Critique : La Famille Bélier

Meilleur espoir CODA féminin

Fiche

Titre: La Famille Bélier
Réalisateur(s): Eric Lartigau
Scénariste(s): Victoria Bedos, Stanislas Carré de Malberg
Acteurs: Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino, Louane Emera, Luca Gelberg
Titre original: Date de sortie: 17 / 12 / 2014
Pays: France Budget:
Genre: Comédie, Drame Durée: 1h 45

Dans la famille Bélier, tout le monde est sourd sauf Paula, 16 ans. Elle est une interprète indispensable à ses parents au quotidien, notamment pour l’exploitation de la ferme familiale. Un jour, poussée par son professeur de musique qui lui a découvert un don pour le chant, elle décide de préparer le concours de Radio France. Un choix de vie qui signifierait pour elle l’éloignement de sa famille et un passage inévitable à l’âge adulte.

Photo du film La Famille Bélier avec Louane Emera et François Damiens
Après l’Étrangleur de Boston, voici l’Étrangleur d’Uccle.
– Photo du film La Famille Bélier avec Louane Emera et François Damiens

Critique

J’ai visionné La Famille Bélier dans le cadre d’une projection spéciale pour sourds et malentendants. Cette séance était la bienvenue pour apaiser les tensions qui existaient sur le film. Il faut dire que la communauté Sourde a sa fierté et n’a que peu goûté au fait que des acteurs « entendants » comme François Damiens et Karine Viard aient été embauchés pour incarner des Sourds. Quelle a été leur réaction ?

Pourquoi Sourds avec un S majuscule ? Il faut savoir que dans la communauté Sourde, il existe plusieurs manières de représenter la personne ayant une perte auditive. La partie médicale, la personne n’entend pas ou très peu, elle est donc considérée comme sourde, ou elle a des difficultés pour entendre, mais entend tout de même, on dit donc qu’elle est malentendante. Je ne vous présente pas les statistiques à partir desquelles on considère qu’une personne est sourde ou malentendante, en général, on fait ça avec une question : « Es-tu capable de téléphoner ? ». Simple et imparable. En plus de ça, on a aussi le terme Sourd avec un S majuscule qui représente la culture Sourde. Je ne vais pas aller plus loin, car je pourrais écrire tout un dossier dessus, et ici, on est dans une critique de film. Et en plus, vu comment la surdité y est traitée, ce n’est pas vraiment utile. Tout ce qu’il faut savoir, c’est que la culture Sourde a une vraie histoire et c’est un combat de tous les jours pour faire subsister cette culture. D’où cette tension devant le fait que deux acteurs entendants jouent des Sourds. Pourquoi ne pas prendre plutôt des vrais Sourds ? La réponse est évidement mercantile.

Les Sourds se sont-ils déchainés ?

Finalement, la réaction fut plutôt tranquille, car après visionnage, on se rend bien compte que La Famille Bélier ne se sert de la surdité que comme d’un prétexte pour son intrigue calqué sur celle de Meilleur espoir féminin de Gérard Jugnot avec Bérénice Bejo. Remplacez le salon de coiffure par la surdité, le cinéma par le chant et vous avez l’intrigue de La Famille Bélier. À la place de Bérénice Bejo, on a la jeune Louane Emera. Révélation de la saison 2 de The Voice, la jeune femme fait ses premiers pas au cinéma. Et ça se sent. L’actrice présentant plusieurs maladresses techniques, notamment au niveau du jeu de regard où on sent qu’elle se force ou qu’elle tente de prendre ses repères par rapport à la caméra. Néanmoins, cette maladresse est parfois émouvante, car elle rend sa prestation plus humaine. Mais bon, on ne va pas se dire des conneries, c’est du niveau téléfilm.

Pour le reste de la famille Bélier, on a la mère interprétée par une Karin Viard montée sur piles Duracell. Ses signes (parler avec les mains dans la langue des Signes se dit signer) s’enchainent à une vitesse vertigineuse (pas toujours de façon fluide, on sent un manque de naturel – pas étonnant quand on sait que les acteurs ont eu 6 mois pour s’y mettre, là où il faut plusieurs années avant de pouvoir s’y sentir pleinement à l’aise) et elle est la seule à jouer avec ses signes. Pour le père, le belge François Damiens retrouve Karin comme femme après Rien à déclarer de Dany Boon. Bon, pas grand-chose à signaler sinon une jolie scène avec sa fille où il saisit son gosier histoire de ressentir les vibrations de son cou lorsqu’elle chante. Ses signes sont d’un niveau rudimentaire. On sent même le gars frustré de ne pouvoir improviser (difficile quand on ne maîtrise pas la langue). Quant au dernier membre de la famille, c’est-à-dire le fils. Il est joué par un véritable Sourd. Luca Gelberg n’apparait que très peu et sert plus souvent de faire valoir pour des scènes comiques dont une mémorable allergie au latex, mais il est là.

Recherche activement scénario pour comédie dramatique française

Toute cette jolie bande se démène comme elle peut pour densifier un scénario creux. Il est là le plus gros point faible du film. Qu’est-ce que le scénario est vide… Je me demande même comment est-il possible que le film ait pu sortir au cinéma. En toute franchise, j’ai eu l’impression de voir un épisode de Madame la Proviseure. Réalisation comprise. Pourtant, Eric Lartigau avait été époustouflant sur L’Homme qui voulait vivre sa vie. En bref, on a une love story bancale entre deux ados et l’émancipation d’une adolescente pour vivre sa passion. Dommage que le scénario n’ait pas voulu s’orienter vers l’aventure du père Bélier qui se présente comme maire de son village, histoire de découvrir toute la difficulté pour un Sourd d’intervenir dans la vie d’une communauté entendante. En plus, ça aurait permis d’avoir une comédie sociale avec des bonnes blagues comme on aime, à la Intouchables. En gros, je me suis souvent emmerdé, mais je vais tout de même avouer que j’ai lâché une petite larme sur le climax où la jeune Bélier chante tout en rendant hommage à ses parents. Une fabuleuse scène qui valait à elle seule, le déplacement. Celle-ci et une autre. Une séquence de chorale où l’entendant pourra vivre durant quelques secondes dans la peau d’un sourd.

Surdité, prétexte ou sujet ?

Le pire dans toute cette histoire de Sourds, c’est que quand la jeune CODA (Children of Deaf Adults – terme généralement utilisé dans la communauté Sourde pour désigner un enfant entendant né de parents sourds, il est très souvent utilisé comme interprète pour faciliter les échanges entre les Sourds et le monde entendant – on peut même parler d’interprète fait maison) abandonne ses fonctions, les parents règlent le problème en deux secondes… Si seulement, ça pouvait être vrai. Heureusement qu’on a le professeur de chant joué par Eric Elmosnino, qui est sans doute le seul personnage marquant du film. Il faut dire que ses répliques sont parmi les plus délicieuses du film. Il joue un gros con, mais on a du mal à le détester.

Dommage que le film ne soit pas vraiment diffusé dans toute la France avec des sous-titres pour sourds et malentendants (c’est-à-dire hormis sur quelques séances spéciales comme c’est le cas pour la majorité des longs-métrages français). C’est quand même surprenant de voir qu’un film avec de la surdité n’en profite pas pour faire connaître ce handicap si souvent mal compris (je peux parler en toute connaissance de cause). En plus, ça pourrait faire le buzz. Aussi, je n’ai pas compris pourquoi le personnage de Louane s’exprime sans arrêt oralement alors qu’elle est en train de signer avec sa famille. Bon, je sais bien que c’est plus par facilité, mais tout de même… Autant aller jusqu’au bout.

Par Christophe Menat, le .

Photo de La Famille Bélier avec Louane Emera, Luca Gelberg, Karin Viard et François Damiens
Pff, le twist est prévisible. Tout le monde sait que c’est le père Bélier le tueur. Non, mais tu as vu son regard. Hein, comment ça, je n’ai rien compris au film ?

Conclusion

La Famille Bélier est un téléfilm qui a eu la chance de sortir au cinéma. Peu drôle, mais tout de même émouvant, elle ne se sert de la surdité comme d’un prétexte pour asseoir son histoire calquée sur Meilleur espoir féminin et les milliers d’autres (télé)films sur le sujet. Heureusement, l’émouvant climax remonte la note.

+

  • Climax émouvant
  • Le professeur de chant sadique

  • Scénario digne d’un épisode de Madame la Proviseure
  • La surdité, plus un prétexte qu’un véritable sujet
5/10

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