Critique : Trust

Affiche française du film Trust
Film digne sur la pédophilie

 
Fiche

RéalisateurDavid Schwimmer (Cours toujours Dennis)
ScénaristesAndy Bellin (scénariste du film attendu Lovelace sur l’actrice porno), Robert Festinger
ActeursClive Owen (Killer Elite), Catherine Keener (Percy Jackson le voleur de foudre), Liana Liberato, Jason Clarke (Killing Fields), Viola Davis (La Couleur des sentiments), Chris Henry Coffey
Pays:États-UnisDate de sortie:18 janvier 2012
Genre:Drame, ThrillerDurée:1h46
Budget:9 500 000 $
Chez eux, en banlieue, Will et Lynn Cameron se sentent en sécurité. Dans leur maison, la nuit, ils dorment avec le sentiment que leurs trois beaux enfants sont parfaitement protégés. Lorsque Annie, leur fille de 14 ans, se fait un nouvel ami sur Internet – Charlie, un garçon de 16 ans rencontré sur un forum – Will et Lynn ne s’inquiètent pas. Ils se disent qu’il est normal que des adolescents échangent grâce aux nouvelles technologies.

Après plusieurs semaines de conversations en ligne, Annie se sent de plus en plus attirée par Charlie. Même si peu à peu, elle réalise qu’il n’est pas ce qu’il prétend être, elle continue à être fascinée par lui. Le masque finira par tomber et cela va déclencher un engrenage que personne n’aurait pu imaginer, mais qui changera définitivement la vie de toute la famille…

Critique

Film coup de poing visant à peindre un portrait de la pédophilie actuelle et réalisé par le Ross de Friends. Oui, vous avez bien lu, David Schwimmer est le réalisateur. Il s’est déjà illustré sur deux films que je n’ai pas vu et qui sont passés quasiment inaperçu en France.

Au vu du sujet, j’avais une énorme crainte car la pédophilie est rarement évidente à montrer sans tomber dans le pathos ou bifurquer vers le thriller hollywoodien surréaliste. Parmi les bons films traitant de ce sujet, on se souvient du glaçant Hard Candy où Patrick Wilson était la proie d’Ellen Page ou encore d’une moindre mesure Precious. Mais ce social porn demeure plus éloigné dans le contexte social de Trust qui s’attache à une famille de blancs bobos.

David Schwimmer surprend par sa maîtrise de la réalisation en s’effaçant derrière son sujet et ses acteurs (don qu’on remarque souvent chez les acteurs passés derrière la caméra). De par son sujet, Trust avait besoin d’un tel traitement pour éviter tout artifice purement hollywoodien qui au final finit toujours par désamorcer la tension et surtout le réalisme. Le film est dur, très dur car il s’imprègne des émotions de ses personnages. Au lieu de bifurquer directement vers l’enquête menée à 100 à l’heure pour arrêter le coupable, Trust fait tout le contraire. Il reste avec ses personnages à savoir la jeune fille violée et son père. L’enquête passe au second plan (voire même au troisième plan), seules les émotions des personnages intéressent le réalisateur.

Pour réussir cela, il fallait de bons acteurs et c’est le cas. Commençons avec le plus connu, Clive Owen alors que récemment, il nous avait habitués à de rôles de bad ass, il incarne ici un homme finalement désarmé par la situation. La protection qu’il avait posée sur sa famille a sauté: un étranger a réussi à pénétrer son cocon familial et a souillé sa fille. Clive Owen livre une de ses plus belles prestations avec un monologue finale qui a réussi à me faire verser des larmes. Une vraie performance, inattendue pour ma part.

L’autre surprise concerne l’actrice qui joue le rôle d’Annie. Tenue par Liana Liberato qui s’est principalement illustré en tenant des petits rôles sur des séries comme Sons of Anarchy, Dr House, Les Experts : Miami, elle est aussi le point crucial du film car il faut qu’on puisse y croire. C’est absolument essentiel pour que le film soit réussi, si ce n’est pas le cas, autant balancer le tout à la poubelle et diffuser les restes sur des obscures chaînes câblées. Fort heureusement, ce n’est pas le cas et Liana Liberato a vraiment l’âge de son personnage (oh miracle dans l’univers d’Hollywood), elle avait vraiment 14 ans quand elle a tourné le film et ça lui confère un réalisme dérangeant durant la terrible scène du viol. Ne vous inquiétez pas, rien n’est montré mais le tout est parfaitement suggéré que ça en devient glaçant. On ne pourra pas des réfugier derrière les excuses comme quoi l’actrice est majeure.

En outre de la scène de viol, c’est surtout la psychologie du personnage qui est fascinant. Comment cette jeune fille a-t-elle pu tomber dans ce piège via internet ? Les évènements ne se déroulent pas en cinq minutes et on voit étape par étape comment le pédophile a-t-il réussir à attraper sa proie et surtout la grande première rencontre attendue est montrée. Alors que la quasi-majorité des films sur le sujet, profiterait de ce moment-là pour bifurquer vers le revenge movie et quoi de mieux que Clive Owen pour accomplir cette tâche ? Mais pas du tout, David Schwimmer nous piège et le film continue à étudier la psychologie de la jeune Annie mais aussi celle de son père et les deux acteurs s’en sortent avec brio et nous livre un portrait fascinant de ce monde caché où seule la traque du pédophile est montrée, rarement les conséquences sur les victimes.

Pour couronner le tout, le film s’achève sur une dernière scène dont le plan final marquera les mémoires. David Schwimmer voulait comme dire : « Attention, ce que je vous ai montré est déjà arrivé. Ce n’est pas une fiction, ce genre d’évènements arrive tous les jours. C’est la terrifiante réalité qui est montré au grand jour. Ces prédateurs sexuels ne sont pas nécessairement des gros porcs libidineux, loin de là ». Non seulement, il le dit mais il le montre!

Conclusion

Une étonnante réalisation de la part de Ross de Friends qui montre qu’il a changé de dimension en mettant en scène un bon film sur la pédophilie tout en évitant de dégouliner vers le revenge movie. Trust est avant tout un film sur les victimes et non pas les coupables (pourtant les cibles privilégiés du cinéma).
+– Un film digne sur la pédophilie et les victimes
– Clive Owen et Liana Liberato
– Réalisation parfois bancale
Trophée7/10

Trust affiche

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