Critique : L’Odyssée de Pi

« Les animaux ont une âme… Je l’ai vu dans leurs yeux. »

Fiche

Adaptation du roman Histoire de Pi de Yann Martel
TitreL’Odyssée de Pi
RéalisateurAng Lee
ScénaristeDavid Magee
ActeursSuraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain, Tabu, Rafe Spall, Gérard Depardieu
Titre original:Life of Pi, L’histoire de Pi (Québec)Date de sortie:19 décembre 2012
Pays:USABudget:120 000 000 $
Genre:Aventure, DrameDurée:2h05

Après une enfance passée à Pondichéry en Inde, Pi Patel, 17 ans, embarque avec sa famille pour le Canada où l’attend une nouvelle vie. Mais son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il se retrouve seul survivant à bord d’un canot de sauvetage. Seul, ou presque… Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale est aussi du voyage. L’instinct de survie des deux naufragés leur fera vivre une odyssée hors du commun au cours de laquelle Pi devra développer son ingéniosité et faire preuve d’un courage insoupçonné pour survivre à cette aventure incroyable.

Critique

Des réalisateurs parmi les plus prestigieux ont été attachés au projet comme Night « Sixième Sens » Shyamalan, Alfonso « Les Fils de l’homme » Cuarón et Jean-Pierre « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » Jeunet avant qu’Ang « Le Secret de Brokeback Mountain » Lee ne récupère la barre et au final, 3 ans et demi ont été nécessaire pour concevoir le film. Il faut dire que sur papier, l’adaptation du roman de Yann Martel a tout du pari casse-gueule. En tout cas, il est clair et net qu’il n’aurait pas pu sortir dix ans plus tôt.

« Sur papier, l’adaptation du roman de Yann Martel a tout du pari casse-gueule. »

Pourquoi? Tout simplement parce que cette odyssée se déroule en majeure partie dans un canot de sauvetage où Pi est seul avec un… tigre! Il est bien sûr hors de question de hisser un félin dans le canot de sauvetage aux côtés de l’acteur, les sociétés protectrices des animaux vont péter un câble sans compter qu’un coup est vite parti entraînant alors la tête de l’acteur au fond de l’eau pour aller nourrir les poissons. Pour ce faire, ils ont donc embauché un tigre numérique et je peux vous avouer: j’ai été soufflé par la modélisation du tigre criante de vérité à tel point qu’on en vient parfois à douter s’il est réellement numérique, seules les phases où il est mouillé permettent de découvrir la supercherie.

Les chiffres pour le tigre de Bengale numérique donnent le tournis : pour sa fourrure (pion essentiel avec l’animation pour rendre un animal numérique convaincant), il a fallu quinze personnes pour concevoir ses dix millions de poils! Richard Parker, nom inoubliable donné au tigre et n’ayant rien à voir avec le père de Peter Parker alias Spider-Man, est dû en grande partie au superviseur des effets visuels Bill Westenhofer, déjà derrière le lion Aslan (Le Monde de Narnia). L’animation souvent déficiente pour les animaux en images de synthèse est cette fois-ci un des points forts, l’aide du dresseur français Thierry Leportier n’y a sans doute pas pour rien. Toutefois, une trentaine de plans ont été tournés avec des véritables tigres, une donnée rendant encore plus trouble la frontière entre la réalité et le numérique.

« Les chiffres pour le tigre de Bengale numérique donnent le tournis : pour sa fourrure, il a fallu quinze personnes pour concevoir ses dix millions de poils! »

Il n’est pas dans mes habitudes de consacrer un paragraphe entier à une créature numérique mais il faut dire que Richard Parker est une telle merveille et surtout le pion essentiel pour que le film fonctionne à la manière d’E.T. dans le long-métrage de Spielberg. Si la créature n’est pas convaincante, tout le film n’est alors qu’une vaste mascarade. Heureusement pour nous, ce n’est pas le cas. Malgré tout, difficile d’être aussi dithyrambique pour les autres animaux partageant brièvement le destin de Pi notamment le zèbre et le hyène. Elles se révèlent plutôt ratées et rappellent trop facilement que nous ne sommes que devant un film provoquant dès lors un blocage émotionnel. Heureusement, on les zappe assez vite.

A la manière de Tom Hanks dans Seul au Monde ou James Franco dans 127 Heures, Pi est seul pendant une grosse partie du film (le tigre numérique ne compte pas), il fallait donc un excellent acteur pour être capable de nous captiver et surtout d’interagir correctement avec le numérique. C’est presque par hasard que l’acteur Suraj Sharma fut embauché, il ne faisait qu’accompagner son frère à l’audition du film. L’acteur indien est la révélation du film capable de jouer juste et de simuler la folie le gagnant à chaque étape de son histoire. Car L’Odyssée de Pi est surtout une réflexion sur la religion et de l’évolution de Pi par rapport à celle-ci. La première partie axée autour de ce thème est une grosse réussite narrative et comique grâce à l’acteur incarnant Pi Patel âgé d’onze ans (Ayush Tandon). Cela permet d’installer cette fameuse histoire de la meilleure des manières. On pense notamment à Big Fish pour la façon dont l’histoire est racontée surtout pour le sens du merveilleux.

Il est important de souligner que le film ne se déroule pas de manière chronologique. En effet, c’est un Pi Patel vieux qui nous raconte son histoire, on sait donc d’avance qu’il réussira à s’en sortir vivant nuisant au fameux suspense, « s’en tira-t-il ou non ? ». Un point que je déteste mais en même temps, étant dans un film familial, la réponse semblait un peu trop évidente et c’est une autre question qui nous taraude. Richard Parker s’en tira-t-il? Car faire mourir un animal est un procédé souvent utilisé dans les films et vu avec quelle vigueur, on s’attache à ce tigre de Bengale, la douleur n’en serait que plus forte. Soulignons qu’il n’y a pas d’anthropomorphisme du tigre, Richard Parker reste un tigre de bout en bout et cela a pour conséquence de le rendre encore plus attachant car plus réel. L’autre avantage à avoir un Pi Patel narrateur concerne le twist final d’une force inouïe, un des plus beaux twists du cinéma interpellant directement le spectateur. Un véritable tour de force, déconcertant au premier abord mais dont l’ingéniosité demeure splendide une fois réflexion faite.

« Richard Parker s’en tira-t-il? »

Spoiler : la fin expliquée

Poser directement la question à l’écrivain/spectateur de savoir quelle histoire il préfère amène à se poser une réflexion philosophique car il n’est nul doute que la véritable histoire est la deuxième (celle racontée par Pi aux japonais de l’assurance). Le jeune garçon ne pouvant pas simuler au point de raconter avec vigueur et détresse l’histoire de sa mère et le cuisinier. L’écrivain en rajoute même une couche en raccordant les animaux aux véritables protagonistes de l’histoire. Nous savons alors quelle est la vérité mais comme les japonais et l’écrivain, nous préférons finalement l’histoire de Pi et Richard Parker même si la fin est dure (« Retourne-toi, putain de tigre! »).

La 3D est un autre avantage du film tant elle se révèle splendide sur certains plans car non seulement satisfait d’être une histoire puissante, L’Odyssée de Pi est aussi une œuvre visuellement magistrale. Au bout de vingt minutes, on finit par arrêter de compter les plans marquants. Il est drôle de voir que malgré leurs côtés poétiques, elles ne renient jamais leurs réalismes. Voir L’Odyssée de Pi en 3D, c’est l’assurance de vivre un voyage visuellement renversant. Un des plus beaux films existants.

Ang Lee va même plus loin que ces confrères avec la 3D en jouant avec le cadre pour renforcer l’immersion comme durant la fameuse scène des poissons volants même si on est choqué au début par le changement de ratio rappelant les passages IMAX du Dark Knight. D’ailleurs en parlant de réalisation, on est presque choqué par celle d’Ang Lee. Le réalisateur taïwanais n’emploie jamais de mouvements brusques même à bord du bateau qui va couler. Une forme de cinéma à l’ancienne et en voie de disparition. Une rareté.

Conclusion

Après Le Secret de Brokeback Mountain, Ang Lee signe ici un deuxième grand film. Une aventure de tous les instants servie par un tigre numérique magnifique et une belle histoire.

+– Richard Parker
– Visuellement splendide
– Belle histoire
– Twist final amené à la perfection
– 3D
– Toutes les créatures numériques ne sont pas au niveau du tigre de Bengale
9/10

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A propos de l'auteur : (2921 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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