Nick la critique : The Birth of a Nation

Naissance d’une nation

Fiche

TitreThe Birth of a NationTitre VO
RéalisateurNate ParkerScénaristes Nate Parker
Acteurs Nate Parker, Armie Hammer, Mark Boone Junior, Colman Domingo, Aunjanue Ellis, Dwight Henry
Date de sortie11 / 01 / 2017Durée2h
GenreBiopic, Drame, HistoriqueBudget8 500 000 $

Trente ans avant la guerre de Sécession, Nat Turner est un esclave cultivé et un prédicateur très écouté.Son propriétaire, Samuel Turner, qui connaît des difficultés financières, accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, et en avoir lui-même souffert avec son épouse, Nat conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté…

Critique

Attention, cette critique contient des spoilers…

Bien entendu, avant de faire une critique constructive avec un peu d’humour pour commencer, parce que le reste n’est pas drôle, je vais tenter de faire un passage bref dans le temps. En effet, l’histoire se passe en Virginie. Et pour moi Virginie, c’est ça :

Un parcours façon Nate Parker

Nate Parker au cours d’un interview chez Hot 97 a évoqué son parcours de financement. Il a dû économiser pendant presque huit années. C’est le projet de sa vie.
En effet, le scénario d’un homme noir qui tue des esclavagistes pour sa liberté n’a jamais été traité dans le cadre d’une biographie historique.
Malheureusement, ce n’est pas sans embûches qu’il a financé ce film. Des voyages de sa poche pour trouver des investisseurs. 6 ans de « N.O.N ». Mais, il a fini par rassembler 10 millions sur les deux années qui ont suivi et un investisseur que beaucoup d’entre nous connaissent : Tony Parker. Encore un Parker, mais celui-là est basketteur.

Petit rappel historique

La réduction des noirs en esclavage vient d’un concept religieux faisant référence à Cham le fils de Noé. Noé l’avait mauvaise quand son fils l’a vu à poil. Cham rigolait. Et il l’a maudit en lui disant qu’il sera l’esclave des esclaves de ses frères. En réalité, cette malédiction s’abat sur Canaan, le futur petit-fils de Noé.
Ce passage fit l’objet de plusieurs interprétations dans d’autres religions. Les religieux se sont sentis inspirés d’une mission divine : punir et expier les noirs, les faire disparaître et le métissage à cette époque était une garantie à l’accession à la liberté.
Entre nous, ça aurait pu s’arrêter à Canaan tout ça.

Nous sommes en Virginie et l’esclavage est un commerce lucratif. Un commerce purement occidental et arabe à l’origine.[(L’esclavage n’a jamais été inventé en Afrique. La traite des noirs a commencé sous gestion européenne d’un côté et gestion arabe de l’autre.)] Les Indiens étant peu nombreux suite à un massacre et une destruction de leur civilisation, esclaves eux aussi, sont accompagnés par la traite des noirs qui fait mouche. Les maîtres avaient de sérieux problèmes à discipliner les esclaves. Certains faisaient la grève et prenaient la fuite. Les esclaves étaient presque incontrôlables au point que les maîtres s’en plaignent. La pendaison sur un arbre pour désobéissance et le code noir ne suffisaient pas pour tout couronner. En 1712, débarque Willie Lynch, père du lynchage. Voici un extrait de sa lettre aux maîtres d’esclaves:

J’ai dans mon sac, une méthode dont l’efficacité est prouvée dans le contrôle des esclaves noirs. Je garantis à chacun de vous que, bien appliquée, elle contrôlera les esclaves pour au moins 300 ans. Ma méthode est simple. Chaque membre de votre famille peut l’utiliser, ainsi que les superviseurs de vos plantations.

J’ai noté un certain nombre de différences parmi les esclaves, et j’ai utilisé ces différences en les agrandissant. J’utilise la peur, la méfiance, et l’envie pour des fins de contrôle. Ces méthodes ont bien marché dans ma modeste plantation et à travers tout le Sud. Retenez cette simple liste des différences et réfléchissez-en. En tête de ma liste est « l’âge » seulement parce que ce mot commence par la lettre a. Ensuite, il y a la « couleur » ou la physionomie. Il y a également : l’intelligence, le physique, le sexe, la taille des plantations, le statut dans la plantation, l’attitude des propriétaires, le lieu d’habitation des esclaves, la texture de ses cheveux, la taille. Maintenant que vous avez une liste des différences, je dois vous donner un aperçu des actions à entreprendre. Mais avant cela, je dois vous assurer que la méfiance est plus forte que la confiance, que l’envie est plus forte que l’adulation, le respect, ou l’admiration.

Après avoir subi cet endoctrinement, l’esclave noir va lui-même se charger de l’alimenter et de le propager pendant des centaines d’années voire des milliers. N’oubliez pas, vous devez opposer les vieux aux jeunes, les clair-de-peau aux sombre de peau. Utilisez les femmes contre les hommes et les hommes contre les femmes. Vous devez également avoir des servants blancs et des superviseurs qui n’ont pas confiance aux noirs. Mais par-dessus tout, vous devez réaliser qu’il est d’une nécessité absolue que vos esclaves n’aient confiance qu’en vous, et qu’ils ne dépendent que de vous. Qu’ils ne doivent aimer, respecter et n’avoir confiance qu’en vous. Messieurs, ces instruments sont la clé du contrôle. Utilisez-les, faites en sorte que vos femmes et vos enfants les utilisent, ne manquez jamais une occasion de les mettre en pratique. Si vous utilisez intensément ces instruments pendant un an, les esclaves eux-mêmes vont reproduire à perpétuité le manque de confiance entre-eux. Merci messieurs.

Voilà d’où vient ce fameux traumatisme post-esclavage laissé aux peuples qui en ont fait l’objet. Cette méthode a fait ses preuves et continue encore. Même un bourreau, c’est une tapette à côté de cette méthode.
Dites à un enfant qu’il est con tous les jours et son cerveau finira par le croire et pire, cette information va s’inscrire dans son code génétique et il grandira avec à moins de reprogrammer son cerveau s’il en a conscience. Eh oui, le cerveau peut oublier qu’il a cette information contenue dans l’ADN.
Maintenant, tu piges pourquoi je te parle d’ADN ?

Qui est Nat Turner ?

Nat Turner est né en 1800 en Virginie à Southampton County. Il naît enchaîné et enfant voit son père disparaître après avoir volé quelques mets pour nourrir sa famille.
Au début du film, on voit bien cette racine africaine dont il est issu. Ces rituels du Ghana, héritage de l’Égypte Antique. En effet, ces rituels sont de la tribu Ashanti (Coromantins), initiée à l’occulte plus connue sous le nom de dresseur de léopards.
Le petit Nat grandit avec sa culture d’origine mais est vite remarqué par sa maîtresse esclave Elizabeth Turner. Il joue avec son fils Sam régulièrement. Le mari étant pasteur et elle chrétienne aussi, elle l’initie à la lecture et au christianisme. Nat va même à l’église et fait la lecture en tant qu’esclave dans la maison de Dieu. Dieu, est-il au courant ? Sweet Jesus !

Le destin qui tourne

Le bon vieux pasteur Benjamin Turner casse sa pipe. Mais quand même, il a une petite pensée pour Nat : « Retourne dans les champs de coton ».
Évidemment, effet Lynch, il s’exécute. Mais il reste proche de ses nouvelles convictions : le christianisme.
En effet, son savoir biblique va servir de manière lucrative à Sam qui a grandi avec lui. Les maîtres n’en peuvent plus de leurs esclaves.
On appelle le « Bible Dude » Nat sans sa cape mais avec des chaînes à la place.
Les esclaves ne sont pas obéissants, alors donnez-leurs Jésus à bouffer par un des leurs pour qu’ils culpabilisent d’avoir désobéi à Dieu.
Effet Lynch : c’est Sam qui s’en met plein les fouilles.

L’amour donne des ailes

Un moment de souffle pour notre Bible Dude. Il fait la rencontre de Nancy qui deviendra sa femme et tombera enceinte. Mais l’effet Lynch, Nancy n’y échappe pas et elle fait l’objet d’un viol suivi de faits de violence humiliants pour lui rappeler son infériorité par rapport à ses maîtres.

La triste transition

Cette situation va changer notre héros en Avenger et avec raison. Nat Turner descend d’une tribu de guerriers militaires Ashanti qui ont historiquement posé beaucoup d’ennuis aux colons britanniques. Ils ont pris cher. D’après l’histoire, Nat aurait eu des visions de hiéroglyphes de batailles entre les noirs et les blancs pour la liberté. C’est comme chasser le naturel et il revient au galop. Le concept de Dieu unique ne dérangeait pas Nat puisque en Égypte, ils étaient monothéistes.
Le 11 février 1831, voyant en une éclipse annulaire de soleil le signe divin qu’il attendait, il décide de mener une action contre les propriétaires d’esclaves qu’il reporte.
Un second événement stellaire intervient le 13 août 1831, jour où le soleil se teinte d’une ombre verdâtre, sans doute due aux suites d’une éruption volcanique géante du Mont Saint-Hélène : Turner y voit un signe déclencheur et la révolte éclate une semaine plus tard, le 21 août 1831.
Par la suite, s’ensuit une tuerie de masse qui durera deux jours.
Nat sera jugé, puis pendu avec les siens.

Par , le16 janvier 2017.

Conclusion

Pour être tout à fait honnête, je n’aime pas ce genre de films en général. Mais là, je dois retirer mon bonnet qui fait office de chapeau pour saluer la détermination de Nate Turner.
Et d’ajouter, le film est bien fait.
Il est important de connaître son histoire, c’est vrai. De voir l’esclavage à travers la vision d’un africain-américain, c’est plus intéressant sur le plan émotionnel.
Ça remet les choses dans leur contexte. Les Africains en bon soldats et stratèges de guerres ont été vaincus sous le coup des armes à feu qu’ils n’ont eu que très tard. Et la défaite les a conduits en esclavage.
Savoir d’où l’on vient est important pour savoir où l’on va. Sinon, on se retrouve à reproduire les erreurs du passé. Nous avons ce devoir de mémoire pour devenir la meilleure version de nous-mêmes. Et cela, au rythme de chacun. Car, tout le monde ne grandit pas avec les mêmes traumatismes. La paix s’obtient en faisant la guerre à nos propres pensées.

+

  • La mise en scène interpelle assez vite
  • Le film a beaucoup de rythme
  • Les émotions sont bien amenées

  • Il y a beaucoup de scènes qui manquent
  • L’univers est trop saignant
8/10

J’ai eu envie de rajouter un bonus pour remonter le moral des lecteurs:

LES SAVANTS NOIRES

[#ACOMCULTURE] " Bien, bien, mais vraiment bien a savoir " LES SAVANTS NOIRES, par le chercheur Jean Philippe Omotunde !!! ( A SUIVRE)Connaissez-vous Norbert Rillieux, l’inventeur en 1848 de la cristallisation du sucre ? Georges R. Carruthers, qui créa en 1969 le convertisseur d’images, ou encore Garret A. Morgan, qui au début du siècle dernier inventa le masque à gaz et nous apporta l’indispensable feu de signalisation ? Non ? C’est normal, ces savants ne figurent pas dans les manuels scolaires francophones, ni même dans les ouvrages scientifiques spécialisés. Tous sont noirs et sont nés dans les Etats-Unis du 19è siècle. Parfois esclaves à leur naissance, ils sont parvenus à mener à bien leur scolarité et à participer à de grandes avancées scientifiques. Reconnus de longue date dans les pays anglophones.

Publié par ACOM Centrale sur jeudi 12 janvier 2017

Advertisements
A propos de l'auteur : (28 articles)

Comédien étudiant le théâtre à l'atelier de Caroline Rabaliatti à Fontenay-sous-Bois. Dessinateur, aussi. Il écrit des scénarii quand il peut le faire. Passionné de BD, il prépare la sienne.

Tu kiffes l'auteur ? Suis-le sur : Twitter, Facebook ou Google+.
  • Bathbro

    Un film que j’ai beaucoup apprécié d’un point vu historique. Ayant déjà apprécié Twelve Years a Slavej’étais plus qu’impatient de voir ce long-métrage . J’ai adoré.