Critique : Take Shelter

Survendu par la presse

 
Fiche

Réalisateur(s):Jeff Nichols (Shotgun Stories)
Scénariste(s):Jeff Nichols (Shotgun Stories)
Acteurs:Michael Shannon (Boardwalk Empire), Jessica Chastain (The Tree of Life), Tova Stewart, Shea Whigham (This Must Be the Place), Katy Mixon (Hell Driver, Kenny Powers), Kathy Baker (Last Chance for Love)
Pays:États-UnisDate de sortie:4 janvier 2012
Genre:Drame, ThrillerDurée:2h00
Budget:5 000 000 $
Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite…

Critique

Film sorti un peu à l’improviste mais avec une sortie en trombe : plébiscité par la critique qui lui donne presque tous la note maximale (c’est simple sur Allocine, il obtient une moyenne de 4,5/5 pour 22 titres de presse ce qui est excellent, limite exceptionnel) et surtout mis en avant par les distributeurs (à Montparnasse où j’ai vu le film, il était dans la première salle du cinéma Gaumont à savoir environ 400 places dont seulement 60 places ont trouvé preneur le lendemain de sa sortie– le flop annoncé).

C’est avec un certain enthousiasme que je suis allé voir ce film qui promettait beaucoup via sa bande annonce mettant en exergue notre peur inconsciente de la fin du monde dûe à ces foutus mayas et leur prédiction pour le 21 décembre 2012. Bref, un mec a des visions de fin du monde et décide de construire un bunker coûte que coûte, il est même prêt à mettre en péril son couple et sa famille. Le truc de gros parano en somme qui n’est pas sans rappeler le magnifique Melancholia. D’ailleurs le traitement effectué par le réalisateur sur le film est presque la même. On ouvre avec des visions de toute beauté même si elles sont très loin d’atteindre la maestria de Lars Von Trier. Le personnage en proie à ces visions dérive vers une folie autodestructrice (encore un point commun entre les deux films).

Les acteurs sont tout simplement excellent. Jessica Chastain n’a plus grand chose à prouver désormais depuis qu’elle a explosé avec The Tree of Life et La Couleur des Sentiments. Surtout elle prouve qu’elle est capable de jouer à peu près tout. Son rôle dans Take Shelter est proche de celui qu’elle tenait dans The Tree of Life à savoir une mère aimante et une épouse partagée entre amour et incompréhension pour son mari. Vraiment le soleil de ce film.

L’autre surprise concerne le rôle principal : Michael Shannon qui avait marqué grâce à son rôle secondaire dans Les Noces Rebelles où il jouait le fils fou qui balançait la vérité pure au couple du Titanic. Dans Take Shelter, il est vraiment la pierre angulaire dans un rôle proche de celui que tenait Jack Nicholson dans Shining. J’avais lu dans la presse, un plébiscite le renvoyant comme le digne héritier de l’homme qui défonçait la porte de la salle de bain à coup de hache pour faire un bisou à sa femme. Mais je tiens quand même à modérer ces propos. Il est quand même bien loin d’être aussi inquiétant que le grand Jack. Son regard retraçant plus une certaine désorientation teintée de tristesse que d’une folie pure. L’autre problème dans son jeu, c’est qu’il est désespérément mou et aphone, un problème du au personnage qui se renferme sur lui-même au lieu d’extérioriser sauf sur une scène mémorable où il pète littéralement les plombs. Dès lors, il devient alors purement marketing de comparer les deux acteurs.

La réalisation n’est pas non plus en reste surtout avec de magnifiques visions (encore plus impressionnantes quand on voit le faible budget du film). Toutefois on notera un bémol sur un plan contenant des effets spéciaux foirés.

Spoiler

Exemple: la scène où les oiseaux se jettent sur le personnage principal.

Mais malheureusement, il est temps de passer au gros point faible du film qui est sa réalisation (?! non, je ne me trompe pas). Soutenu par un rythme proche du néant, sans doute pour coller au désarroi de son personnage principal, Jeff Nichols finit par aussi plonger le spectateur dans la même catatonie. On se fait alors chier surtout que le réalisateur appuie beaucoup lors de ses gros plans en multipliant des plans fixes immobiles au niveau des visages, étirant alors notre ennui jusqu’au point de rupture.

Rien ne se passe, le héros répète inlassablement les mêmes actions, sans but, sans conviction. On était bien plus marqué par la performance de Kevin Bacon dans Hypnose (où il pète littéralement les plombs en retournant toute sa maison) ou même par celui de Richard Dreyfuss dans Rencontres du 3ème type. Imaginez un peu le délire qui traverse Dreyfuss sur une demi-heure mais allongé sur la majorité du film (environ 1h45 sur les 2h). Ça fait beaucoup trop. On finit par suivre les évènements sans trop grande conviction n’attendant plus que la fin qu’on devinera choc (on ne voit plus que ça pour expliquer les critiques dithyrambiques). Et au final, ce sera un petit peu trop prévisible.

Aussi en tant que sourd, je voulais signaler l’excellente surprise sur la présence de la jeune fille sourde du couple. On voit la famille s’impliquer dans son développement via l’apprentissage du langage des signes et autres. Un plaisir pour mon handicap si peu montré au cinéma. Si seulement l’enfant ne jouait pas aussi mal. On sent en permanence qu’elle semble dérangé par la présence de la caméra, se contentant de se tenir de manière la plus présentable possible. Pas d’exubérance, elle se comporte avec ses « vrais » parents comme les inconnus qu’ils sont. C’est dommage de ne pas avoir pris une enfant un peu plus douée car ça nuit pas mal à l’immersion sentimentale du film. Sans doute que Nichols avait voulu prendre le risque de prendre une vraie sourde.

Conclusion

Take Shelter est l’archétype même du film beau mais chiant dont semble raffoler les critiques spécialisés mais les spectateurs beaucoup moins. Sur un synopsis quasi similaire que celui de Melancholia de Lars Von Trier, Jeff Nichols accouche d’un film orphelin d’un rythme. Toutefois, on appréciera l’énorme performance des deux protagonistes principaux excepté la gamine sourde qui ne joue vraiment pas bien.
+– De très belles images
– Un reflet des peurs actuelles
– Deux excellents acteurs principaux
– Chiant, long, lent
– L’enfant du couple ne joue pas bien
5/10

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