Critique : Margin Call

La folie de Wall Street

Fiche

Réalisateur(s): J. C. Chandor
Scénariste(s): J.C. Chandor
Acteurs: Kevin Spacey (Comment tuer son Boss ?), Paul Bettany (Priest), Jeremy Irons (la série The Borgias), Zachary Quinto (Star Trek), Penn Badgley (la série Gossip Girl), Simon Baker (la série Mentalist), Mary McDonnell (la série Battlestar Galactica), Demi Moore (Another Happy Day), Stanley Tucci (Hunger Games), Aasif Mandvi
Pays: USA Date de sortie: 2 mai 2012
Genre: Drame, Thriller Durée: 1h47
Budget: 3 395 000 $
Pour survivre à Wall Street, sois le premier, le meilleur ou triche. La dernière nuit d’une équipe de traders, avant le crash. Pour sauver leur peau, un seul moyen : ruiner les autres…

Critique

L’année dernière, on avait eu le droit à The Company Men avec Ben Affleck et Tommy Lee Jones, ce film traitait sur la destinée de deux hommes de différentes générations impactés par l’impitoyable crise financière qui a frappé le monde. The Company Men orientait sa stratégie sur le vécu personnel et la déchéance des hommes frappés par le chômage ce qui en faisait un film intéressant malgré des côtés pathos fortement dommageables. Margin Call change de fusil d’épaules et mise son sujet sur les heures qui ont précédé le début de la crise tout en basant son sujet dans le noyau.

Doté d’un casting dopé aux hormones pioché surtout parmi les stars du petit écran, Margin Call revient sans fioriture sur ces hommes blindés de pouvoirs, de beaucoup trop de pouvoirs. On disait d’eux qu’ils se faisaient des parties de poker via le marché. A tel point que la citation de l’évangile selon saint Luc suivante n’a jamais été aussi approprié : Jésus disait, « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font ». Et c’est visiblement ce que le réalisateur/scénariste J. C. Chandor tente de faire passer comme message.

Car dans Margin Call, point de diabolisation de ces hommes qui ont provoqué l’effondrement du marché comme dans le documentaire Inside Job. Ce qui ressort principalement dans le film de J.C. Chandor, c’est que ces hommes étaient complètement noyés par le système. Le subissant plus que l’initiant réellement, dans un tel monde où la course du profit s’est faite au détriment de la raison, où les chiffres se sont détachés de toute logique, ces courtiers ne faisaient que subir et « survivre ». Ils jouaient sur une variante très connue du poker, le texas hold’em, notamment dans sa forme no-limit, c’est-à-dire sans restriction maximale de mise ou de relance. On se demande où était les organismes judiciaires pour contrôler ce marché, que faisait les gendarmes du monde libre ? Les voir parler du FBI comme d’un dos d’âne (un moyen de ralentir) illustre bien ce phénomène de déification de ces pirates en costumes. Installés dans des tours d’ivoires, ils pensaient devenir l’égal des dieux, pire même les nouveaux dieux.

Si coupable, on doit chercher, il faudrait enquêter dans les plus hautes instances comme ce John Tuld (Jeremy Irons), librement inspiré de l’ex-PDG de la fameuse banque d’affaires Lehman Brothers Investissements, Richard S. Fuld, et encore… Car ces hommes ne faisaient que jouer à un jeu, on voit bien comment plus ils sont hauts, plus ils sont détachés du monde réel. Est-ce un tour de l’esprit pour se défausser de tout sentiment de culpabilité ? Sans nul doute, comme un mensonge répété jour après jour qui finit par devenir une vérité.

On soulignera le très bon scénario d’ailleurs nominé aux oscars qui aborde tous ces points avec cohérence et pudeur sans jamais tomber dans l’apitoiement ou l’inquisition. Le casting très solide se charge de donner vie à ce script, les acteurs sont aussi très bien servis par le lieu du tournage. La majorité des scènes ayant été tourné au 42ème étage du building One Penn Plaza à New York. Ces locaux ont été laissé vacants par une véritable société de trading. Ce qui explique aussi le budget relativement bas et le réalisme des décors.

Malgré tout, cela s’accompagne malheureusement d’un rythme en berne. Le film se déroule en 24h mais seulement 4h sont réellement évoqués. Sans compter les quelques sorties de routes et d’une superficialité des personnages (malgré tout le talent des acteurs) : le temps imparti est malheureusement trop court pour aborder frontalement tout l’envergure du phénomène. Parce que sincèrement, on a envie de dire à la fin, tout ça pour ça… Margin Call se pose davantage comme un épisode d’une série que d’un véritable film qui existerait par lui-même, quoiqu’il en soit ça reste quand même un excellent épisode.

Le personnage de Kevin Spacey est le plus approfondi, se posant comme l’extension morale du spectateur lambda. Ce dernier est d’autant plus marquant par son incapacité à se sortir de son marasme éthique malgré toute sa conviction enclenchée par un évènement intime détonateur. Il est le plus bel élément du film, celui qui nous fait dire qu’à sa place, on n’aurait pas fait mieux. Un très beau rôle.

Conclusion

Avec un réalisme profond, Margin Call sonne comme un discours ouvertement ancré dans l’histoire et permet de revenir sur les origines de cette catastrophe mondiale. A regarder en complément de The Company Men.
+ – scénario
– acteurs
– la crise de l’intérieur
– décors
– chiant par moments
– superficiel au niveau technique
– trop court, le sujet irait mieux dans une mini-série
7/10

margin-call-affiche

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