Critique : Nomadland

Le territoire des nomades

Fiche

Titre Nomadland Titre VO
Réalisateur Chloé Zhao Scénariste Chloé Zhao
Acteurs Frances McDormand, David Strathairn
Date de sortie09 / 06 / 2021 Durée1h 47
GenreDrame Budget5 000 000 $

Après l’effondrement économique de la cité ouvrière du Nevada où elle vivait, Fern décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d’adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. De vrais nomades incarnent les camarades et mentors de Fern et l’accompagnent dans sa découverte des vastes étendues de l’Ouest américain.

Critique

Personnellement, il m’était impossible de couper à Nomadland. Pour deux grosses raisons. D’un, il a fait le combo Mostra de Venise, Satellite Awards, Golden Globes, BAFTA et Oscars en remportant, à quelques exceptions près, les prix du meilleur film, du meilleur réalisateur et de la meilleure actrice. De deux, la meilleure réalisatrice en question, Chloé Zhao, a réalisé le Marvel Studios, Les Éternels. Bref, visionnage indispensable.

Mais où s’arrête le film et commence le documentaire ?

Nomadland est une curiosité. Principalement, dans le sens, où la frontière entre le long-métrage et le documentaire est extrêmement ténue. Frances McDormand et David Strathairn mis à part, il ne s’agit pas d’acteurs professionnels. J’ai envie de dire qu’on est dans un truc à la Borat. Si on regarde le casting, on peut voir que leurs personnages portent tous leurs prénoms. En fait, ce sont des véritables nomades (le sujet) d’où cette frontière ténue. Il y a même une anecdote géniale sur le sujet.

Tout d’abord, il faut savoir que de nombreux acteurs du film ne savaient pas que Frances McDormand était une star d’Hollywood (il faut dire qu’elle est loin d’afficher le glamour d’une star). Maintenant place à l’anecdote. Un moment, le nomade Bob Wells et Frances McDormand partagent une scène émouvante où Fern, le personnage de McDormand, lui raconte ses souvenirs à propos de son défunt mari. À la suite de cette scène, Bob Wells lui a dit en privé que cela signifiait beaucoup pour lui qu’elle lui ait raconté son histoire et, dans une tentative de la rassurer, lui a dit que tout irait bien. Frances McDormand lui a alors révélé que le nom de son mari était Joel Coen (oui, le fameux réalisateur) et qu’il était toujours en vie. C’est là que Bob Wells a découvert qu’elle était une actrice. Si ce n’est pas du lourd ça, je ne sais pas ce qu’il vous faut.

Ayant vu la fameuse scène en question (impossible de la rater, c’est un des moments les plus forts de Nomadland), je comprends Bob Wells. Frances McDormand livre une prestation énorme. Sur cette scène et dans le tout reste du film d’ailleurs. Du coup, je n’ai pas vraiment été surpris quand j’ai appris que l’actrice s’est vraiment investie dans le rôle au point de vivre dans une camionnette durant quatre à cinq mois, dans sept États différents, tout en faisant des petits boulots effectués par les véritables nomades comme l’emballage de commandes pour Amazon. La fameuse Méthode de l’Actors Studio.

Sur la route

Dès lors, Nomadland n’est pas vraiment un long-métrage dans le sens classique du terme. Au lieu d’avoir une histoire classique découpée en trois actes, on est davantage dans l’esprit documentaire où on suit une personne durant un laps de temps. Le montage épouse d’ailleurs ce style. Durant la majorité du temps, au lieu d’avoir des scènes construites de A à Z, on a davantage des bribes du voyage. Où c’est l’évènement qui guide le long-métrage plutôt que l’inverse. Après, il y a des scènes forcées, mais elles sont surtout là pour révéler la personnalité de Fern. Inévitablement, cela peut provoquer un rejet de ceux s’attendant à un film classique. Pour ma part, j’ai vraiment été déstabilisé au début en me demandant où Chloé Zhao voulait m’amener avant de comprendre ce qu’elle a voulu faire et d’y adhérer.

C’est uniquement à ce moment-là que je ne l’ai plus pris comme un film justement, mais davantage comme un documentaire tout en étant bluffé par la performance de Frances McDormand. C’est du très, très haut niveau. Je l’aurais suffisamment dit. Du coup, par son aspect documentaire, Nomadland est fascinant en s’intéressant à une caste de personnes pas vraiment bankables. Des séniors que la crise financière de 2011 a laissés sur le bord de la route. Bref, je me suis retrouvé devant un film humaniste d’une rare beauté m’ayant donné la sensation d’avoir partagé le quotidien de Fern. Certains plans sont à couper le souffle malgré l’aspect à l’arrache de la réalisation. Je comprends maintenant ce qui a intéressé Marvel Studios et ça promet pour Les Éternels.

Par amusé par la référence de Chloé Zhao à Marvel, un moment, Ferne passe devant un cinéma et on voit le film Avengers en tête d’affiche.

Conclusion

Nomadland est un film à part. Bien plus proche du documentaire que d’un film classique, il s’intéresse au quotidien d’une nomade. On suit alors son quotidien dans un monde méconnu et loin d’être glamour. Frances McDormand y livre une performance incroyable et j’ai vraiment été touché par ses rencontres avec les véritables nomades. Une belle leçon d’humanité traversée par quelques moments de grâce.

+

  • Frontière floue entre le film et le documentaire
  • Frances McDormand
  • Casting secondaire impeccable
  • Poésie humaniste sur des décors sublimes

  • Déroutant au premier abord
8/10

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