Critique : Star Wars: Épisode VIII – Les Derniers Jedi

Déconstruire le mythe

Fiche

TitreStar Wars: Épisode VIII – Les Derniers JediTitre VOStar Wars: Episode VIII – The Last Jedi
RéalisateurRian JohnsonScénaristeRian Johnson
ActeursMark Hamill, Carrie Fisher, Adam Driver, Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Andy Serkis, Domhnall Gleeson, Gwendoline Christie, Kelly Marie Tran, Laura Dern, Benicio Del Toro
Date de sortie13 / 12 / 2017Durée2h 32
GenreAction, Aventure, Fantastique, Science fictionBudget200 000 000 $

Les héros du Réveil de la force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Le poids de la légende.

Critique

Désorienté. Tel était mon état d’esprit après la fin de Star Wars: Les Derniers Jedi. Avec la suite d’un Réveil de la Force qui ne prenait pas de risques, si on excepte celui de poursuivre une saga culte sans son créateur, en revenant aux sources afin de faire vibrer la corde nostalgique pour les vieux de la veille tout en accueillant une nouvelle génération, on peut dire que la saga vient de livrer un épisode qui risque de faire débat. Non, en fait, tu peux déjà enlever le terme « risque ». Les Derniers Jedi dépose une grosse mandale sur la joue de la mythologie puis la somme de baisser les yeux. Évidemment, ça ne plaira pas à tout le monde.

Finir sans voix

J’ai mis longtemps avant de retrouver mes esprits et le courage pour écrire cette critique. Il ne m’était jamais arrivé de prendre un long-métrage de plein fouet au point de ne pas savoir quoi en penser. Naturellement, il y a la partie technique. En cela, Les Derniers Jedi est une prouesse majeure. La réalisation multiplie les plans iconiques et j’en ai un qui m’a tout simplement coupé le souffle (indice, ce n’est pas le seul sens à avoir été coupé 😛 ). Du Réveil de la Force, on conserve également cette volonté de maximiser sur des vrais décors et l’animatronique. Deux décors me viennent particulièrement en tête : la splendide île de Luke Skywalker et la planète Crait. Chacun offre des plans d’une beauté sidérante.

Au rayon action, le réalisateur, mais aussi seul scénariste crédité, Rian Johnson aura su offrir des moments spectaculaires et ça commence dès les premières minutes. Les batailles spatiales de cet épisode sont superbes et l’impact dramatique réellement présent. Quant aux combats au sabre-laser, on peut dire qu’ils sont surprenants.

Des rires et des larmes

Passons au point critique. Le plus critique d’entre tous ! L’humour. Depuis que Star Wars est passé sous le fleuron Disney, on voit souvent pointer un nombre incalculable de commentaires critiquant l’humour. Mais bordel, pète un coup et rit (faire les deux en même temps est même préférable). Why so serious ? M’enfin bref, la question qui tue. Est-ce que le point Jar-Jar a été atteint sur le 8 ? Loin de là. J’ai trouvé l’humour globalement maîtrisé comme chez Marvel Studios. Mention spéciale aux Porgs 🐣 que j’ai trouvés hilarants et aux habitants de l’île de Luke, surtout pour leurs interactions avec Rey. En bref, il y en a avec parcimonie et c’est pratiquement toujours drôle.

Néanmoins, ce que le réalisateur de Looper aura notamment réussi à faire, c’est ajouter de l’émotion en pagaille. Je ne vous raconte pas le nombre de fois où j’ai chialé. J’étais comme devant La Ligne Verte. Je chialais un bon coup et quelques dizaines de minutes après, c’était reparti. Le plus étonnant, c’est que les larmes ont commencé à venir au bout de quelques minutes à peine alors qu’il me faut généralement attendre un bout de temps.

Imparfait, mais parfaitement exécuté

Sur ces points, Les Derniers Jedi est un véritable tour de force à la manière du VII. On peut tout de même regretter une baisse de régime sur un passage « James Bond » dispensable. Néanmoins, là où il surprend vraiment, c’est au niveau de son scénario. Comme il est impossible d’en parler sans spoiler, si tu n’as pas encore vu le film, je t’ordonne avec l’aide de la Force de t’arrêter là et de sauter directement à la conclusion. Reviens seulement après le visionnage.

« Toi qui entre ici, tu pénètres dans le côté obscur de la critique. Pleine de spoilers ! »

Attention, tout ce qui suit contient des énormes SPOILERS sur Les Derniers Jedi
Je répète ! Attention, tout ce qui suit contient des énormes SPOILERS sur Les Derniers Jedi

Le Premier Ordre contre-attaque… Vraiment ?

La crainte d’un remake de L’Empire contre-attaque était grande. Spécialement avec le fait que la bande-annonce laissait échapper beaucoup de points semblables dont une planète de glace. En fait minérale, mais peu importe, tout le monde a fait la confusion. Je vais avouer que j’ai vraiment cru qu’on y allait droit dessus à la vitesse de la lumière quand j’ai lu le fameux texte déroulant. Principalement à cause de la dernière ligne. Les Rebelles étaient assaillis par le Premier Ordre. Je m’étais même dit : « Oh les cons ! ». Mais finalement, j’ai été pris à revers pour assister à ce qui est une course-poursuite. Le film ENTIER est une course-poursuite et la chronologie des évènements ne doit pas dépasser une semaine. C’est un premier constat surprenant. On pouvait s’attendre à une exploration géopolitique de la nouvelle Galaxie, mais que nenni, à la place, Rian Johnson préfère explorer l’attaque du Premier Ordre. Je ne m’attendais vraiment pas à ça et j’en ai été déstabilisé. En bref, plutôt que de faire un épisode, Johnson a préféré faire un film tout court.

Court-circuiter les attentes

Cette intrigue inattendue est vraiment à l’image de son auteur. Ce dernier a fait tout ce qu’il fallait pour ébranler les certitudes des fans en court-circuitant toutes leurs attentes, mais vraiment toutes. La majorité des éléments ouverts par J.J. Abrams dans le précédent ont été habilement déconstruits ou amenés vers des destinations inattendues.

On attendait Luke comme une légende. L’épisode VII était même construit dessus. On découvre un ermite grincheux se complaisant dans son inaction. Du Gran Torino. Un vieux con, quoi. L’anti-Luke de la trilogie originelle. Son interprète, Mark Hamill, avait quand même déclaré : « Quand je l’ai lu [NdM : le scénario] pour la première fois, j’ai dit à Rian : je suis en désaccord total avec presque toutes les décisions que tu as prises pour mon personnage. ». Personnellement, j’ai adoré, mais vraiment adoré. Quel culot de briser le mythe Skywalker. D’autant plus qu’elle s’accompagne d’un joli sous-texte séparant la légende de l’homme. Une réplique de Luke le souligne même intelligemment. Qu’est-ce qu’il peut bien faire avec un couteau face à un empire ? Dans tous les cas, Mark Hamill aura livré la meilleure performance de sa carrière. Une prouesse galactique.

Le coup de maître… Jedi

Cela aura aussi permis d’apporter une magnifique fin au héros avec un plan de toute beauté renvoyant à celle culte d’Un Nouvel Espoir (par contre, je n’en reviens pas que Luke soit mort, il a intérêt à revenir en Ghost Force sinon je pète un câble). Surtout que ce qui aura précédé aura été un véritable coup de génie. J’ai été estomaqué par tant d’intelligence. C’est l’une des nombreuses fois où Rian Johnson m’aura pris au dépourvu en bouleversant les enjeux. Je m’attendais tellement à ce que Luke rejoigne les siens pour un dernier combat que quand je l’ai vu arriver, je m’étais alors dit : « Prévisible, mais si bon. ». Là est l’habile estocade du réalisateur. Il nous aura offert la réunion qu’on attendait tant, celle entre Luke et Leia (rayonnante Carrie Fisher) avec la magnifique émotion qui va avec, tout en nous réservant une surprise ruinant cette « prévisibilité ». Un coup de maître dont j’ai encore du mal à m’en remettre. Pourtant, jamais Rian Johnson ne prend les spectateurs pour un con. Jamais.

Comment ça ? J’explicite. Le passage où, sur l’ordre de Kylo Ren, les AT-M6 mitraillent Luke. Je pensais que celui-ci avait érigé un puissant bouclier protecteur. Je m’étais alors dit qu’il était devenu sacrément puissant. Même un peu trop. La solution finale rend la chose logique. Durant le combat, on peut remarquer que les pas de Ren déposent des traces sanglantes sur le sol de Crait tandis que son adversaire Jedi n’en laisse pas. Je m’étais alors dit que le bonhomme avait acquis une telle maîtrise de la Force qu’il était capable de léviter pour se déplacer. Encore, une fois, la solution finale rend la chose logique. Dernier point, le passage Obi-Wan face à Dark Vador d’Un Nouvel Espoir a été l’objet d’un fabuleux twist qui donne la solution aux spectateurs. J’étais sur le cul. Car les indices étaient là et n’ont pas été cachés. Un twist digne du Sixième Sens. Cet exemple est le symbole de ce que tout Rian Johnson aura accompli avec l’épisode 8. Me prendre totalement par surprise. Plusieurs fois, en plus.

Derrière la légende Skywalker, Luke se cache.

« No, I am your father. » inversé

Il aura même poussé le vice jusqu’à ne pas livrer des réponses prévisibles ou faciles aux questions laissées en suspens par J.J. Abrams. Les origines de Rey (Daisy Ridley, ici plus en retrait par rapport à ses collègues) ? Une simple fille de ferrailleurs vendue contre de l’eau. On est très loin des théories des fans qui en parlaient comme la fille d’Obi-Wan ou de Palpatine ou encore la sœur de Kylo Ren (pas franchement crédible, celle-ci par contre). Avec une telle manœuvre, Rian Johnson se moque un peu de cette astuce de série où la révélation se doit être spectaculaire et inattendue pour faire le buzz. De l’anti « No, I am your father. » par excellence. Chapeau bas, l’artiste. Attention, ce n’est pas gratuit, car cela permet de retrouver le côté populaire de la Force qui n’est alors plus réservé à une élite, les Skywalker en somme. Même s’il reste toujours Ben Solo / Kylo Ren pour conclure la saga autour de la famille avec l’épisode IX.

Dark Vador reste unique ou l’émancipation de Kylo Ren

Kylo Ren. Tant qu’on en parle. Tout dans cet épisode nous dirigeait vers une rédemption digne de Dark Vador. C’est donc pourquoi j’ai été exalté par le fait que Rian Johnson mette bien en avant qu’il n’y aura pas de rédemption pour Kylo Ren malgré les tentatives de Rey, Luke et Leia. Le bonhomme a totalement sombré dans les ténèbres. Par extension, ça rend l’histoire d’Anakin Skywalker encore plus belle. Il aura été le seul à être capable de revenir du côté obscur. Il était l’Élu. Cela se traduit précisément par la destruction du masque. Un objet ridicule comme le dit Snoke qui se fait alors l’écho de quelques fans. Vador avait besoin de son masque pour vivre. Kylo Ren, non. Le garçon est mort en tuant son père. Il ne reste plus que l’homme tourmenté. Le Sith qui n’en est plus un. Adam Driver a livré une performance que j’ai trouvée grandiose. Grosse poilade tout de même en découvrant son torse incroyablement musclé. Illustration amusante du « sa tête ne va pas avec son corps ».

Autre pied de nez à l’épisode VII et son côté remake. Le traitement de Snoke (Andy Serkis). Il était attendu comme le remplaçant de l’Empereur. Il aura quitté la saga sur une note ridicule avec une langue pendue se glissant hors de sa bouche. Je voulais le découvrir. Connaître ses origines. Mais pas besoin. À la manière de Dark Maul, le personnage aura su être spectaculaire et être imposant, mais son orgueil l’a trahi. Comme elle a trahi les Sith et les Jedi.

Le beau gosse d’Hollywood remis à sa place

Dernier point qui me tient à cœur dans la déconstruction du mythe Star Wars. Le personnage de Poe (Oscar Isaac). Il était le beau gosse intrépide. Celui qui sauvait tout le monde en sortant une parade épatante de sa poche tout en luttant contre l’ancienne garde. Il était le cliché du blockbuster. Il est au cœur de la sous-intrigue que j’ai trouvé assez longuette, le passage dans le casino style James Bond faisait hoqueter le rythme à mon goût même si la dynamique du duo Finn et l’adorable Rose m’a beaucoup plu, mais dont la conclusion est grandiose. Bref, via cette sous-intrigue, il était censé amener la solution et ridiculiser l’ancienne garde symbolisée par la vice-amirale Amilyn Holdo (sublime Laura Dern).

Quelle surprise alors de découvrir le twist avec la trahison de DJ (Benicio del Toro), l’anti Lando Calrissian en passant. Une trahison encore une fois logique car il a été placé là. Les héros cherchaient un Maitre décrypteur particulier, celui incarné par Justin Theroux, et, par la force du destin (ou de Snoke ?), sont repartis (sans trop le choix, non plus) avec un autre. Une erreur de débutant. Que sont justement Finn (John Boyega) et Rose (Kelly Marie Tran). C’est ce que j’encense dans le scénario de Rian Johnson. Il y a toujours une logique dans ses twists. Bref, voir Poe se planter dans les grandes largeurs est une belle leçon. Hollywood ne cessait de nous abreuver d’histoires de jeunes héros qui sauvaient le monde en faisant fi de l’expérience des ancêtres. Dans celui-ci, ce sont les ancêtres qui sauvent la situation. Mince, quoi. Quelle belle sortie pour Holdo. Quelle belle sortie. Comme Hodor 😛 .

Le poids de la vie.

Le feu de la Rébellion réduite à une simple étincelle

Restons dans le domaine de la Rébellion pour que je puisse souligner la violence des combats. Pas d’un point de vue graphique of course, mais vraiment psychologique. Le nombre de morts à l’écran atteint des proportions assez dramatiques. C’est vraiment dur de voir le nombre de rebelles se réduire de façon drastique pour n’en trouver plus qu’une centaine à la fin du film. Cela sonne presque comme la fin de la Rébellion. Heureusement que le film se termine avec une note d’espoir, car si j’étais dépressif, j’aurais fini ballottant au bout d’une corde.

J’en profite pour aborder l’émotion du film. Je ne compte pas le nombre de larmes que j’ai lâché. En fait, et à ma grande stupeur, j’en ai lâché tellement que je n’arrive même plus à souvenir de tous les passages. Parmi ceux que j’ai encore en mémoire, je ressors le sacrifice de la sœur de Rose au début du film, à bord du bombardier. J’ai aussi vraiment ressenti le poids que Leia portait sur ses épaules quand elle voyait tous ces morts, même si Poe se réjouissait de la destruction du destroyer ennemi. Leia, tant que je la tiens. Sa « fausse » mort m’a vraiment marqué, car son utilisation de la Force (badass au passage) me paraissait si inconcevable. Je commençais déjà à pleurer la princesse de mon enfance et j’ai frémi de joie quand elle s’est sauvée toute seule. Il était trop tôt pour faire le deuil. Le dernier passage dont je me souviens est vraiment improbable. Mais vraiment le truc qui sort de nulle part. C’est quand Luke retrouve R2-D2 et que celui-ci tente de convaincre son maître de sortir de sa carapace. Pour ce faire, il utilise le message qui a déclenché toute cette histoire. Oh putain, qu’est-ce que j’ai chialé. Tout est remonté d’un coup !

La fin des Jedi et des Sith ?

Au final, ce qui résonne dans ma tête en repensant au film, c’est la réplique : « Il est temps d’en finir avec les Jedi. ». Symbolisée par l’apparition surprise de Yoda (on ne va pas se mentir, qu’est-ce qu’il était moche sur son premier plan, heureusement, ça s’arrange après), cet épisode aura surtout vu la fin de religions ancestrales désormais devenues obsolètes. J’ai quand même du mal à y croire que ce soit vraiment le cas, mais Kylo Ren l’a aussi dit. Il est temps d’en finir avec les Jedi ET les Sith pour partir vers de nouvelles directions. Une belle parallèle avec la voie que doit prendre Lucasfilm pour les prochains Star Wars, surtout pour sa nouvelle trilogie. Bref, une telle fin me laisse avec de sacrés espoirs pour l’épisode IX que j’aurais adoré voir écrit et réalisé par Rian Johnson. On verra bien que J.J. Abrams va faire et je suis curieux de découvrir sa version maintenant qu’il est libéré de ses obligations de « remake ».

Par déstabilisé par Les Derniers Jedi, le16 décembre 2017.

Il est temps d’en finir et de renaître.

Conclusion

Si avec Le Réveil de la Force, Lucasfilm s’est principalement concentré à reconstruire le mythe Star Wars. Avec Les Derniers Jedi, ils prennent d’immenses risques en le déconstruisant. C’en est même assez dingue d’oser à ce point. Évidemment, techniquement, le film est une tuerie avec beaucoup de moments de bravoure, d’action, d’émotion et d’humour parfaitement distillés. Une claque magistrale dont j’ai eu du mal à m’en remettre. La meilleure façon d’en terminer avec le cinéma de 2017.
PS : concernant la note, j’étais parti pour mettre un 9/10, car ce Star Wars a des défauts. Mais avec le recul de plusieurs jours et en écrivant cette critique, je me suis rendu compte que j’ai vraiment vécu une expérience hors norme. En conséquence, note maximale.
PS 2 : exceptionnellement, pas de plus et moins pour ne rien spoiler.
10/10

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A propos de l'auteur : (2915 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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