Critique : Night Call

Lou Bloom. Profession : Parasite de nuit.

Fiche

Titre:Night Call
Réalisateur(s):Dan Gilroy
Scénariste(s):Dan Gilroy
Acteurs: Jake Gyllenhaal, Bill Paxton, Rene Russo, Riz Ahmed
Titre original:NightcrawlerDate de sortie:26 / 11 / 2014
Pays:États-UnisBudget:8 000 000 $
Genre:Drame, ThrillerDurée:1h 57

Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

Jake Gyllenhaal est un acteur de génie. Il peut tout jouer. Sur la photo, sa nouvelle performance : le pigeon de Paris.

Critique

Avec Night Call, Dan Gilroy franchit le pas. Longtemps cantonné au métier de scénariste où il a signé les scripts de Jason Bourne: l’héritage, Two for the Money et Chasers. Des films loin d’être des réussites. Seul le poétique The Fall dénote dans sa filmographie. Qu’en est-il de son premier long-métrage ?

La traduction du titre VO est bien plus en accord avec la thématique de film. Nightcrawler est sans doute un jeu de mots avec ver de terre (traduction littérale du titre) et la nuit qui est omniprésente dans le film. Du moins, c’est ce que je pense en observant Lou Bloom, le personnage de Jake Gyllenhaal. Il n’est rien d’autre qu’un parasite qui se nourrit de la souffrance des autres en virevoltant autour d’eux dans l’espoir de capter des images choquantes pour satisfaire sa maitresse : le JT.

L’homme qui n’aimait pas les hommes

L’intelligence de Dan Gilroy fait qu’il ne tente pas de digresser en faisant le portrait de son antihéros (et encore, on peut juger que le terme de héros est de trop, car le personnage ne présente aucune caractéristique du héros classique sinon le courage, à moins que ce ne soit de la folie). Dès le départ, on découvre Lou Bloom dans une position peu enviable et les deux premiers dialogues du personnage brossent un portrait d’un individu peu aimable et n’ayant cure de la légalité. Certes, il est poli, mais cette politesse est comme son sourire une façade qui cache un monstre. Néanmoins, à l’inverse de Dexter auquel le personnage de Jake m’a fait beaucoup penser, Lou Bloom ne provoque aucune sympathie (il n’y a rien d’héroïque dans ses actions). Il est aussi antipathique que possible.

Les personnages principaux antipathiques provoquent souvent le détachement du spectateur. Sauf que… Jake Gyllenhaal offre une performance tellement monstrueuse (dans les deux sens du terme) qu’il devient impossible de ne pas être fasciné par Lou Bloom. C’est le genre de monstre dont on se complaît à décortiquer le moindre geste. On savait l’acteur talentueux, mais il signe ici une de ses plus belles prestations. Que dire aussi de sa transformation physique ? Délesté de quelques kilos (neuf, d’après certaines sources), l’acteur américain présente une maigreur visible au niveau des joues qui sont creusées. Cela le rend pratiquement semblable à un fantôme ou à un vampire n’ayant pas bu du sang depuis quelques mois. Ce qui colle à merveille avec son personnage qui n’est autre qu’un vampire qui se balade dans les rues de Los Angeles la nuit en quête de proies d’images fortes.

Les dents de la télévision

Pour le reste, le film est moins impressionnant, le tout reposant sur le talent du petit frère de Maggie Gyllenhaal. On peut néanmoins souligner la jolie performance de la femme du réalisateur, une certaine Rene Russo. Notamment sur un dialogue hallucinant de noirceur durant la scène du restaurant mexicain. Un petit bijou d’humour noir. On peut aussi rendre hommage à l’ambiance nocturne du film. Au niveau du thème, Night Call questionne sur la déontologie de certains médias, mais ce thème interpellera plus les habitants d’outre-Atlantique. Effectivement, les vidéos chocs se font rares sur nos JT, du coup, on se sent forcément moins concerné. En parlant de ça, j’ai beaucoup aimé la séquence où Lou Bloom demande à une passante interviewée de refaire la prise en omettant les gros mots. Ça fait bizarre d’entendre ça de la bouche d’un individu qui n’hésite pas à faire fit de la police pour s’approcher d’un homme ensanglanté et entre la vie et la mort pour le filmer en gros plan. Tout le paradoxe de la télévision américaine.

Par Christophe Menat, le .

« Je te filme, tu me filmes, par la caméra.
Le premier qui bougera aura un Razzie ! »

Conclusion

Nightcall est un film d’acteur. En l’occurrence, ici, Jake Gyllenhaal. Tellement habité par son personnage, ce dernier offre une des plus belles performances de sa carrière pourtant déjà bien fournie. Le tout est enrobé d’un fascinant Los Angeles nocturne et d’une critique intéressante des médias américains.

+

  • Jake Gyllenhaal, monstrueux
  • Critique des médias américains par l’extrême
  • Humour noir particulièrement grinçant

  • Manque cette petite touche de génie au niveau de la réalisation pour devenir un chef d’œuvre
8/10

Affiche de Night Call

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A propos de l'auteur : (2867 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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