Critique : J. Edgar

L’histoire de l’homme le plus puissant du monde

 
Fiche

Réalisateur(s):Clint Eastwood (Million Dollar Baby, Au-delà)
Scénariste(s):Dustin Lance Black (Harvey Milk)
Acteurs:Leonardo DiCaprio (Inception, Shutter Island), Naomi Watts (Dream House, King Kong), Armie Hammer (The Social Network), Josh Lucas (La Défense Lincoln), Judi Dench (M dans James Bond)
Pays:États-UnisDate de sortie:11 janvier 2012
Genre:Biopic, DrameDurée:2h15
Budget:35 000 000 $
Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré. Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie.

Critique

Le précédent Clint Eastwood avait déçu beaucoup de monde y compris moi. En se dispersant sur trois histoires inégales, Au-delà souffrait de disparité émotionnelle. Et puis bon, l’histoire de base n’était pas vraiment intéressante. Quoiqu’il en soit, difficile de ne pas être excité en voyant le nouveau sujet : rien de moins que le dictateur du FBI, l’homme qui a fait du FBI une institution reconnue mondialement.

Dès l’ouverture du film, on reconnaît la patte d’un film estampillé Eastwood via sa boîte de production Malpaso Productions surtout grâce à la photographie dirigée par Tom Stern depuis devenu indispensable pour le maître. Ils ont fait ensemble : Créance de sang, Mystic River, Million Dollar Baby, Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima, L’échange, Gran Torino, Invictus, Au-delà, j’aurais pu aller plus vite en disant tous les films de Clint Eastwood depuis Créance de sang mais je voulais en profiter pour faire la filmographie du cowboy sans nom depuis 2002, une endurance impressionnante et une flopée de chefs d’œuvres. Bref tout ça pour dire que J. Edgar porte la marque de son réalisateur, impossible de ne pas le deviner dès la première image à moins de n’avoir vu aucun de ses films. Le long-métrage bénéficie d’un travail sur la pénombre absolument gargantuesque, imprégnant le film d’un statut de classique instantané.Ce qu’il aurait pu être si seulement il ne souffrait pas de quelques défauts. Rassurez-vous, il reste meilleur qu’Au-delà.

Le défaut le plus visible reste de loin la qualité du maquillage des deux acteurs principaux à l’aube de leur mort (DiCaprio et Hammer), encore que celui de DiCaprio peut passer (même s’il fait beaucoup penser à Orson Welles dans Citizen Kane) mais celui d’Hammer est absolument catastrophique, à chaque scène un peu plus éclairée que la normale, tous les défauts de ce maquillage resplendissent comme pour nous dire « Regardez-moi, regardez-moi, je suis mal fait hein? ». Cela nuit beaucoup à l’immersion car comment voulez-vous le faire en ayant en permanence en tête « Quand même, il est vachement raté ce maquillage. Mais pourquoi avoir laissé passer une telle ignominie ? » . Heureusement, on arrive par moments à l’oublier grâce à l’excellent jeu d’acteur de l’interprète. Ce genre de défaut ne pardonne pas surtout à l’ère du HD.

L’autre problème de J. Edgar est visible dans sa bande annonce. Hormis une phrase d’accroche superbe : « Quand la moralité décline et que les hommes de bien ne font rien, le mal triomphe. », il n’y avait pas grand chose d’emballant. Mais c’est généralement le cas dans la plupart des Eastwood sauf que là, c’est confirmé au visionnage du film. J. Edgar ressemble désespérément à un cours d’histoire. Ceux qui ne connaissait pas ou peu l’homme apprennent quelques trucs, ont la voile levée sur quelques ambigüités mais la plupart du temps, ils se font chier parce que ça reste un cours d’histoire plutôt mou. Le prof nous débite des situations pas foncièrement intéressantes, parfois mélangés ou sortis de leur contexte. On est captivé par moments, on somnole dans d’autres. Pour ceux qui ont bien étudié en ayant pris le soin d’ouvrir leur livre pour se renseigner avant d’assister au cours, s’ennuient un peu plus. Ils n’apprennent pas grand chose et ce qu’ils recherchaient n’existe pas à savoir une grande biographie.

Car malheureusement l’ensemble est plutôt mou. Les acteurs jouent avec conviction et même bien (surtout DiCaprio mais ce mec est un génie). Le problème, c’est qu’on nous balance les évènements majeurs de la vie de J. Edgar Hoover mais au final, on a l’impression de n’avoir rien vu. La création du FBI ? Résumée à quelques plans par-ci et par-là. Son homosexualité? Elle est plus assumée mais au final, passe pas mal au second plan comme si on ne voulait pas prendre de risque de dire de bêtises (les deux amoureux ont-ils consumé leur amour? Le genre de question stupide qu’on a honte de se poser mais qu’on ne peut pas s’empêcher de vouloir connaitre la réponse.). Les fameux dossiers qui ont permis à Hoover de tenir les couilles de plusieurs présidents (JFK en tête) ? Une scène avec Bobby Kennedy et on passe. L’arrêt de la révolution communiste révolutionnaire ? Est le fer de lance du début et se termine en un plan après avoir fait une ellipse énorme du type: voici le début et voici la fin, le reste on s’en fout, l’important c’est que ça a permis à Hoover d’avoir ça et ça. Malheureusement ce qui nous intéresse, c’est bien le chemin. Les arrestations des plus grand bandits de l’époque ? Résumé à quelques plans (on en profitera pour se rappeler du récent Public Ennemies avec Johnny Depp).

Avec le paragraphe ci-dessus, j’ai résumé le grand maux du film. Une absence totale d’immersion, on a l’impression de voir un film qui retrace les plus grands moments de la série dont il est inspiré. Tout va trop vite et en même temps, on trouve le moyen de s’ennuyer la faute à une durée de vie longue et un rythme en berne, au même tempo qu’un vieillard parti pour faire un 100 mètres. Malgré tout, Clint Eastwood est un génie et il a réussi à m’arracher quelques larmes avec la grande histoire d’amour d’Hoover. Il en fait même le fil conducteur de son film : l’homosexualité d’Hoover est abordé de pleins fouet et très bien mais ce n’est point étonnant vu l’énorme talent de l’homme pour aborder les histoires d’amour, qu’elles soient filiales ou romantiques (remember Sur la route de Madison, Un monde parfait).

Le film s’achève à la mort d’Hoover et nous laisse avec un dernier plan tragique qui marque l’apothéose de la vie de cet homme mythomane et mégalomane mais qui aura réussi à bâtir une institution qui reste de nos jours une référence. Un homme paranoïaque, qui aura passé sa vie derrière ses bureaux à se créer une légende.

Conclusion

Clint Eastwood n’a pas encore signé un nouveau chef d’œuvre. J. Edgar reste un beau film mais souffre des défauts qui l’empêche d’accéder à un meilleur statut. Une déception mineure. Son plus grand problème, c’est qu’il vise à résumer la vie de J. Edgar Hoover mais l’homme avait tellement fait dans sa vie qu’une série conviendrait mieux.
+– La prestation de Leonardo DiCaprio
– Un sujet intéressant
– La réalisation
– La photographie
– Trop long
– Ressemble à un cours où les évènements sont brièvement abordés par manque de temps
6/10

J. Edgar affiche

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