Critique : La Taupe

La quintessence du film d’espionnage

 
Fiche

D’après le roman de John le Carré
Réalisateur(s):Tomas Alfredson (Morse)
Scénariste(s):Bridget O’Connor, Peter Straughan (L’affaire Rachel Singer, Les chèvres du Pentagone)
Acteurs:Gary Oldman (commissaire Gordon dans le Batman de Nolan), Mark Strong (Or Noir), John Hurt (la première victime de l’Alien), Toby Jones (Captain America), David Dencik (Millenium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes), Ciarán Hinds (L’Affaire Rachel Singer), Colin Firth (Le discours d’un Roi), Kathy Burke, Benedict Cumberbatch (Sherlock Holmes dans la série anglaise), Stephen Graham (Killing Fields), Simon McBurney (la série The Borgias), Tom Hardy (Bane dans The Dark Knight Rises), Roger Lloyd-Pack (We Want Sex Equality), Konstantin Khabensky (Night Watch/Day Watch), Stuart Graham (Hunger)
Titre original:Tinker, Tailor, Soldier, Spy
Pays:UK, France, AllemagneDate de sortie:8 février 2012
Genre:Espionnage, ThrillerDurée:2h07
Budget:25 000 000 $
1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley.

Pourtant, Smiley est bientôt secrètement réengagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même.

Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…

Critique

Le film d’espionnage n’est pas mort, loin de là, et il trouve avec La Taupe un de ses meilleurs représentants si ce n’est le meilleur. Il faut dire que le nouveau film de Tomas Alfredson, déjà derrière l’excellente adaptation Morse, sublime à merveille les codes du genre. Pour son nouveau long-métrage, le réalisateur suédois réunit un casting merveilleux et intelligent en effet il est dit dès le début que le méchant se cache parmi les quatre: Toby Jones, Ciarán Hinds, Colin Firth et David Dencik. Quelle idée de génie d’avoir attribué les rôles de suspect à des acteurs en vogue surtout que le coupable…

Spoiler

ah, ah, t’as cru que j’allais le dire, ne rêve pas trop non plus.

La réalisation intelligente de Tomas Alfredson est assez intelligente pour équilibrer l’apparition de chacun des protagonistes pour ne pas que la balance penche en faveur de l’un comme le font magiquement les films hollywoodiens.

Au delà d’une enquête tortueuse et passionnante qui ne pouvait sortir que de l’esprit de John le Carré, le long-métrage se part d’atouts esthétiques dans la pure lignée de Morse, voir même un poil plus approfondi, les moyens n’étant plus les mêmes. Il faut savoir que le film se situe dans les années 70 donc en pleine guerre froide et on s’y sent vraiment. Les décors ont fait l’objet d’un travail dont le sens du détail confine au surréalisme. Vous pouvez vous balader tranquillement du regard dans le décor pour essayer de capter ces petits détails qui font le plus. Ces éléments-là font de La Taupe la représentation majestueuse et, on imagine, fidèle de ces années-là car il ne faut pas oublier que John le Carré était un ancien agent secret ayant officié dans ces eaux ce qui fournit à ses romans un réalisme implacable et le film réussit à le retranscrire à la perfection pour le grand écran, un tour de force. Décidément John le Carré au cinéma, c’est très bon, on se souvient du magnifique The Constant Gardener.

Au delà de ces décors, la réalisation de Tomas Alfredson (pour vous rappeler de son nom, dites-vous tout simplement que c’est le fils d’Alfred en anglais) fait beaucoup de bien à cette histoire sans compter la musique. Les deux éléments se combinent à merveille pour insuffler à cette histoire de complot une dimension à la fois épique et humaine, deux attributs s’ils se marient bien ensemble suffisent pour faire d’un film, un très grand film aux limites du chef d’œuvre. L’intelligence du réalisateur est d’avoir gardé un rythme lent à l’image de son personnage principal, Smiley sans jamais être chiant et dieu sait que la frontière est mince à tel point qu’on confond souvent lenteur chiante et rythme lent.

Jusque là, le film a tout bon, il ne reste plus qu’à parler du casting. Là, pas de mauvaises surprises. Cela ne fait que confirmer le proverbe (inventé par moi, copyright déposé) suivant : « Les grands acteurs ne se subliment qu’à l’aide d’un grand réalisateur. ». Alors quand on réunit un casting aussi prodigieux (en témoigne les multiples récompenses qui leur ont été donné) que ce soit les premiers rôles ou les seconds rôles (un bon paquet), le résultat fait forcément des étincelles. Chacun est à place, chacun livre une prestation géniale, surtout chacun est au service du film. Parmi ces membres-là, j’ai observé avec délectation la présence de Tom Hardy (devenu mon acteur préféré depuis Warrior) avec une coupe de cheveux improbable pour ce qui constitue un des meilleurs passages du film. C’est toujours impressionnant de voir un tel film doté d’acteurs aussi charismatiques sans qu’une guerre d’ego ne soit livré.

Difficile d’en dire plus sur La Taupe tant le long-métrage ne dispose d’aucun défaut, les critiques deviennent nettement plus courtes quand on a rien à critiquer mais cela ne va pas dire que le film est moins intéressant, loin de là mais difficile d’en parler sans spoiler et je ne peux que vous arguer d’un conseil, évitez tout spoiler sous peine de vous gâcher le film car il repose justement sur des éléments si fragiles qu’ils sont si faciles à éventer. Rien que de connaître le nom du coupable pourra vous gâcher le plaisir, allez, je vous le donne…

Spoiler

…non, mais sérieux, deux fois dans le même piège, décidément, tu n’as pas lu ce que je viens d’écrire ?

Conclusion

La Taupe marque l’apothéose du film d’espionnage. Il sera difficile de trouver un film aussi abouti dans le genre et ce dans tous les domaines (réalisation, mise en scène, acteurs, musique, intrigue). Tomas Alfredson signe encore une fois un film majeur du cinéma après son envoutant Morse. Sans aucun doute, un des films majeurs de cette nouvelle année.
+– Intrigue paranoïaque et retorse
– Des acteurs au sommet
– Réalisation adaptée au sujet
– Musique
– Aucun
Trophée9/10

PS: si le succès se confirme, le film pourrait bénéficier d’une suite sous le titre Smiley’s People.

Bien sûr pour garder le plaisir jusqu’au bout, je vous conseillerais d’éviter de regarder la bande annonce.

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