Critique : The Murderer

Je me suis noyé dans la mer jaune

Titre original : Hwanghae
Écrit et réalisé par Hong-jin Na (The Chaser)
Avec Kim Yun-seok (The Chaser), Jung-woo Ha (The Chaser), Jo Seong-Ha et Chul-min Lee.

Interdit aux moins de 12 ans avec avertissement
Long-métrage sud-coréen
Genre : Crime, Drame, Thriller
Durée : 2h20
Date de sortie cinéma : 20 juillet 2011

Yanji, ville chinoise de la Préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-coréens surnommés les «Joseon-Jok.» 50% de cette population vit d’activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l’aider à passer en Corée pour retrouver sa femme et même de rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie il devra simplement… y assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu…

Les coréens nous ont toujours régalés avec leurs thrillers trépidants à tel point que beaucoup ont renié ceux provenant du pays de l’oncle Sam. Il faut dire qu’après A Bittersweet Life (avec un gunfight final entré dans les annales), The Chaser (un serial killer manipulateur n’ayant rien à envier à Hannibal Lecter) ou plus récemment, le voyage vers l’enfer de J’ai Rencontré le Diable, les Saw et compagnie, c’est un peu comme faire les poubelles. C’était donc avec une réelle impatience que j’attendais The Murderer qui bénéficiait d’une belle réputation acquise à Cannes.

Le constat final est plutôt décevant. Le film est beaucoup trop long d’au moins 40 minutes. Au début, il ne se passe strictement rien (on est alors loin de The Chaser et J’ai Rencontré le Diable) mais ça ne l’empêche pas d’être intéressant. On y fait la connaissance avec le héros, un chauffeur de taxi lambda dans un milieu social rarement vu au cinéma. On est pas en face d’un thriller mais d’un drame.

Si on est intrigué au début, il faut avouer que l’ensemble traîne trop en longueur. Le film enchaîne les évènements inintéressants : on y voit le héros dormir, rêver de sa femme en train de forniquer avec un autre mec. Une journée passe et rebelote. On se demande alors quand on va rentrer dans le vif du sujet. Il faut attendre au moins une demi-heure avant que le film ne démarre vraiment.

Mais même lorsqu’il démarre, il connaît beaucoup de temps morts hormis vers le milieu et à la fin où tout s’enchaîne à une vitesse hallucinante et typiquement coréen (entendez par là sans crédibilité: un mec blessé enchaîne à la hache 10 gardes du corps, le héros venant de courir à fond sur plusieurs kilomètres arrive à se débarrasser de quelques dizaines de poursuivants à mains nues).

Entre chaque temps fort, on a 10 à 15 minutes de repos, de préparation tandis que The Chaser nous prenait aux tripes du début à la fin comme un grand huit à la Space Moutain. The Murderer ferait plus penser au grand huit Jurassic Park aux States, il alterne les phases contemplatives et tripantes, il est peut-être là, le reproche que je lui fais : il tente de reproduire le schéma de The Chaser en ajoutant une dimension sociale assez lourde car détruisant la tension. The Murderer aurait beaucoup gagné à se débarrasser de l’intrigue du meurtre commandité (on croit alors que c’est juste un prétexte alors que ça englobe un tiers du film).

The Murderer bénéficie de très belles scènes de massacres n’ayant rien à envier à Old Boy. Mention spéciale à celle où Myun se fait attaquer par le gang des coréens. Mais une question me turlupine, pourquoi donc aucune arme à feu ? Oui, il n’y en a aucune, tout le monde se bat à l’arme blanche.

Notons aussi des scènes de course poursuite plutôt bien chorégraphiés malgré une crédibilité proche du néant, du pur cinéma hollywoodien : le successeur d’Harrison Ford dans Le Fugitif est là. Autre gros choc, alors que l’ensemble est filmé en haute résolution, les chocs des voitures sont filmés en basse résolution ce qui assène un violent contraste plutôt désagréable sans compter des scènes, filmées à l’intérieur des véhicules, dégueulasses (on voit immédiatement la supercherie à cause d’un fond horrible digne d’un épisode de Fantomas).

Mais la meilleure scène du film est celle où le héros prépare LE meurtre, ce qui permet au réalisateur d’utiliser un procédé sympathique où se superpose la réalité et la préparation mentale mais on reste bien loin de la maestria du réalisateur de J’ai rencontré le Diable.

Quant à l’intrigue ou plutôt la double voire triple intrigue, le réalisateur s’attache à la développer jusqu’au bout ce qui donne une impression de trois films en un. Si chacun avait été fait l’objet d’un seul long-métrage, ça aurait pu être très bon au lieu de ça, on est noyé devant les informations pas toujours claires. Comme si le réalisateur voulait pouvoir expérimenter plusieurs choses. Toujours est-il que le film aurait beaucoup gagné à supprimer l’intrigue de la femme du héros qui ne sert à rien (on dirait une intrigue à la The Chaser du pauvre).Spoiler

Ne sert à rien hormis foutre une fin choc et nihiliste mais la précédente suffisait largement. Pourtant c’est celle là qui m’intéressait le plus. Celui du meurtre commandité n’a aucun intérêt surtout que ça s’avère juste être une histoire de fesse à la con.

Blood Island fusionne aussi les genres (le drame social et le slasher) mais marquait une rupture entre les deux ce qui ne dérangeait absolument pas.

Le film n’est pas mauvais mais aurait beaucoup gagné en rythme et en tension a être réduit d’au moins 20 minutes. Une déception de la part de Hong-jin Na qui nous avait donné le génial The Chaser.

Sa scène culte : la scène de bagarre entre les deux gangs rivaux avec Myun comme fil conducteur et la préparation du meurtre.

Note : 6/10

PS : Le titre ne convient pas du tout au film, on sent encore l’affaire de marketing (The Chaser et sa « suite » The Murderer). Il aurait mieux fallu conserver le titre international beaucoup plus joli et logique: The Yellow Sea.

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