Critique : Blade Runner 2049

Les androïdes rêvent-ils à nouveau de moutons électriques ?

Fiche

Titre Blade Runner 2049 Titre VO
Réalisateur Denis Villeneuve Scénaristes Hampton Fancher, Michael Green
Acteurs Ryan Gosling, Harrison Ford, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Mackenzie Davis, Carla Juri, Lennie James, Dave Bautista, Jared Leto
Date de sortie 04 / 10 / 2017 Durée 2h 43
Genre Science fiction, Thriller Budget 150 000 000 $

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

En une image, on comprend déjà que le film va être du lourd visuellement.

Critique

Donner suite à un monument de la science-fiction relève toujours du pari casse-gueule. Seulement, c’est Denis Villeneuve qui s’y colle. Sincèrement, qui de mieux que l’héritier spirituel de Ridley Scott pour faire Blade Runner 2049 ? Je te le demande, qui ?

Avant le film, le jeu vidéo

Si j’adore autant Blade Runner, c’est surtout parce que je l’ai découvert via un jeu vidéo. Celui de Westwood Studios sorti en 1997, soit 15 ans après la sortie cinéma du long-métrage de Ridley Scott. Quand j’avais découvert les aventures du blade runner McCoy, collègue de Rick Deckard (Harrison Ford) et personnage principal du jeu, j’avais été fasciné par l’univers. Après avoir terminé l’aventure (plusieurs fois au vu des multiples fins – le jeu est un modèle dans le genre, car nos actions influent réellement sur le déroulement de l’histoire), c’est tout naturellement que je me suis jeté sur le film en mode charognard. Je traduis : je harcèle toutes mes connaissances afin de savoir si quelqu’un en avait la K7.

La première fois que j’ai vu le chef d’œuvre de Ridley Scott, j’avais été déçu. Préférant largement le jeu vidéo. Puis au fil des visionnages, comme pour The Big Lebowski, j’ai commencé à l’aimer de plus en plus au point qu’il est aujourd’hui un de mes films préférés. Néanmoins, le jeu vidéo restera toujours devant dans mon cœur. D’ailleurs, il est abandonware (c’est-à-dire qu’on peut le télécharger légalement), donc tu n’as pas d’excuses pour ne pas l’essayer. Bref, c’était l’instant nostalgie avant d’aller dans le futur (reculer pour mieux sauter, tout ça). DeLorean, emmène-moi en 2049 !

Remarquable promotion

Une fois n’est pas coutume, Warner Bros a fait des efforts sur la promotion en demeurant flou concernant l’intrigue. La première bande-annonce déployait une atmosphère folle avec des images soignées sans quasiment rien dévoiler de l’intrigue. La seconde était plus généreuse, mais restait réservée. J’applaudis une telle manœuvre, car voir Blade Runner 2049 sans rien connaître de l’histoire est exactement la chose à faire.

Dès lors, dur de faire une critique sans parler de l’histoire. Vraiment ? Pas nécessairement. Car Blade Runner 2049 est davantage un film d’ambiance. Ainsi, c’est le travail visuel et sonore accompagné du jeu des acteurs qui est à mettre en avant. C’est donc naturellement que je délaisse la critique de l’aventure. Je soulignerais juste qu’elle regorge de surprises et prolonge parfaitement le mythe du film original tout en allant plus loin. En passant, je conseille fortement de voir le premier sous peine de zapper certaines émotions.

C’est peut-être le futur, mais au moins, moi, j’ai un écran plat.

Quand Denis Villeneuve fait du Denis Villeneuve

C’est drôle. Une fois, la séance terminée. Au moment de faire le compte de ce que j’ai aimé et pas aimé. Je me suis surpris à remarquer que ce sont exactement les mêmes qualités et défauts que sur les des deux précédents longs-métrages du réalisateur. En conséquence, oubliez tout de suite l’idée d’avoir un blockbuster qui renie l’original en misant davantage sur le fun. Blade Runner 2049 reprend cette idée de film noir dans un futur dépaysant tout en se révélant d’une justesse minutieuse (épatant soin apporté aux détails).

Denis Villeneuve et son équipe ont livré une performance ahurissante au niveau de l’atmosphère. C’est simple, deux heures après la fin de la séance, j’étais encore dans l’ambiance. Même constat, le lendemain matin. Impossible de m’en dépêtrer. Impossible non plus de compter le nombre de plans cultes. Ils semblent tous l’être et ça commence dès le texte introductif (j’avais envie de bondir sur mon fauteuil tel un fanboy). Les effets spéciaux sont transparents. Mieux même, ils sont derrière des séquences spectaculaires, mais pas dans le sens grand spectacle. Spectaculaire, dans le sens jamais-vu. Côté son, j’ai revécu la mémorable expérience de Sicario et Premier contact. Écrasant.

Quand Denis Villeneuve fait du Denis Villeneuve 2

Quant au scénario, on remarquera quelques gimmicks qui sont du pur Villeneuve. C’est bien la preuve que nous sommes devant un film d’auteur. Par contre, je dois maintenant attaquer une des faiblesses du film. 163 minutes. Deux heures et quarante-trois minutes. C’est long. D’autant plus qu’on parle d’une œuvre contemplative comme Dennis Villeneuve les affectionne.

Bonne nouvelle malgré tout, je n’en ai pas ressenti le poids. Par contre, j’ai subi des baisses de régime. Ces fameux moments où l’envie de mettre vitesse x2 démange. Mais d’un autre côté, une fois la séance finie, je ne voyais pas trop ce qu’il y avait à retirer tant l’ensemble formait un tout excellent. Non, je mens. J’aurais sûrement amoindri le rôle de Jared Leto tant j’ai trouvé son personnage de mégalomane lourd avec ses monologues « branlettes ». Surtout sur une scène de naissance longue et dispensable.

Comme d’habitude, chez le réalisateur, le jeu d’acteurs est excellent. Chaque personnage qu’il soit principal ou secondaire trouve sa place dans l’intrigue et livre une performance mémorable, spécialement combiné avec le look, au point qu’on s’en souvient indubitablement. Toutefois, je ferais tout de même une distinction pour Sylvia Hoeks (Luv). Je ne l’attendais pas du tout et elle m’a vraiment épatée.

Je termine en faisant une petite digression. C’est fou de comparer Blade Runner 2049 au Ghost in the Shell live sorti plus tôt cette année. Tout ce que ce dernier aurait voulu faire, le film du jour l’a fait.

Par qui se pourlèche déjà les babines à l’idée de le revoir en 4K, le 5 octobre 2017.

« Ryan Brosling, on essaie de piquer mon boulot ? »

Conclusion

Encore une fois, je ne suis pas ressorti indemne d’un film de Denis Villeneuve. Pourtant, ce projet-là avait tout pour briser la filmographie sans-faute du réalisateur canadien. Mais non, à nouveau, il s’en sort avec brio et livre un objet cinématographique majeur. On retrouve les mêmes défauts que sur ses travaux précédents (contemplatif avec des longueurs, d’autant plus que Blade Runner 2049 dure 2h43), mais ils ne sont que poussières devant les innombrables qualités. Un modèle parfait de suite. Le mythe du film original est repris et est emmené vers des nouveaux horizons. Désormais, Blade Runner sera indissociable de sa suite (et du jeu vidéo).

+

  • Ambiance extraordinaire
  • Plans cultes à foison
  • Personnages tous mémorables
  • Scénario prolongeant le mythe du premier tout en l’enrichissant

  • Longueurs
  • Wallace (Jared Leto) un peu lourd
9/10

Advertisements
A propos de l'auteur : (2857 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

Tu kiffes l'auteur ? Suis-le sur : Twitter, Facebook ou Google+.