Nick la critique : BlacKkKlansman: J’ai infiltré le Ku Klux Klan

Duke is a Dick

Fiche

TitreBlacKkKlansman: J’ai infiltré le Ku Klux Klan
Titre VOBlacKkKlansman
RéalisateurSpike LeeScénaristesSpike Lee, David Rabinowitz, Charlie Wachtel, Kevin Willmott
ActeursJohn David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Corey Hawkins, Topher Grace
Date de sortie22 / 08 / 2018Durée2h 16
GenreBiographie, Comédie, DrameBudget15 000 000 $

Blackkklansman se déroule au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

Les Klansmen en cérémonie rituelle

Critique

Attention, cette critique contient des spoilers…

Rappel historique

Le Ku Klux Klan, appelé souvent par son sigle KKK(666) ou également le Klan, est une organisation suprémaciste blanche composée de Klansmen issu des États-Unis fondée le 24 décembre 1865.
La création du Ku Klux Klan est à l’origine une conséquence directe de la défaite des troupes confédérées contre les unionistes (Yankees) à la fin de la guerre de Sécession et s’inscrit durant une période tendue de l’histoire des États-Unis avec l’assassinat du président Abraham Lincoln en 1865, les massacres des Noirs à Memphis et à La Nouvelle-Orléans en 1866 et la procédure de destitution du président Andrew Johnson de 1867 à 1868. Ils se revendiquent en tant que communauté « ethnico-religieuse » et appuient leur revendication d’une « suprématie blanche » sur une interprétation très particulière d’un verset du Livre de la Genèse (Gn 9,27) (très présente dans la « Bible belt ») et sur les doctrines racistes de l’anthropologie du XIXe siècle.
Le livre de Genèse 9:27 dit ceci : “Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu’il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan/Cham soit leur esclave !”
Canaan est une ancienne colonie égyptienne noire avant de devenir l’actuel Palestine/Israël.
Le KKK est étroitement lié à la freemasonry et un de ses plus grands chefs historiques reste Albert Pike.

Le Black Panther Party est plus récent et a inspiré le film Marvel à succès. Pour plus de détails sur leur sujet, je t’invite à lire le rappel historique de la critique psychologique du film.

Photo du film BlacKkKlansman: J’ai infiltré le Ku Klux Klan réalisé par Spike Lee avec la Ron team

Portrait de Ron debout à expliquer à Flip et Clay la mission

Les personnages

Le « Blackkklansman » John David Washington (fils de Denzel) incarne Ron Stallworth qui est un personnage stéréotypé dans la communauté noire du fait de la politique d’assimilation forcée pour l’intégration au système esclavagiste occidental. Il est très ambitieux et veut prouver qu’il est capable d’être utile pour le système. Il vit dans un contexte où l’Amérique suprématiste a du mal digérer son cancer qu’est l’esclavage des noirs et on le voit bien dans les séquences qui englobent le film. Ce personnage est perdu et c’est dans sa perdition qu’il va retrouver sa lumière. Il devient le premier flic noir au Colorado Springs et malgré un début peu glorieux dans les archives, il finit par devenir le larbin de la police au service des renseignements. À ce moment, le Black Panther Party inquiète et un blanc dans leur réunion, c’est comme un suicide sur les voies du RER à 10 h du matin. Donc, il est mieux d’envoyer un bounty faire le travail à leur place. Ron s’exécute et au lieu d’être un vendu, il se réveille et réalise la souffrance de sa communauté suite au discours d’un orateur très convaincant Kwame Touré plus connu sous le nom de Kwame Nkrumah. C’est au regard de son journal qu’il réalise que le KKK est très actif et il a l’ingénieuse idée d’infiltrer le KKK. C’est là que cette histoire prend une tournure, je dirais des plus ridiculisantes pour le KKK.

Adam Driver qui n’est plus à présenter, car très connu pour son rôle de lâche au sabre laser dans Star Wars, il joue le rôle de collègue de Ron. Sa particularité, c’est qu’il est juif et ne connaît rien de sa culture juive. Dès le départ, il s’entend très bien avec Ron. Il va collaborer avec Ron pour coincer le KKK. Ron le réveille et le motive autour de cette enquête. Ron est le catalyseur du commissariat et Flip ne va pas tarder à vouloir lui ressembler en lui soufflant qu’il a toujours rêvé d’être noir. Cependant, on ne sait pas si c’est son vrai nom dans la vraie vie. Le personnage a été dressé de manière à susciter l’intérêt.

Au-dessus, c’est le soleil, le reste tu fais à pied

Topher Grace, qui est connu pour être le premier Venom, incarne Oui le chef KKK le plus stupide qui ait été donné de rencontrer. Il l’incarne à merveille, si bien que quand on voit David Duke en vrai, eh ben, on dirait que c’est lui. Je serais même persuadé qu’il risque l’oscar pour son interprétation plus que parfaite. David est un intellectuel et croyant, convaincu que la suprématie blanche est la seule solution au problème de l’Amérique. Il est l’initiateur des recrues et n’a aucune sympathie de la police, car ils ont osé l’humilier dans son idéologie en envoyant un nègre assurer sa sécurité car sa vie menacée. C’est là que je constate la contradiction des services de police. Ils ne veulent pas envoyer un blanc infiltrer des nègres, mais ils veulent bien envoyer un nègre assurer la sécurité d’un suprématiste. Je vais tomber de ma chaise. Comment ne pas rigoler tout le long de ce film. Je sens que je vais y retourner pendant que je t’écris cet article.

Felix le chat klansman avec son gun

Jasper Pääkkönen qui incarne plus connu pour sa participation dans la série Vikings que j’adore est parfait dans son rôle. Le personnage qu’il incarne est très cru et est loin du politiquement correct. Il est le plus intelligent du KKK et est vite mis à l’écart de la prise de pouvoir car il est incontrôlable. Ce personnage m’a fait froid dans le dos, car malgré le fait qu’il soit raciste et xénophobe, il a les pieds sur terre, il est d’une telle authenticité qu’on croirait vraiment qu’il est dangereux. Il a un objectif précis, c’est de casser du Panther et il est prêt à tuer tout ceux qui l’en empêcheront.

Patrice et Ron avec leurs armes à la main pointée face à leurs cibles

Laura Harrier qui est connue pour son rôle de la fille du vautour dans Spiderman: Homecoming incarne un personnage fictif apparemment, mais qui fait beaucoup penser à Angela Davis ancienne Panther. Elle est 100 % pro noire et dénonce le racisme récurrent de certains policiers au cours de leurs interpellations musclées. Du fait de son caractère, on sent qu’elle est aux commandes. La rencontre avec Ron met quand même en évidence, la facilité qu’a la communauté noire à se faire infiltrer. Cette chaleur avec laquelle elle reçoit son frère Ron est ce qui a causé la perte de beaucoup de leaders noirs face aux KKK.

Connie trame une connerie et ça se sent…

Ashlie Atkinson qui incarne le rôle de a un rôle des plus majeurs dans ce film. Elle n’en est pas à sa première collaboration avec Lee. Connie comme son prénom l’indique est une conne. En ce 21e siècle, aucune femme censée ne rêve d’avoir sa situation. Elle est tout l’opposé de Patrice et incarne le grand malaise historique qu’a l’occident dans son rapport avec la femme. Elle est soumise et voue un amour inconditionnel pour son chat d’amour Félix. Elle se laisse humilier, mais guidée par son imbécilité manifeste, elle va au casse-pipe en allant faire le ménage pour son beau. La connerie de Connie est à son comble. Elle porte bien son nom cette conne. Je l’ai trouvé des plus intéressantes. C’est sûrement la connerie. Coup de cœur de l’été. Ce genre de femme ayant disparu, l’homoeuropeus a trouvé une parade : la femme robot. Bientôt des Connies à la chaîne. Non, faut pas déConnie!

La réalisation

Spike Lee n’est plus à présenter. Chaque fois qu’il sort un film, c’est une bombe qui fait des dégâts. Cette fois, il collabore avec Jordan Peele sur la production. Lee est pro noir et fier. Il parvient quand même à sortir un film tel que Blackkklansman dans un contexte politique tendu aux USA. C’est tout le temps tendu en occident comme partout ailleurs. Ce film est loin du politiquement correct et sort juste après la catastrophe de Charlotte’s ville qui a fait un mort. Ce film qui malgré le fait qu’il soit inspiré de fait réels et pro-noire et anti-raciste est un film pour tout le monde. Lee met en évidence les contrastes des organisations de manière objective, il n’épargne aucun individu. Quand on rentre dans l’univers des Panthers, on y voit les hommes avec les femmes côte à côte pour la même lutte de libération dans des lieux pas très riches et ils manifestent dans les rues tandis que dans le royaume KKK, tout est grand, tout est luxe et quand on mange, les femmes sont d’un côté et les hommes de l’autre, ce qui ne manque pas de faire constater la montée du féminisme en occident. Lee veut montrer que par là, le féminisme n’a rien à voir avec les noirs. Dans ses plans, il est très inspiré par les œuvres de Hitchcock, ce qui n’est pas moins intéressant pour le contexte traité, les années 70. Chapeau.
Cerise sur le gâteau, il invite Harry Belafonte dans son film qui est un artiste activiste et qui était confident de Martin Luther King. Il s’est battu à ses côtés pour les droits civiques et s’est posé en opposant farouche à la politique étrangère des USA et a beaucoup soutenu l’Afrique à sa manière. Sa participation dans le film jette un froid terrible quand il expose le sujet des lynchages de nègres vendu en cartes postales. Un film d’horreur que même Conjuring, c’est une promenade de santé à côté.

Par , le4 septembre 2018.

Photo pour le film BlacKkKlansman: J’ai infiltré le Ku Klux Klan réalisé par Spike Lee avec David Duke, Lee et Ron

Portrait de David Duke séparé avec Spike et le véritable Ron.

Conclusion

Enfin, j’ai vu un film qui en vaut la peine depuis les derniers Marvel. Et il est bienvenu, car même s’il est pro noir, c’est un film que tout le monde devrait aller voir du fait de son contexte anti-Trump et du fait que ce soit un film d’actualité. Je suis persuadé que beaucoup vont y trouver leur compte. Hollywood en perte de vitesse, nous sort un film qui traite des sujets sensibles à la société. Il est à observer une forte montée du nationalisme dans les actualités et Spike Lee, au-delà de façonner un fait réel pour l’appréciation de tous, nous fait passer un message de paix en faisant comprendre que le racisme et la xénophobie, c’est de la bêtise due à l’ignorance avec un hommage fort dédié à Heather Heyer une assistante juridique antifa tuée par un suprématiste qui lui a foncé dessus en voiture. Le nationalisme, c’est la guerre disait feu Mitterrand. Si ce ne sont pas des arrestations musclées qui conduisent à des assassinats, ce sont des expulsions musclées qui conduisent toujours à des assassinats. Brr, ça coupe l’appétit.

+

  • La réalisation très hitchcockienne
  • De l’humour décalé
  • Des scènes de vives émotions
  • Les acteurs sont très bons
  • Des scènes de vives émotions

  • Quelques petites longueurs
9/10

Spéciale interview du vrai Ron Stallworth seulement en EN. Sorry, attends le DVD au cas où :

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A propos de l'auteur : (40 articles)

Comédien étudiant le théâtre à l'atelier de Caroline Rabaliatti à Fontenay-sous-Bois. Dessinateur, aussi. Il écrit des scénarii quand il peut le faire. Passionné de BD, il prépare la sienne.

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