Critique : Cloud Atlas

Poster du film Cloud Atlas réalisé par Andy Wachowski, Lana Wachowski, Tom Tykwer en 2012 avec Tom Hanks, David Gyasi, Susan Sarandon, Hugh Grant et Halle Berry
Battlefield Cloud

Fiche

D’après le roman Cartographie des nuages de David Mitchell
Titre:Cloud Atlas
Réalisateur:Tom Tykwer, Andy Wachowski, Lana « Larry » Wachowski
Scénaristes:Tom Tykwer, Andy Wachowski, Lana « Larry » Wachowski
Acteurs:Tom Hanks, Halle Berry, Jim Broadbent, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Doona Bae, Ben Whishaw, James d’Arcy, Zhou Xun, Keith David, David Gyasi, Susan Sarandon, Hugh Grant, Götz Otto
Titre original:Date de sortie:13 mars 2013
Pays:USABudget:
Genre:Drame, Science-fiction, ThrillerDurée:2h44

Un voyageur réticent qui traverse le Pacifique en 1850; un musicien déshérité menant une vie précaire en Belgique durant l’entre-deux-guerres; un journaliste aux nobles sentiments qui suit un gouverneur de Californie nommé Reagan; un vaniteux éditeur qui fuit ses créanciers mafieux; un dîner génétiquement servi dans le couloir de la mort; et Zachary, un jeune habitant du Pacifique témoignant du crépuscule de la civilisation et de la science…

Cloud Atlas Photo avec Tom Hanks et Halle Berry
Pénétrez dans la nouvelle aventure SF des créateurs de Matrix.

Critique

Cloud Atlas était la promesse d’un chef d’œuvre de SF et peut-être même en devenir un nouveau jalon à la manière de 2001 : l’odyssée de l’espace en gros, on parle d’un gros-truc-de-la-mort-qui-tue. Il faut dire qu’avec comme réalisateurs Andy et Lana « ex-Larry » Wachowski accompagné de Tom Tykwer, cinéaste sur le plutôt bon L’Enquête avec Clive Owen. Trois réalisateurs peuvent sembler beaucoup mais finalement devant l’ampleur de la tâche qui les attend, ce n’est que raison. Car Cloud Atlas délivre non pas une, ni deux et encore moins trois mais six… six histoires s’entremêlant au gré d’une scène à l’autre. Pis les Wachowski sont quand même derrière un monument de la SF, Matrix. Tout est réuni pour disposer d’une nouvelle œuvre majeure: « Croire à l’incroyable » qu’on nous disait.

« Cloud Atlas était la promesse d’un chef d’œuvre de SF. »

Vous allez me dire : « le fait que le film sorte aussi tard en France est rarement bon signe, cinq mois quand même séparent la sortie américaine de la française ». Je t’aurais répondu, c’était la même chose pour Speed Racer, autre film des Wachowski et finalement, c’était un très bon film d’action aux inspirations « mangaesques ». Ça, c’était avant d’avoir vu le film ! Après l’avoir visionné, je comprends pourquoi il a mis autant de temps à sortir. C’est une purge sans nom ! Je suis même presque sûr qu’il va sortir dans un nombre limité de salles en France car d’un, le blu-ray est sorti à l’avance aux States (votre serviteur s’est procuré le film en import et l’a bien regretté) et de deux, la presse va l’assassiner sans aucun doute (celle américaine n’a pas fait de cadeaux).

Je comprends mieux pourquoi certains parlaient du pire film de l’année 2012 (le Time), j’étais moi-même dubitatif devant une telle punch line. Il me paraissait impossible que le pire film de l’année soit née des Wachowski’s brother & sister. Je pouvais comprendre que le film soit mauvais mais de là à parler du PIRE, c’est un pas de géant… que Cloud Atlas a franchi. Difficile à concevoir une telle chose en voyant la bande annonce épique mais telle est l’impitoyable vérité après visionnage car « La vérité est unique » pour reprendre l’expression de Sonmi, un des nombreux personnages de ce successeur de Battlefield Earth, le navet radioactif et scientologue avec Travolta.

« Je comprends mieux pourquoi certains parlaient du pire film de l’année 2012. »

En voulant éclater le récit en plusieurs histoires dispatchées à travers le temps allant du 19ème siècle jusqu’à un futur très éloigné (quand je dis éloigné, on parle d’ici d’une époque où l’eau a bouffé une grosse partie de la terre et où ce sont les nos petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit-petit fillots qui en sont les habitants). Le récit veut aussi parler de réincarnation, voilà ce qui explique pourquoi les acteurs campent plusieurs personnages à travers les époques. Par exemple, Tom Hanks en campe six. Une idée assez démentielle en soi mais dont la pratique est bien loin de l’effet escompté en effet, elle est… à mourir de rire.

Cloud Atlas Photo avec Doona Bae
Des très belles images ayant réussi à masquer les faiblesses du récit… le temps d’une bande annonce.

Pour que le spectateur puisse différencier les personnages et afin de ne pas se perdre entre les époques, les acteurs se greffent de maquillages plutôt extravagants mais dont la grosse majorité sont d’un ridicule à toute épreuve. Si celui du Tom Hanks du futur est une réussite majeure avec un tatouage de toute beauté (pas étonnant qu’ils l’ont mis en avant sur l’affiche), le reste fait ressembler l’ensemble à un énorme nanar allant même jusqu’à pousser au vice de transformer une actrice asiatique en américaine (j’étais mort de rire alors que la scène était d’un sérieux…) et des acteurs américains en asiatique (je n’avais pas tout de suite capté, je pensais que c’était des cousins de Spock). Il ne faut pas non plus oublier le vieux gremlin ou troll, difficile de penser à autre chose, nommé Old Georgie et incarné par Hugo Weaving. Il n’y a pas longtemps, l’acteur avait dit qu’il en avait marre de tourner des blockbusters, c’était probablement après avoir vu Cloud Atlas. En tout cas, on parle bien ici du successeur de Battlefield Earth et ses personnages grimés en Bob Marley.

« On parle bien ici du successeur de Battlefield Earth et ses personnages grimés en Bob Marley. »

L’autre point à savoir sur le long-métrage concerne la minorité des scènes d’actions avec une seule marquante d’après ma mémoire. Elles se révèlent brèves quand elles ne sont pas ratées. La séquence la plus marquante repompe légèrement Matrix mais en beaucoup moins bien, je tiens à le préciser, et concerne la partie qui est une resucée de l’intrigue avec l’élu Neo (ici une fille nommée Sonmi) avec toujours cette volonté de dévoiler au monde une vérité cachée (je ne vous dis pas laquelle mais on l’avait deviné depuis belle lurette). Et le pire? Cette histoire est la plus intéressante du lot.

Le reste, c’est un melting-pot de plusieurs genres, le film d’espionnage des années 60 avec une entreprise qui engage des tueurs pour effacer les traces de leurs méfaits, la comédie de vaudeville avec des vieux bien déglingués par leurs médocs, le délire « film d’auteur » avec un jeune gay ayant pour but de devenir le plus grand compositeur du monde et s’associant pour l’occasion à un vieux génie sur le déclin, le film d’aventure épique avec une traversée en bateau, des esclaves et un Tom Hanks en Mr Scrooge. Sans oublier, le truc dans le futur (le truc avec les petit-…-petit fillots). Voilà, ça fait six histoires qui rivalisent de clichés. Aucune n’est vraiment intéressante car en éclatant son récit, Cloud Atlas perd son spectateur dans une multitude de personnages et de situations n’ayant que pour lien, une tache de naissance en forme de comète sur ses principaux protagonistes.

Bref, c’est déjà ardu de pondre une bonne histoire dans une seule époque avec des tas de personnages (Games of Throne s’en sort à merveille mais il est une rare exception et a beaucoup plus de temps pour complexifier son intrigue, on est à la troisième saison) alors malgré ses presque trois heures, Cloud Atlas n’y arrive jamais en plus de nous faire décrocher totalement du film à cause de ses maquillages ratées. En gros, ce sont des situations convenues avec des personnages fades pour un résultat chiant et n’ayant que d’épique, la bande annonce. Franchement, je n’ai pas compris du tout l’intérêt de sortir six histoires éclatées dans le temps et sans liens entre elles sinon la réincarnation des mêmes protagonistes. En fait, Cloud Atlas, c’est un film à sketches qui le cache.

Cloud Atlas Photo
Quand Crâne Rouge a bouffé trop de bio, voilà que ça donne.

Conclusion

Tout le long, on s’attend à un événement amené à bousculer les enjeux pitoyablement rudimentaires du récit. En fait, c’est tellement cliché qu’on se dit que c’est juste pour servir un objectif supérieur destiné à bouleverser son intrigue dans un twist à la « oh mais putain, c’est un truc de fou en fait ». Seulement ça, c’est dans notre tête et le résultat final n’est que six histoires inintéressantes. Un ratage complet juste sauvé par quelques belles images, ce sont seulement ces dernières qui peuvent, via la bande annonce, donner envie au spectateur de voir le film.

La note peut paraître incroyablement sévère mais la déception est sans égale, le rejet aussi.

+– La bande annonce
– L’affiche
– Le film (cherchez le problème)
1/10

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