sont très fortes.

À titre personnel, je ne suis pas vraiment fan de Léa Seydoux. Elle joue bien, très bien même, mais sa tête ne me revient pas. Par contre, Adèle Exarchopoulos est d’une justesse complètement renversante. Du haut de ces 19 ans, elle livre une prestation absolument remarquable et porte très facilement une grosse partie du film sur ses jeunes épaules.

Adèle Exarchopoulos est d’une justesse complètement renversante.

Après, ça reste dommage que le film se déroule sur 10 ans et que sa tête ne change pas. C’est normal du fait que le film ait dû être bouclé en quelques mois mais entre 15 et 25 ans, notre visage change beaucoup. Et ce ne sont pas une nouvelle coiffure et une robe qui font illusion.

Bon et vous vous dites peut être « c’est bien beau la réalisation, les plans, les actrices, nianiania, mais le sexe dans tout ça ? ». Et ben le film n’a pas volé son interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. C’est osé et pas censuré, sensuel et sexuel. Les actrices se livrent corps et âmes et certains esprits pourraient être un peu choqués par ces séquences très frontales. Mais personnellement, ce qui m’a le plus froissé, c’est la deuxième scène de sexe, qui contrairement aux deux autres, ne trouve aucune justification. Ce qui renforce le sentiment de voyeurisme déjà instauré évoqué précédemment et ajoute même un côté racoleur au film.

Les actrices se livrent corps et âmes et certains esprits pourraient être un peu choqués par ces séquences très frontales.

Conclusion

Un film assez fatiguant de par sa durée et qui semble parfois en faire des tonnes pour s’immiscer dans l’intimité et chercher l’émotion. Reste la splendide Adèle Exarchopoulos qui vampirise complètement l’écran et la très bonne Léa Seydoux, les deux atouts majeurs du film.
+ – Adèle Exarchopoulos vraiment très bonne
– Actrice j’entends
– Quelques moments de grâce
– La photographie
– Léa Seydoux
– Les scènes de sexe…
-…sauf quand ce n’est pas justifié
– Les gros plans, incessants
– Le côté voyeur
– Léa Seydoux
– La durée au vu de l’absence de vraie trame qui tient en haleine
– La morve
5/10

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