Critique : Ça (2017)

Pour oublier La Tour Sombre

Fiche

TitreÇaTitre VOIt
RéalisateurAndres MuschiettiScénaristes Chase Palmer, Cary Fukunaga, Gary Dauberman
Acteurs Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Jeremy Ray Taylor, Sophia Lillis, Finn Wolfhard, Wyatt Oleff, Chosen Jacobs, Jack Dylan Grazer, Nicholas Hamilton
Date de sortie20 / 09 / 2017Durée2h 15
GenreAventure, Drame, HorreurBudget35 000 000 $

Plusieurs disparitions d’enfants sont signalées dans la petite ville de Derry, dans le Maine. Au même moment, une bande d’adolescents doit affronter un clown maléfique et tueur, du nom de Pennywise, qui sévit depuis des siècles. Ils vont connaître leur plus grande terreur…

Pfft, les films d’horreur, ça ne me fait plus rien maintenant. Je suis un homme, un vrai, un badass. Comment ? C’est lui, votre méchant ? Euh… Ouais, mais non. En fait, j’ai un rendez-vous, donc je n’ai pas le temps de voir votre film-là.

Critique

Ça a toujours eu une place particulière dans mon cœur. Non pas, parce que j’ai adoré le film de Tommy Lee Wallace, Ça – Il est revenu. Au contraire, je ne l’ai que modérément apprécié. Mais bien parce qu’il s’agit de mon premier roman de Stephen King. Le tout premier. The Chosen One. Je l’avais lu alors que j’étais encore au collège et j’avais été frappé/traumatisé, car c’était la première fois que je lisais un roman avec des enfants dans un monde qui me semblait authentique. Pour tout te dire, mes lectures précédentes dans le genre se résumaient à Chair de Poule.

J’avais enfin l’impression qu’on me racontait des choses qui ressemblait à mon quotidien. Même s’il n’y avait pas de clown tueur qui rôdait dans ma ville. La violence. La mort. La découverte de la sexualité. Le premier amour. L’amitié. Le monde des adultes. Tout était traité admirablement et plus particulièrement avec pertinence par le maître de l’horreur. Bref, j’en avais même fait une critique sur mon blog Skyrock (ouais, la honte, je sais – je suis retombé dessus des années plus tard, j’en ai été mortifié et il n’y a pas moyen que je la partage !).

Démarrage chaotique

Au départ, je sentais moyennement cette adaptation. Spécialement, après avoir vu l’immense désastre qu’est l’adaptation de La Tour Sombre. Sans oublier, le départ de Cary Fukunaga, réalisateur de la sublime première saison de True Detective et du puissant film Netflix, Beasts Of No Nation. Il avait même déjà adapté un roman avec le gothique Jane Eyre. Une odeur nauséabonde s’en dégageait même, car l’intitulé de son départ était « différents créatifs ». Le mot qui fait flipper… Finalement, après avoir appris que le réalisateur n’envisageait pas d’adapter le Ça de Stephen King, mais ambitionnait de faire le sien, le Ça de Cary Fukunaga. À la manière de Stanley Kubrick avec Shining. Je me suis dit que son départ était peut-être un mal pour un bien.

D’autant plus que son remplaçant n’est pas de la merde. Andrés Muschietti, réalisateur du très réussi Mama. Soutenu par sa sœur Barbara Muschietti, ils se sont entièrement basés sur les romans de Stephen King. Inévitablement, il y a quelques différences comme une scène d’orgie qui a été zappée (au grand dam de tous les vicieux) et une transposition dans les années 80 (à l’origine, l’aventure se déroule dans les sixties), mais après avoir vu le film, le constat est là. J’ai revécu les émotions que j’avais ressenties en lisant Ça. Je pense que c’est le plus beau compliment qu’on puisse faire à un réalisateur qui souhaite adapter un roman avec respect.

Menu Best Of, s’il vous plaît

Le principal, et seul, reproche que j’adresserais au film. C’est que comme beaucoup d’adaptations de romans, il souffre du phénomène Best Of – on garde le meilleur du livre et on supprime tout ce qui est approfondissement pour gagner en rythme et raccourcir la durée. Ici, cela se traduit surtout par des personnages secondaires, dont pas mal du Club des Ratés (en même temps, avec sept Ratés), qui manquent d’épaisseur, hormis deux, mais j’y reviens (dans le prochain paragraphe en plus, t’auras pas à attendre longtemps). C’est donc avec un sourire non feint que j’ai accueilli l’info comme quoi une version Director’s cut est prévue en vidéo. On parle de quinze minutes en plus. Bonne nouvelle, car si on gomme ce défaut, on est en présence d’un des plus grands films d’horreur de tous les temps.

Cette image va servir à éduquer mon fils : « Écoute fiston, tu vois ça, qu’est-ce que tu fais ? Tu fais demi-tour et tu te barres en courant et en hurlant. Les deux ! ».

All the Boys Love Beverly Marsh

Qui sont ces deux membres du Club des Ratés réussis ? Déjà, le héros Bill Denbrough incarné par Jaeden Lieberher. Attachant dès les premières minutes du film, il m’a permis de rapidement m’immerger dans le film. Bien aidé aussi par un Georgie (Jackson Robert Scott) absolument génial. Néanmoins, celle qui vole la vedette est sans hésiter l’interprète de Beverly Marsh. La magnifique Sophia Lillis. Elle m’a troublé. Mais vraiment. Avec elle, j’ai revécu cette émotion si particulière du premier amour. Celle vécue durant l’adolescence. Je suis retombé amoureux pour la première fois d’une fille. Une émotion que j’ai pu revivre grâce à l’empathie que j’ai ressentie envers les personnages de Bill et Ben. Je dis ça pour ne pas passer pour un pedobear 😛 .

Malgré des personnages secondaires assez sommaires, le groupe a au moins le mérite de magnifiquement cohabiter ensemble. Les dialogues fusent comme des balles de mitraillette. J’ai eu l’impression de retrouver ma bande de potes du collège (ou les Goonies). On pourrait même dire qu’ils ne jouent pas vraiment. Encore une fois, il y a cette notion d’authenticité. Surtout quand on y adjoint leurs états. Livrés à eux-mêmes, ils subissent le monde des adultes tout en y faisant leurs premiers pas. Andrés Muschietti fait un bon boulot en n’édulcorant presque rien. Ce qu’il ne peut pas montrer à l’écran, il le suggère et ça marche.

Je veux flotter

Si son film est réussi, c’est aussi parce qu’il lui offre une réalisation majestueuse bourrée d’excellentes idées. Mon plan préféré est celui où le titre du long-métrage est montré. Un effet simple, mais diablement efficace. Cependant, c’est avec les scènes horrifiques que le bonhomme se lâche. Quel délice, ces séquences. Du vrai cinéma d’horreur à l’ancienne avec un Grippe-Sou qui se lâche pour stimuler l’effroi de chacun des protagonistes. Vivement la sortie vidéo pour que je me les refasse. Les points d’orgue du film. Des visions de cauchemar. Là où la plupart des films du genre en lâche deux-trois, Ça les distribue comme Chuck Norris, les pains.

Évidemment, elles n’auraient pas pu marcher sans un croque-mitaine à la hauteur. Aucune inquiétude, ils l’ont trouvé. Non, ils ont même mieux fait que ça. Dès sa première apparition, Bill Skarsgård sous le masque du clown traumatise. Bordel, même si j’aimais beaucoup le Ça de Tim Curry. Il fait figure de petit joueur face au nouveau. Sans aller plus loin pour vous laisser la surprise, j’annonce juste Ça fait une entrée fracassante parmi les monstres les plus mythiques du cinéma. Quel kif ! Et ces yeux…

Un box-office pulvérisé

Terminons avec un point inévitable sur le box-office. Avant de commencer, la bande-annonce du film. Avec 197 millions de vues en 24 heures, elle a éclaté le record de Fast & Furious 8 (139 millions). Bordel, 197 millions pour un film d’horreur. Les mecs de la Warner n’ont rien du comprendre. Le pire, c’est qu’ils étaient réticents avec le budget. Ainsi, Andrés Muschietti a dû composer avec 35 millions de dollars. Une somme dérisoire quand on compare, par exemple, avec un Marvel Studios mineur, soit Ant-Man et ses 130 millions. Heureusement, le réalisateur a fait fort parce que j’ai eu l’impression que le film a coûté plus. Notamment pour ses séquences de cauchemar où la présence des effets spéciaux ne se voit quasiment pas.

Après, un record pour une bande-annonce n’engage pas forcément un succès éclatant au box-office. Boum, un week-end d’ouverture à 123 millions de dollars chez Oncle Sam. Soit 20 de plus que Wonder Woman ! Cinq de plus que Spider-Man: Homecoming ! À l’heure où j’écris ces lignes, Ça cumule à 217,8 millions de dollars dans le monde entier. C’est une excellente nouvelle pour les fans de film d’horreur, car cela signifie que peut-être les studios arrêteront d’être frileux quand il s’agira de lâcher les biftons. Il faut dire que Le Projet Blair Witch et Paranormal Activity ont fait très mal au genre, la plupart du temps réduit à des budgets riquiqui. Pour cela, on remerciera aussi James Wan et ses Conjuring.

Par impatient de découvrir la deuxième partie, le15 septembre 2017.

Le Club des Ratés, pas si raté.

Conclusion

Pour conclure, je n’utiliserais pas mes mots. À la place, je citerais un des producteurs de Ça, Seth Grahame-Smith. Début mars 2017, sur son compte Instagram, il avait donné l’avis de Stephen King sur l’adaptation : « Stephen King m’a demandé de faire savoir qu’il avait vu Ça aujourd’hui et qu’il veut que tout le monde arrête de s’inquiéter car les producteurs ont fait un travail incroyable avec le film. ‘Je peux mourir maintenant. Au revoir. Je suis mort.’. ». Je n’aurais pas dit mieux, donc rideau !

+

  • Ça
  • Réalisation superbe avec des séquences horrifiques géniales
  • Sophia Lillis en Beverly Marsh
  • Sujets du roman traités avec brio
  • Permet d’oublier (un peu) La Tour Sombre

  • Un peu trop porté sur les phases horrifiques au lieu de développer les personnages (corrigé avec la version Director’s cut ?)
8/10

Advertisements
A propos de l'auteur : (2883 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

Tu kiffes l'auteur ? Suis-le sur : Twitter, Facebook ou Google+.