Critique : Killer Joe

Le sale Texas

Fiche

Adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Tracy Letts
Réalisateur(s):William Friedkin (L’Exorciste)
Scénariste(s):Tracy Letts (Bug)
Acteurs :Matthew McConaughey (Magic Mike), Emile Hirsch (Into the Wild), Juno Temple (The Dark Knight Rises), Thomas Haden Church (John Carter), Gina Gershon (LOL USA), Marc Macaulay
Titre original:Date de sortie:5 septembre 2012
Pays:USABudget:10 000 000 $
Genre:Drame, Policier, ThrillerDurée:1h42

Chris, 22 ans, minable dealer de son état, doit trouver 6 000 dollars ou on ne donnera pas cher de sa peau. Une lueur d’espoir germe dans son esprit lorsque se présente à lui une arnaque à l’assurance vie. Celle que sa crapule de mère a contractée pour 50 000 dollars. Mais qui va se charger du sale boulot ?

Killer Joe est appelé à la rescousse. Flic le jour, tueur à gages la nuit, il pourrait être la solution au problème. Seul hic : il se fait payer d’avance, ce qui n’est clairement pas une option pour Chris qui n’a pas un sou en poche. Chris tente de négocier mais Killer Joe refuse d’aller plus loin. Il a des principes…jusqu’à ce qu’il rencontre Dottie, la charmante sœur de Chris.

Alors Killer Joe veut bien qu’on le paye sur le fric de l’assurance si on le laisse jouer avec Dottie.

Critique

Le grand retour du réalisateur William Friedkin se fait avec Killer Joe. Il faut dire que le bonhomme ne s’est jamais démarqué hormis sur deux fulgurances qu’il a signé coup sur coup : French Connection et L’Exorciste.

En adaptant la pièce de théâtre éponyme de 1991 et signé par son compère sur Bug, Tracy Letts. William Friedkin s’enhardit grâce à un script de base délicieux. En suivant la destinée d’un jeune texan dans la mouise totale, on découvre un milieu rarement montré au cinéma et encore moins de cette manière car il ne s’agit point de héros ici, seulement de ploucs – un peu à la manière d’Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola – qui s’adjoignent les services d’un tueur professionnel, le fameux Killer Joe.

Alors qu’on s’attendait à ce que ce soit Matthew McConaughey qui monopolise l’attention du spectateur tout le long, c’est un autre acteur ou plutôt une actrice qui s’en charge. Juno Temple est tout simplement digne d’une sirène, attirant votre regard à l’aide de son joli visage (bien calé entre ses beaux cheveux) et son jeu, si vous commencez à poser votre regard dessus, vous n’arriverez plus jamais à vous en détacher. Comme face une sirène, on ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec Dottie, le personnage de Juno Temple, est-elle folle ou incroyablement lucide ? Quoi qu’il en soit, elle demeure l’attraction du film. La voir reproduire les mouvements de combattants d’un film de Kung-Fu qu’elle visionne à la télévision est assez hypnotisant. On comprend alors mieux la volonté de Joe d’en vouloir faire son amante. Incroyable performance de l’actrice qui ne faiblit jamais sans compter que William Friedkin qui s’en sert pour une scène qu’on croirait sortie de L’Exorciste, une séquence où l’inceste chuchote.

Avant de s’attaquer Matthew McConaughey, signalons la crudité du film. Les tabous sautent dans tous les sens rappelant qu’on est dans un film du réalisateur qui avait traumatisé une génération avec son L’Exorciste. Il ne fallait vraiment pas avoir un problème avec la nudité pour les actrices tant elles sont montrées sous toutes les contours. Sans oublier des scènes incroyablement tendues et très connotées sexuellement, une scène de « viol » et une incroyable pipe forcée (seulement interdit aux moins de 12 ans?). On franchit un nouveau palier et la grande surprise est de voir l’acteur lisse Matthew McConaughey s’y coller.

Si sa performance globale est plutôt réussi, il souffre néanmoins de la comparaison avec Juno Temple du moins jusqu’au quart d’heure final où la folie de Joe explose. Matthew McConaughey devient alors monstrueux et se laisser aller dans les pires extrémités du sadisme sexuel. Une performance complètement folle pour un final complètement fou dont on en ressort soufflé par une tension à en pisser dans son pantalon (fallait pas avoir envie).

Le reste du casting demeure moindre surtout dû aux limites de leurs personnages, légèrement stéréotypés mais cela ne veut pas dire qu’ils sont inintéressants. Ils sont surtout un reflet d’une société pourrie où le Moi prime sur tout. Nul n’aura son heure de gloire, tout le monde aura son quart d’heure de honte et d’humiliation. Thomas Haden Church est assez hallucinant tant son personnage est écrasé par son entourage et l’étude de son comportement dans le final ferait le bonheur des psy en herbe. Difficile de croire qu’un tel acteur ait accepté de mettre son ego de côté pour ce personnage. Gina Gershon incarne la salope typique mais sa séquence dans le quart d’heure final est complètement folle. Le personnage d’Emile Hirsch, le héros, ne vaut pas mieux mais je n’en dis pas plus juste que la surprise est grande.

La réalisation est maîtrisée, la caméra se faisant oublier devant les évènements (toujours un élément essentiel quand on adapte une pièce de théâtre étant donné que dans ce domaine, le jeu d’acteur prime sur tout) sans oublier d’offrir quelques belles images. Malheureusement un gros bémol est à signaler. Lors du passage à tabac de Chris (Emile Hirsch), on est choqué par la chorégraphie digne d’un combat simulé d’écoliers. Les coups sont portés à une distance trop grande, les personnages ne réagissent pas correctement, une séquence qui a failli plomber le film alors qu’il offrait jusque là une maîtrise exemplaire du jeu du chat et de la souris. Ce problème est probablement dû à la volonté du réalisateur de ne faire que deux prises pour chaque scène, un effort louable quand il s’agit de scènes intimistes permettant aux acteurs d’aller jusqu’au bout le plus rapidement possible – Marilyn Monroe n’aurait pas pu – mais quand il s’agit des chorégraphies, c’est tout de suite moins pertinent.

Killer Joe n’est pas non plus dénué d’humour toutefois on verse davantage dans l’humour noir mais devant ce théâtre de marionnettes où chacun tente de contrôler son destin, difficile de ne pas rire (pourtant je ne suis pas trop fan de cet humour). William Friedkin pousse le vice encore plus loin en comparant son film à un Cendrillon moderne où Killer Joe serait le prince. Une réflexion pas si malavisée…

Conclusion

Difficile d’en dire plus sur Killer Joe tant il est important de conserver un effet de surprise devant l’accumulation de scènes chocs et de rebondissements. Néanmoins, on peut d’ores et déjà dire qu’il s’agit d’un film indispensable malgré une scène ratée.
+– Juno Temple
– Matthew McConaughey
– Le quart d’heure final
– Le passage à tabac
Trophée8/10

Killer Joe Affiche France

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