Critique : Indie Game: The Movie

L’amour du jeu… vidéo

Fiche

Réalisateur(s):Lisanne Pajot, James Swirsky
Intervenants:Jonathan Blow (développeur de Braid), Phil Fish (développeur de FEZ), Edmund McMillen (développeur de Super Meat Boy), Tommy Refenes (développeur de Super Meat Boy)
Titre original:Date de sortie:12 juin 2012
Pays:CanadaBudget:
Genre:DocumentaireDurée:1h43
Un documentaire sur la vie des développeurs de jeux vidéos indépendants.

Critique

Attention, documentaire indispensable qu’on aime ou non les jeux vidéo car Indie Games : The Movie n’est pas consacré à expliciter le comment de la création du jeu vidéo mais s’attache à épouser durant trois étapes résolument différentes de la création d’un jeu la vie d’un développeur indie. Indie Games : The Movie est un documentaire humain avant d’être pixelisé.

Tout d’abord commençons avec une définition simple d’un mot, celle du mot « indie ». Il s’agit d’une abréviation du mot anglais « independent« , qu’on traduit dans la langue de Jean Dujardin par « indépendant » donc « indie » = « indé ». Un terme utilisé pour ces produits de culture produits en dehors des circuits commerciaux traditionnels (EA, Microsoft, Nintendo, pour ne citer les plus connus du jeu vidéo). L’indie game est, contrairement à ses confrères de la musique ou du cinéma, né assez récemment. Enfin, c’est encore sujet à débat car des très vieux jeux avaient déjà été développés indépendamment sur les premières consoles mais ce n’est que récemment qu’on a pu voir un véritable phénomène autour des jeux indie. On pourrait le qualifier comme seconde renaissance du jeu indie, intervenue en 2008 avec Braid, le jeu de Jonathan Blow (d’ailleurs intervenant sur le documentaire). Toutefois, il y a encore un énorme débat dessus et même sur la définition exacte du jeu indie mais au moins, vous avec une idée du sujet.

Le documentaire vise l’humain au-delà même du jeu indie, il vise à répondre à cette question : qui sont ces développeurs indépendants ? Pour ce faire, il a l’extrême intelligence de s’attacher autour de quatre personnalités du domaine à différents moments du processus de création de jeu vidéo indie. Ainsi on a Jonathan Blow, le développeur de Braid (un jeu déjà sorti depuis 2008), Edmund McMillen et Tommy Refenes, développeurs de Super Meat Boy alors en cours de finalisation au moment du documentaire et dont on aura la joie de vivre la sortie du jeu à leurs côtés et pour finir Phil Fish, développeur de FEZ à une époque charnière où il s’agit de faire connaître son jeu en parcourant les salons de jeu vidéo. Trois jeux, trois moments différents : la phase marketing, la sortie du jeu et l’après sortie. On regrettera juste l’absence de l’étape de création de jeu où le développeur pose les bases mais on peut comprendre aisément la difficulté de trouver un protagoniste sur un jeu même pas commencé et c’est compensé par le discours de Jonathan Blow qui revient sur les prémices de son jeu. La boucle est bouclée.

On sera surpris par l’incroyable générosité des développeurs qui se livrent sans pudeur. Edmund et Tommy affichent leurs névroses, leurs obsessions. Phil Fish parle même ouvertement de se suicider s’il n’arrivait pas à terminer FEZ. Lors du passage dans le salon de jeu vidéo, il vit un remake de Lost in Translation et pète littéralement les plombs sur certains passages (réponse gratinée à ses détracteurs ponctuée par un bras d’honneur du plus bel effet). Il est intéressant de voir les accouchements longs d’un travail de plusieurs années. On pouvait croire le développement de ces jeux indie faciles, bien plus que les cadors du jeu vidéo comme Call of Duty ou Halo. Il n’en est point car les cadors bénéficient d’une équipe de milliers de personnes alors que ceux des jeux indie se comptent des doigts de la main s’ils ne sont pas seuls. Les cadors se contentent de répéter la même formule, les indie tentent d’innover. On prend alors conscience que ces hommes traversent les mêmes phases qu’un artiste tentant de pondre une œuvre d’art. Car c’est bien de cela qu’il est question avec Braid, FEZ et Super Meat Boy, d’œuvres d’arts, d’œuvres d’arts du 21ème siècle.

Ne connaissant que quelques prémices sur ces jeux indies, j’avais juste joué brièvement à Braid. J’ai pris une claque à les découvrir. Le documentaire affiche des extraits de ces jeux donnant une furieuse envie qu’on soit hardcore gamers ou non, d’arrêter le visionnage, de lancer sa console, de prendre le jeu sur le store/market et d’y jouer. La sensation doit être d’autant plus grisante qu’on a le visage, la voix et la personnalité du développeur derrière le jeu.

La grande force du documentaire est de pouvoir viser tous les publics et de ne pas se restreindre à la seule communauté des joueurs (toutefois ne nous leurrons pas, même eux pourraient être difficilement intéressés vu que la plupart ne jurent que par les blockbusters comme GTA ou Battlefield). L’humain prenant le pas sur la technique.

Le documentaire a touché le joueur en moi. Voir ces hommes accomplir un de mes rêves : développer un jeu vidéo, est un délice. Ils forcent mon respect surtout en prenant conscience de l’extraordinaire difficulté de cette entreprise. Et si c’était eux les héros de la nouvelle génération? Et si c’était eux les Picasso et Matisse du pixel ? Sans nul doute.

Super moment d’émotion : la demande en mariage d’Edmund au salon du jeu vidéo.

Conclusion

Indie Games : The Movie demeure indispensable car il aborde d’un sujet très rare et l’accomplit avec une vraie passion communicative, tellement communicative qu’elle peut être vue par tout le monde, joueur ou non.

Quand sort ce documentaire au cinéma? Probablement jamais mais ne désespérez pas. Vous pouvez vous le procurer (comme votre serviteur) sur le site officiel, il y a du 1080p, il y a même des sous-titres en français! Que demander de plus? Voici le lien: indiegamethemovie.com

+– Une véritable découverte sur un monde obscur
– Des intervenants très attachants
– Une belle réalisation
– Fait vibrer le cœur du joueur
– Trop court
9/10

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A propos de l'auteur : (2939 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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