Critique & Test DVD : Le Garçon au pyjama rayé

L’amitié dépasse l’Histoire
D’après le roman éponyme de John Boyne
Réalisateur(s):Mark Herman
Scénariste(s):Mark Herman
Acteurs:Asa Butterfield (premier rôle de la future bombe de Martin Scorsese : Hugo Cabret), Vera Farmiga (Henry’s Crime, Source Code), Làszlo Aron, Amber Beattie, Attila Egyed, David Thewlis (à venir dans la future bombe de Spielberg : Cheval de Guerre)
Titre original:The Boy in the Striped Pyjamas, The Boy in the Striped Pajamas
Pays:États-Unis, AngleterreDate de sortie:– (Direct-to-Video)
Genre:Drame, Guerre, HistoireDurée:1h30
Seconde Guerre mondiale. Bruno a tout juste 9 ans lorsque son père, un officier nazi remarqué par le Führer, se voit confier le commandement du camp de concentration polonais d’Auschwitz. Le petit garçon n’apprécie guère de devoir quitter la belle et grande maison de Berlin pour se retrouver dans une demeure isolée et triste. De sa chambre, il aperçoit des hommes, des femmes et des enfants tous vêtus de pyjamas rayés. Personne ne lui explique qui ils sont, mais l’innocence aidant, il va se lier d’amitié avec un enfant juif…
Date de sortie DVD :11 octobre 2011Format vidéo:1.85:1
Langues:Anglais, Français, Espagnol (Dolby Digital 5.1)
Sous-titres:Anglais, Français
Suppléments :Commentaires audio du réalisateur/scénariste Mark Herman et de l’auteur John Boyne, Making of : L’amitié malgré le grillage (20mn), 5 scènes coupées commentées par Mark Herman et John Boyne (10mn)

La critique

Sorti depuis 2008 aux States, Le garçon au pyjama rayé est un film tiré d’un best-seller qui a marqué le monde. Je n’ai pas lu le livre, c’était donc vierge de toute appréhension concernant la qualité de l’adaptation que j’ai visionné le film mais je parie que les défauts sont toujours les mêmes: pas assez approfondis, scènes-clefs passées à la trappe, etc.

J’ai été content de voir la présence de la toujours excellente Vera Farmiga mais c’est loin d’être la star du film incarnée par le futur Hugo Cabret (blockbuster familial de ce Noël). Bien aidé par l’autre enfant du film, le juif Shmuel dont la tristesse du regard suffit à vous déprimer. En le voyant recroquevillé sur ses genoux, on a l’impression, non on a vraiment la sensation qu’il subit toutes les misères du monde ce qui ne doit pas être très loin de la réalité comme tenu des horreurs des camps.

L’originalité du film par rapport aux multiples autres parlant de cette guerre est le parti pris de la vision de l’enfant. Bien sûr, il y avait bien eu Allemagne Année Zéro ou La Vie est Belle mais pour le premier, il est sorti au lendemain de la fin de la guerre (donc ça date un peu) et pour La Vie est Belle, c’est la vision du père qui est primée. Dans Le Garçon au Pyjama Rayé, c’est la voix de l’innocence qui parle, celle d’un enfant de huit ans.

Son père est un directeur de camp de concentration, son fils le voit comme un héros de guerre, un soldat qui sauve la mère patrie. Sa mère est une femme au foyer. Sa sœur est une fille subissant ses premiers émois sexuels. Le garçon est seul au milieu de tout ça. On lui rabâche que le Juif est un être méprisable mais il ne comprend pas. Le garçon qu’il a rencontré de l’autre côté de la forêt, derrière des barbelés, est juif mais il est gentil. Aurait-il rencontré le seul juif gentil de la planète ?

Le film bénéficie d’une réalisation agréable aidé par une belle photographie et surtout, il évite de tomber dans tout pathos lourd (pas de plan appuyé pour forcer à nous arracher des larmes, pas d’utilisation de musique dramatique). Aussi sa courte durée de vie (une heure trente) permet d’éviter une extension artificielle d’évènements même si on aurait pu penser que cela aurait pu servir à développer les personnages. Je préfère le matériau tel qu’il est, où le père et la mère sont des personnages assez lointains, plus concernés par les enjeux historiques qu’ils vivent que l’enfant.

Ça nous rapproche davantage du point de vue de l’enfant car tout ce qu’on voit dans le film, c’est ce qu’il voit. Cela permet de mieux comprendre le malaise qu’il ressent car si nous, on est au courant de l’existence des camps et de leur utilité. Il faut tout de même savoir qu’à l’époque, ces camps étaient vendus comme un lieu où les juifs vivaient en toute tranquillité le temps d’attendre quelque chose. Seules quelques rumeurs parvenaient à l’oreille des allemands qui ne pouvaient alors pas croire à une telle monstruosité. Après tout, pouvons-nous les juger ? Comment réagissons-nous lorsqu’on a appris des rumeurs sur Guantanamo. De plus, son précepteur lui rabâche les doctrines qu’on récitait à cette époque visant à faire des juifs, la raclure de l’humanité. A cet âge-là où on est extrêmement influençable, il est difficile de se faire un propre avis.

Bref, le point de vue de l’enfant sur cette monstrueuse période est un fait assez marquant et révélateur, un peu comme Le Journal d’Anne Frank. S’ensuit pour le film, une belle aventure humaine bien supérieure au très moyen La Rafle qui en voulant impressionner (surtout via son Vélib’) finit par oublier ses personnages et au bout du compte, les caricaturait.

Spoiler

La fin du film est extrêmement dure même si elle était un peu prévisible à partir du moment où l’enfant passe de l’autre côté. Le plan sur les deux enfants nus et terrifiés autour de cette masse de chair glace le sang. Le travelling arrière sur les vestiaires où subsistent une masse de pyjamas nous laissent à notre réflexion. A cet instant-là, je n’arrivais pas à me détacher des derniers regards apeurés des enfants qui se serraient la main. Triste épilogue sur cette monstruosité où finalement l’amitié aura réussi à surmonter la haine inculquée par le nazisme. Comme disait Bruno à Shmuel : « Tu pourras venir chez moi à Berlin quand les adultes auront fini leurs histoires. ».

Le DVD

Niveau technique, il n’y a pas grand chose à dire étant donné que le film ne joue pas de ce côté (décor minimaliste, paroles omniprésentes, musique calme). Le DVD accomplit pleinement son boulot. Par contre, dommage qu’il n’y ait pas d’édition blu-ray alors qu’elle est sortie aux États-Unis en Juillet.

Pour les bonus, ça reste du très classique et on ne s’en sort pas enrichi mais ils sont là.

Un film émouvant porté par deux enfants extraordinaires. Un drame comme on les aime: simple, sans longueur et dur. Une autre vision sur les camps.

Sa scène culte : la fin et la première rencontre entre Bruno et Shmuel.

Film : 8/10

Un DVD classique: une qualité technique bonne dans l’ensemble et des bonus limite promotionnels.

Image : 7/10

Son : 7/10

Bonus : 6/10

Le Garçon au pyjama raye poster

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A propos de l'auteur : (2785 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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