Critique : Marley

L’homme derrière les dreadlocks

Fiche

Réalisateur:Kevin Macdonald
Acteurs: Bob Marley, Ziggy Marley, Jimmy Cliff, Rita Marley, Cedella Marley, Cindy Breakspeare, Chris Blackwell, Lee Perry, Danny Sims, Bunny Wailer
Pays:USA, UKDate de sortie:13 juin 2012
Genre:Biographie, Documentaire, MusicalDurée:2h24
La place de Bob Marley dans l’histoire de la musique, son statut de figure sociale et politique et l’héritage qu’il nous laisse sont uniques et sans précédent. Ses chansons délivrent leur message d’amour et de tolérance, de résistance à l’oppression, et transcendent les cultures, les langues et les religions aujourd’hui encore, avec la même force que lorsqu’il était en vie. En collaboration avec la famille de l’artiste – qui a ouvert ses archives privées pour la première fois – Kevin Macdonald a réuni une mine d’informations, des images d’archives rarissimes et des témoignages poignants qui interrogent le phénomène culturel tout en dessinant le portrait intime de l’artiste, depuis sa naissance jusqu’à sa mort en 1981, faisant définitivement de MARLEY le film documentaire de référence, au moins pour les 30 années à venir.

Critique

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Marley, pour moi, c’était avant tout une image. Une image où on le voyait micro à la main, les dreadlocks au vent, la sueur perlant sur son front, les yeux plissés comme s’il était en transe. C’est l’homme qui m’avait fait connaitre la Jamaïque, cette île des Caraïbes cernée par Cuba et l’Amérique, bien avant l’excellente comédie Rasta Rockett. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à l’homme, juste au symbole comme pour Che Guevara…

… jusqu’au jour où je suis tombé sur un article dans So Foot (oui, le mag de foot) faisant l’étalage sur sa passion du football. J’ai été totalement emballé lorsque j’ai appris que Kevin McDonald, cinéaste écossais auteur d’un excellent Le Dernier roi d’Écosse sur le dictateur Idi Amin Dada, allait s’attacher au mythe Marley. Au mot « documentaire », mon excitation a atteint son dernier stade car je ne trouve pas meilleur support pour parler de ces hommes devenus des légendes. Les biopics ayant la fâcheuse tendance à amoindrir leur sujet et puis bon, un acteur aussi talentueux soit-il ne pourra jamais remplacer l’original.

L’année dernière, on avait eu droit au magnifique Senna presque formaté comme un thriller sur une lutte épique entre Senna et Prost sur base d’images d’archives sans une once d’interview. Pour Marley, Kevin McDonald emploie un style plus traditionnel à base de mélange d’interviews et d’images d’archives. Sa plus grande force concerne les concerts qui emploient un montage rythmé et sublime de photos sur la musique de Bob Marley. Des moments d’anthologies marquant davantage que n’importe quel concert reproduit dans un biopic. Quel dommage que les gens soient davantage attirés par les biopics qu’un vrai et pur documentaire surtout quand il est aussi bien mis en scène que celui-ci.

Par deux fois, les larmes ont coulés. La première durant la chanson Cornerstone…

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… cette chanson marquait une des traumatismes de la vie de Marley mais lors de l’interview de la demi-sœur et du cousin de Bob Marley, ils évoquent ce passage avec une certaine émotion et la sœur nous bouleverse en parlant de son demi-frère « comme celui qui avait fait découvrir le nom des Marley au monde entier ». Difficile de ne pas vibrer.

La deuxième fois surviendra après sa mort lors d’une impressionnante scène de funérailles rappelant celle de la légende du Grand Prix, Ayrton Senna. Quand un documentaire est capable de vous saisir au plus profond de votre cœur et de vous émouvoir, c’est que quelque chose se passe à l’écran.

Le plus grand génie de Kevin McDonald est de présenter Bob Marley comme l’homme qu’il était en essayant de gratter derrière le mythe, en faisant étalage de ses défauts (coureur de jupons, père absent) mais cette découverte est loin d’écorner l’image du rasta. Elle fait de lui un homme et rend encore plus belles ses prouesses car Bob Marley était un homme d’amour et cet amour, il l’a déversé au monde entier. Surtout avant de devenir un symbole, il était un métis, n’appartenant ni aux blancs, ni aux noirs, il a souffert d’une solitude. Cette souffrance, en plus de son enfance difficile à Trench Town, lui a permis de devenir l’homme qu’il était. Toute cette douleur lui a permis d’accomplir des grandes choses au nom de l’amour dont un des plus marquants demeure le concert pour la paix en Jamaïque.

Kevin McDonald avait avoué avoir eu un déclic sur le tournage du Dernier roi d’Ecosse en se rendant dans les bidonvilles de Kampala, la capitale ougandaise. Il s’était rendu compte de l’amplitude du phénomène Bob Marley. On retrouve cette inspiration dans le générique final. Par ailleurs, on retourne aussi en Afrique pour une des chansons les plus célèbres de Marley, Zimbabwe. On peut alors se rendre alors compte qu’il était davantage qu’un simple chanteur de Reggae, qu’un simple fumeur de joints avec un chouïa de talents. Son écho résonne encore de nos jours tant il a eu un impact dans le monde. On ne peut qu’être d’accord avec Philippe Manoeuvre, Marley était un prophète.

Fort d’un travail monstrueux, 14 mois pour retrouver la trace des personnes à interroger et obtenir leur consentement pour un total d’environ une centaine de participants, Kevin McDonald n’oublie rien et durant l’espace des deux heures et demie nous fait découvrir Marley de ses débuts jusqu’à sa fin en partant sur un point de départ ingénieux permettant de mieux comprendre l’environnement social de Marley. Un travail monstrueux largement récompensé par le résultat à l’écran et servi par une bande son magnifique (on s’en doutait bien). Pour un néophyte comme moi, ce fut deux heures et demie de pur plaisir et de découvertes, deux heures et demies à découvrir l’idole de plus d’une génération. Un homme devenu maintenant bien plus…

Conclusion

Kevin McDonald voulait découvrir le vrai Bob Marley. A la fin de la projection du documentaire, deux des enfants de Robert Nesta Marley avaient les larmes aux yeux et ont remercié le cinéaste de leur avoir fait découvrir leur père. Nous le remercions aussi et nous sortons de la salle les yeux rougis en sifflotant une musique désormais devenue immortelle.

Respectons ses dernières volontés : « Je n’ai pas beaucoup d’ambition mais une chose me ferait plaisir. Ce serait que les hommes vivent en paix. »

+– Connaître Bob Marley, l’homme et sa vie
– Le montage
– Les interviews très enrichissantes
– Anecdotes
– …
10/10

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A propos de l'auteur : (2894 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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