Critique : L’Aigle de la neuvième légion

Tout ça pour un aigle (et un faux en plus)…

 
Titre original : The Eagle

D’après le roman de Rosemary Sutcliff

Réalisé par Kevin Macdonald (Le dernier roi d’Écosse)

Avec Channing Tatum (G.I. Joe), Jamie Bell (Billy Elliot), Donald Sutherland (Le Flingueur) et Tahar Rahim (Un Prophète).

Date de sortie cinéma : 4 mai 2011
Long-métrage britannique
Genre : Historique, Drame, Aventure
Durée : 1h51
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Marcus Aquila (Channing Tatum) est un jeune centurion. Complexé par le déshonneur de son père, coupable d’avoir perdu l’Aigle de la neuvième légion. Avec l’aide de son esclave Esca (Jamie Bell), il s’engage dans une quête suicidaire en plein territoire breton pour récupérer le symbole romain.

Des décors magnifiques dans une Bretagne ensorcelante

Dès le départ, le film nous propose des beaux combats mais on commence déjà à décerner les défauts du film. S’ensuit une période de repos, le temps de mettre en place les enjeux et c’est bien là que le bât blesse. De nos jours, il devient très difficile de ne pas pouffer de rire devant l’objectif : le héros veut récupérer un aigle de métal pour sauver l’honneur de son père et le tout en plein territoire ennemi, un suicide. Non mais sérieux, tout ça pour une breloque et connaissant les idéologies de l’époque entrevues dans d’autres films, livres ou dans la méga série Rome, on a encore plus du mal à y croire. M’enfin admettons…

Le héros part dans une quête en compagnie de son esclave, un Billy Elliot méconnaissable. Le film bascule alors vers une odyssée servie par des décors magnifiques (le mur d’Hadrien est particulièrement impressionnant). Difficile pour moi de ne pas penser au Vahalla Rising de Refn, un film quasiment amputé de tout dialogue mais au visuel pur. Refn avait signé avec Vahalla Rising (Le guerrier silencieux au cinéma et Le guerrier des ténèbres en DVD, ridicule, je sais) un pur chef d’œuvre métaphorique au barbarisme sans égal.

Vers la fin, L’aigle remonte un peu le niveau en devenant un survival de pure beauté mais qui se termine en eau de boudin.

Spoiler

Je me marre en pensant à comment des soldats romains de plus de 50 balais arrivent à battre des bretons censés être des machines à tuer et de surcroît, dans la fleur de l’âge. Sans oublier, un Tatum aux portes de la mort mais qui arrive tout de même à se battre comme un nouveau-né et à tuer quelques bretons avant d’éliminer le chef (même Maximus n’aurait pas réussi). Puis le gamin de 5 ans qui se fait égorger, personne ne s’est demandé comment il est arrivé là ? Les mecs, ils ont quand même fait 5 jours de marche (en courant en plus)… Il a fait comment le mioche pour suivre (sic).

Une certaine idéologie américaine

Il est drôle de voir comment les américains s’identifient aisément aux romains plutôt qu’aux bretons, ça fait plusieurs films où systématiquement ils se mettent du point de vue des romains. C’est encore plus flagrant dans L’aigle… où le personnage joué par Tatum représente le héros américain dans toute sa splendeur : un honneur inégalé, des actes de bravoure incroyables et en plus, il est « immortel ».

Il ressort une certaine vision des États-Unis où envahir les pays voisins est considéré comme normal car il s’agit de sauver le monde : la transposition barbare/terrorisme n’est pas loin. Toutefois L’aigle… soumet occasionnellement une belle réflexion sur cette idéologie en soumettant via la dualité des deux héros dont pour l’un les soldats romains sont des héros et les bretons, des barbares tandis que pour l’autre, les romains sont des hommes avides de conquête et cherchant à assouvir tous les peuples, les bretons s’opposent à eux au nom de la liberté. Il est vraiment dommage que le film ne pousse pas le sujet plus loin (c’est abordé à peine quelques minutes avant d’être coupé net).

Il est tout de même intéressant de voir que deux milles ans après les sujets abordés durant l’époque romaine ont toujours cours.

L’attraction du film

Ce n’est pas Tatum, ni Billy Elliot même pas Donald mais notre frenchie national : Tahar Rahim. C’est qui déjà ? C’est le gamin qui allait en prison dans le film culte d’Audiard : Un Prohète. Quoi il est dans le film ? Mais où ? Il joue le rôle du fils du chef des « méchants ». Franchement avant de voir le film, je savais qu’il y jouait mais j’ai mis tout de même 10 minutes à le reconnaître. Un véritable tour de force.

L’aigle est un film d’action qui malheureusement ne fait que survoler des sujets très intéressants et souffre d’une certaine « hollywoodisation ». Il en reste de très beaux décors, de bonnes scènes dans le camp des bretons, une partie survival trippante et un Tahar Rahim impressionnant.

Sa scène culte : la danse des bretons pour le passage à l’état adulte des adolescents de leur camp.

Note : 5/10

L Aigle de la neuvième légion affiche

Pin It on Pinterest