Chronologie des médias : le sketch français continue en 2022

C’est bon, après plusieurs mois de négociations bien chaudes comme il faut, on a enfin une nouvelle chronologie des médias en France. Jouons à « avant et après » pour se rendre compte de ce qui a changé.

AvantAprès
CinémaExclusivité de 4 mois*Pas de changement
Canal+Attente de 8 moisAttente de 6 mois
NetflixAttente de 36 moisAttente de 15 mois
Disney+, Prime Video et Apple TVAttente de 36 moisAttente de 17 mois
Chaînes de télévision gratuiteAttente de 30 moisAttente de 22 mois
* réduit à 3 mois si le film fait moins de 100 000 entrées en 4 semaines

Pour le moment, restons objectif. Rassurez-vous, je ne vais pas l’être longtemps. Mais il est important d’exposer tous les éléments de façon neutre avant de péter les plombs.

Résumé de l’accord

Dans le texte, le nouvel accord sur la chronologie des médias donne les éléments suivants :

  • une exploitation à partir de 6 mois en cas d’accord similaire à celui de Canal+ : engagement de préfinancement et de diffusion de films européens et en langue française ; engagement d’éditorialisation ; engagement financier sur la base d’un minimum garanti et clause de diversité des investissements, tout en respectant la législation et le droit de la propriété intellectuelle. L’accord définit également le délai d’exclusivité.
  • une exploitation à partir de 15 mois, si la plateforme respecte la législation et le droit de la propriété intellectuelle et a conclu un accord, qui ne peut excéder 7 mois d’exclusivité ;
  • une exploitation à partir de 17 mois sans accord, qui ne peut excéder 5 mois d’exclusivité (soit jusqu’au 22e mois).

Par contre, je n’ai pas réussi à savoir si l’accord était rétroactif ou non. Pour conclure, cet accord est prévu pour durer trois ans et un premier point sera fait dans un an.

Réactions des concernés

Les contents

Inutile de parler de Canal+, grand vainqueur, passons directement à Netflix.

À ce jeu, le service de streaming rouge est clairement happy car il devance la concurrence directe de deux mois, et il en avait bien besoin. Bref, voici la déclaration au journal Le Monde d’un porte-parole de Netflix : « Cet accord est une première étape significative de modernisation de la chronologie des médias. Il reflète notre approche constructive tout au long du processus de négociation et notre engagement à contribuer au cinéma français. ».

Ils s’engagent à produire au moins dix films par an et à investir en moyenne 40 millions d’euros (4% de son chiffre d’affaires en France) dans l’industrie française. Les films Netflix produits hors de l’Hexagone ne sortiront toujours pas dans les cinémas français et ne seront donc pas soumis à un délai. Toutefois, Netflix a un peu les boules car, à la base, on parlait de 12 mois avant que Canal+ ne mette son grain de sel.

En plus de la réduction de l’attente, les chaînes de télévision gratuites (TF1 et compagnie) ont négocié une « fenêtre d’étanchéité » : quand un film sera diffusé sur une chaîne gratuite, il devra être retiré temporairement des plateformes de streaming (on parlait d’une période de 14 mois, mais ça a été ramenée à un mois d’après Le Monde). Néanmoins, chaînes gratuites et plateformes pourront négocier entre elles pour diffuser simultanément le film. En gros, ça veut dire que si TF1 décide de diffuser Black Widow, sans négo, Disney devra retirer le film de Disney+ pendant un mois. Je ne connaissais pas cette partie et je comprends maintenant mieux pourquoi certains films disparaissaient avant de revenir.

Les pas contents

Vu le hold-up, évidemment, Disney et Amazon ont refusé de signer cet accord. Tout comme la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) : « Personne ne peut imaginer que les termes de cet accord peuvent aujourd’hui rester en vigueur pour une durée de trois ans. Les mutations rapides du secteur en termes d’offre, de technologie et de demande conduiront inéluctablement à une évolution rapide de la place du cinéma dans l’ensemble des offres disponibles sur le marché français. La conclusion de cet accord pour une durée de 3 ans apparaît donc à la fois incompréhensible et déraisonnable. ».

L’heure de péter les plombs

Si on peut être content de voir que les délais ont été réduits, il est tout de même hallucinant de voir qu’à l’époque moderne, on soit obligé d’attendre plus d’un an avant d’avoir droit à un film sorti au cinéma… Preuve absolue que le gouvernement français n’a absolument rien compris. Ou peut-être qu’ils ont les mains liées ?

Le piratage

Réfléchissons deux minutes. Quel est le plus gros problème à l’heure actuelle ? Le piratage. Les français sont parmi les meilleurs à ce jeu. En effet, quand un film sort outre-Atlantique en vidéo, 45 jours après sa sortie cinéma. Il ne faut pas longtemps avant qu’elle ne soit disponible sur les sites illégaux. En parfaite qualité et traduit.

Disney+, HBO Max et compagnie. Pour contrer le phénomène, qu’est-ce qu’ils font ? Ils proposent directement le film sur leurs services. Du coup, pourquoi se prendre la tête à pirater ? Problème, s’il ne faut qu’attendre 45 jours, alors pourquoi s’emmerder à aller le voir au cinéma ? Avec tous les chieurs dans les salles. Quand on voit le score de No Way Home… Je ne suis pas sûr que ce soit un vrai problème. L’expérience cinéma reste à part et il y a suffisamment de films qui sortent par an pour renouveler l’offre.

Bref, en France, on reste toujours à plus d’un an. Quel intérêt de s’abonner ? Tout le monde l’aura déjà « vu ».

Canal

Il y a également l’exception Canal+. L’entreprise investit beaucoup. On ne peut pas le nier. Personnellement, je ne vois pas beaucoup de leurs films, mais bon… L’investissement est là. Du coup, le gouvernement veut le protéger. Ce qui est louable et compréhensible.

Personnellement, je n’aime pas Canal+. À cause des années à souffrir de leur monopole avec leur abonnement à un prix ahurissant et une qualité clairement à revoir. J’ai kiffé quand Netflix avec son offre à bas prix leur a mis plein la tronche. C’était bien fait pour eux. À l’heure actuelle, je ne prends Canal+ que pour regarder les matchs de foot. Même encore maintenant, ils me désolent. Pour regarder du foot, je suis obligé de prendre un package avec du cinéma et tout, dont je me fous totalement, et le prix n’est pas donné. L’arrivée d’Amazon au niveau de la L1 m’a, à nouveau, fait rugir de plaisir.

Canal+ est à la ramasse à tous les niveaux. Ils ne leur restent plus que les copains du gouvernement pour survivre, mais s’ils continuent comme ça, je ne donne pas cher de leur peau.

Qu’est-ce qu’on fait ?

Personnellement, après avoir vu cette nouvelle chronologie des médias, je n’avais qu’une seule envie. Encourager Disney à mettre en œuvre ses menaces. À savoir de ne plus passer par la case cinéma, mais à sortir ses films directement sur sa plate-forme. Quitte à qu’on soit obligé d’attendre 45 jours par rapport au reste du monde afin de ne pas favoriser le piratage.

D’ailleurs, à ce jeu, ils risquent d’être épaulés par la Warner avec son service HBO Max qui devrait arriver en France début 2023, date de la fin de son accord avec OCS. Ben ouais, quand on entend la punchline de la directrice générale de Warner Bros Télévision France : « La France, c’est le dinosaure du marché. ».

Chronologie des médias mise à part. Quand même, je n’en reviens toujours pas que Canal+ puisse diffuser des films produits par Disney ou la Warner 6 mois après, alors qu’ils n’ont aucunement participé à son financement, et que ce dernier doit attendre 17 mois avant de le faire.

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