Critique : The Iceman

Affiche française du film The Iceman réalisé par Ariel Vromen avec Michael Shannon
Un Ice Man édulcoré

Fiche

D’après la biographie The Iceman: The True Story of a Cold-Blooded Killer d’Anthony Bruno et Jim Thebaut
Titre:The Iceman
Réalisateur(s):Ariel Vromen
Scénariste(s):Morgan Land, Ariel Vromen
Acteurs:Michael Shannon, James Franco, Chris Evans, Winona Ryder, Ray Liotta, David Schwimmer, Stephen Dorff, Erin Cummings
Titre original:Date de sortie:5 juin 2013
Pays:États-UnisBudget:10 000 000 $
Genre:ThrillerDurée:1h45

Tiré de faits réels, voici l’histoire de Richard Kuklinski, surnommé « The Iceman », un tueur à gages qui fut condamné pour une centaine de meurtres commandités par différentes organisations criminelles new-yorkaises. Menant une double vie pendant plus de vingt ans, ce pur modèle du rêve américain vivait auprès de sa superbe femme, Deborah Pellicotti, et de leurs enfants, tout en étant secrètement un redoutable tueur professionnel. Lorsqu’il fut finalement arrêté par les fédéraux en 1986, ni sa femme, ni ses filles, ni ses proches ne s’étaient douté un seul instant qu’il était un assassin. Pourquoi l’est-il devenu, et comment a-t-il réussi à continuer pendant si longtemps ?

The Iceman Photo
Un des tueurs les plus prolifiques de tous les temps.

Critique

Richard Kuklinski, un nom presque inconnu en France mais qui provoque des sacrés remous outre-Atlantique. Jugez un peu, le mec est soupçonné d’avoir tué plus de 200 personnes : un ratio à faire pâlir les plus grand serial-killers (même ceux du cinéma). Pour ma part, j’avais lu l’excellente biographie (quoiqu’un peu répétitif sur sa fin) Confessions d’un tueur à gages du coup, c’est avec une sacrée envie que je voulais voir The Iceman surtout qu’on n’aurait pas pu rêver mieux que Michael Shannon pour incarner la bête: 1m95, 135 kg.

Au final, le produit fini est regardable même appréciable mais souffre de partis pris discutables et surtout de beaucoup trop de polissage en effet certains points troubles de la vie de Kuklinski sont carrément effacés (j’y reviens plus tard). C’est certes le problème de toutes les adaptions cinématographiques obligées d’édulcorer la réalité/le roman d’origine afin de pour pouvoir la rendre « lisible » cinématographiquement parlant. N’étant pas un lecteur assidu, je ne suis que rarement confronté au phénomène (fort heureusement). Et encore ici, c’est assez exceptionnel car il s’agit d’une histoire vraie. En fait, peut-être que le problème est lié au fait que le film adapte une biographie plus âgée que celle que j’ai cité dans le premier paragraphe. Des informations sont sans doute apparues entretemps.

« Richard Kuklinski est soupçonné d’avoir tué plus de 200 personnes : un ratio à faire pâlir les plus grand serial-killers (même ceux du cinéma). »

Commençons d’abord avec une brève critique du film. On s’oriente ici vers un polar à double niveau: le « métier » d’Ice Man et sa vie de famille afin de bien mettre en exergue une sorte de bipolarité. Comment un tel père de famille peut-il s’abonner aux meurtres? The Iceman est particulièrement attractif grâce à son casting pas dégueulasse du tout avec Chris Evans (méconnaissable si on omet son torse en V, vestige de son Captain America) et James Franco. Notons aussi un David Schwimmer (Ross de Friends) assez fun à voir (il faut un moment pour le reconnaître). Bien évidemment, c’est Michael Shannon qui monopolise l’attention avec son mètre quatre-vingt dix, vivement Man of Steel tout de même. Il campe un Richard Kuklinski fascinant.

Passons au plus intéressant, les points divergents du film par rapport à la réalité (du moins, celle que j’ai lu dans la biographie). Bien évidemment, je vous conseille de ne lire la suite qu’après avoir vu le film. Parmi les points qui font un peu tache, un concerne la famille devenue presque idéale alors que la réalité est bien plus sombre. La femme de Kuklinski semblait plus ou moins au courant (cela a toujours prétexte à débat mais c’est tout de même très gros les couleuvres qu’elle avale – on peut au moins admettre qu’elle n’ait pas voulu voir la réalité) alors qu’elle ne découvre que la véritable nature de son mari qu’à la toute fin dans The Iceman. Dans la réalité, ses filles sont sacrément atteintes notamment l’une d’entre elles (je ne me rappelle plus laquelle, je crois que c’est la plus jeune) qui s’enfilait tous les mecs du coin (même le livreur, véridique). Il faut savoir que Kuklinski terrorisait sa famille et était très colérique. Un fait pratiquement avorté du film sauf sur une scène où il pète les plombs, le pauvre mobilier en prend plein la gueule.

L’autre point dérangeant, c’est le portrait brossé d’Ice Man qui devient ici un simple tueur à gages même si on devine que le meurtre n’est pas quelque chose qui lui est inconnu. Alors qu’il convient tout de même de rappeler que Richard Kulinski était déjà un tueur en série avant de proposer ses services aux familles mafieuses (autant lier la passion et le travail, pas con le mec quand même). De plus, il est dommage que toute la partie fascinante où il expérimente différentes façons de tuer soit tout simplement passée à la trappe. Tout de même, le mec se permettait des virées en ville pour choisir un passant au hasard et le buter en expérimentant une nouvelle technique. C’est justement son côté aléatoire qui l’ont rendu très vite difficile à pister, il s’abonnait aux meurtres comme d’autres s’abonnent à la lecture ou au cinéma. De la veille technologique!

« Le mec se permettait des virées en ville pour choisir un passant au hasard et le buter en expérimentant une nouvelle technique. »

Une autre déception aussi, la partie la plus intéressante de la vie de Kuklinski, en l’occurrence sa jeunesse, est résumée à une seule et brève scène. Peut-être que c’était beaucoup trop glauque. Dommage car il est intéressant de voir comment il est devenu ce monstre sans froid. Au lieu de ça, nous avons une intrigue bancale avec Ray Lliotta franchement loin d’être passionnante et malheureusement trop omniprésente, un court passage de l’association de Kuklinski avec le marchand de glaces et surtout la famille alors qu’il s’agit justement du point le moins intéressant car faussé ici. La faute à un argument marketing qui voudrait que Kuklinski était un « mari aimant » et un « père dévoué ».

Dernier sacrilège, la façon de tuer la plus horrible d’Ice Man n’est pas montrée, ni même mentionnée. Il s’agissait d’une demande particulière car très douloureuse et franchement sadique. Lorsque le commanditaire voulait qu’une de leurs victimes souffre vraiment, Ice Man se chargeait alors de l’emmener au fin fond des bois et de l’attacher. Il posait ensuite une caméra face à la victime puis s’en allait. Il ne revenait que quelques jours plus tard après que les rats aient eu le temps de finir de remplir leurs ventres avec le condamné, toujours vivant au moment du repas bien évidemment. Ice Man récupérait alors l’enregistrement et la donnait au commanditaire. Un style qui a largement contribué à la notoriété du tueur à gages.

The Iceman Photo
« Eh enfoiré, t’allais faire un film de mafieux sans moi. Tu ne sais pas pourtant pas que Ray Liotta doit être un film de mafieux pour qu’il en soit un? »

Conclusion

The Iceman n’est pas un mauvais film en soi seulement il est trop calibré pour le grand public en omettant la nature psychopathe de Richard Kuklinski (de loin, la partie la plus intéressante). Dommage car il y avait matière à faire beaucoup mieux qu’un simple polar des familles avec un lointain cousin de Dexter.

+– Michael Shannon
– le sujet
– traitement trop superficiel
5/10

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