Critique & Test Blu-ray : Dog Pound

Après le désormais culte Sheitan (avec Vincent Cassel dans le rôle d’un détraqué), le frenchie Kim Chapiron s’attaque au sujet épineux des prisons pour mineurs. Les différents accroches parsemées sur le dos du blu-ray (« Attention, film choc » entre autres) sont vraies. Une véritable claque.

Davis, 16 ans, trafic de stupéfiants.
Angel, 15 ans, vol de voiture avec violence.
Butch, 17 ans, agression sur un officier de probation.

Trois mineurs envoyés dans la prison pour mineurs d’Enola Vale.

Trois histoires, trois destinées.

Un film qui vous chope les tripes et ne vous laisse pas indifférent à la fin

Basé sur le milieu carcéral juvénile, Dog Pound (traduction : « La Fourrière ») renie les clichés du genre présentant systématiquement des gangs, des latinos blindés de tatouages, de blacks gros bras et des blancs nazis (le syndrome Prison Break en somme), c’est un vrai soulagement de ce côté-là. Parmi les trois personnages principaux, on a deux blancs et un latino, incarcérés pour des raisons différentes.

Ce film est aussi une vraie remise en question de l’incarcération juvénile. On voit qu’il n’y a pas vraiment de solutions proposées à ces adolescents, on pourrait dire que c’est même pire. Étant confronté à la violence au quotidien, leur seule solution est d’être à leur tour bourreau. Les gardiens ne font pas grand chose pour les aider et ceux qui essaient s’y prennent mal.

Dog Pound n’est pas à mettre en tous les mains. Certains scènes sont très dures, cette violence est amplifiée par le fait qu’il ne s’agit que d’adolescents paumés. Une scène touchante le rappelle : il s’agit de la visite des parents. Nos jeunes incarcérés changent complètement de comportements une fois confrontés à leurs géniteurs. Je n’ai pas envie d’en dire plus pour vous laisser la surprise (on pourra en discuter dans les commentaires).

Une révélation, Adam Butcher

Pour le rôle de Butch, le chanteur K’Naan était prévu au départ mais au dernier moment, il a du se désister et je dis : « heureusement ». Car à ce moment, Adam Butcher a été auditionné et il a tellement impressionné le réalisateur que ce dernier lui a confié le rôle sur le champ : « Lorsque j’ai rencontré Adam Butcher, j’ai tout de suite senti cette folie dans son regard. Sans même lui parler, j’ai su que c’ était lui », dixit Kim Chapiron.

Dans ce rôle de garçon ayant des problèmes de gestion de la colère, Adam Butcher explose. Il est réellement flippant à tel point que par moment, on se demande s’il ne vit pas son rôle, non même plus, s’il est le rôle ? La lecture des interview ne fait que le confirmer, Adam Butcher a été en garde à vue à deux reprises durant le tournage (ça a posé pas mal de problèmes à l’équipe étant donné qu’il est présent dans plus de 75% du long-métrage ^^). Il mériterait vraiment un oscar pour ce rôle mais malheureusement dans cette industrie fermée du cinéma, seuls les acteurs connus peuvent pointer pour recevoir une nomination.

Un bon blu-ray

La qualité de l’image et du son n’est pas transcendante (on ne parle pas d’Inception) mais permet d’apprécier la folie dans les yeux des personnages. Niveau bonus, on a trois making-of ( de 21’ à 4’), 5 scènes coupées et une bande annonce. Ni plus, ni moins, juste la moyenne. Vraiment dommage, on aurait bien aimé en savoir plus sur les acteurs.

Un excellent film sur le milieu carcéral avec un Adam Butcher habité. En suivant la destinée de ces trois personnages, vos tripes vont se remuer. Vous crierez vengeance avant d’assister bouche bée devant l’escalade de violence qui aboutira à une scène finale mémorable. Kim Chapiron confirme après Sheitan, je guette la sortie de son prochain film.

Ses scènes cultes : le visage d’Adam Butcher qui se tord de colère avec un regard qui confine aux limites de la folie lorsque l’un des gardiens le provoque et la scène finale (je ne vous en dis pas plus).

Film : 8/10

Un blu-ray de bonne qualité avec quelques bonus intéressants.

Image : 7/10
Son : 7/10
Bonus : 6/10

Anecdotes

Des non-professionnels
Dans Dog Pound, les seconds rôles de jeunes prisonniers sont principalement interprétés par des acteurs non professionnels, qui ont été recrutés par Kim Chapiron dans des gangs de rue. Le metteur en scène tenait absolument à ce que la majorité des détenus que l’on voit à l’écran soient réellement issus de milieux délinquants, afin d’accentuer l’aspect authentique du film. Au sujet de Taylor Poulin, prêtant ses traits à une brute épaisse martyrisant ses co-détenus, il s’agit en fait d’un jeune voyou rencontré dans une prison proche du lieu de tournage, dans laquelle Kim Chapiron s’était rendu pour y animer des ateliers théâtre.

Se renseigner…

Comme beaucoup d’autres réalisateurs de films carcéraux, Kim Chapiron a effectué un vaste travail documentaire sur les prisons américaines. Pendant un an, le réalisateur s’est rendu dans différents établissements pénitenciers pour mineurs, en prenant un maximum de notes (les enregistrements sonores et vidéos étant interdits). Sur place, il a pu constater que les gardiens sont loin d’être des brutes épaisses, et qu’ils éprouvent même une certaine empathie pour ces jeunes détenus. De même, les différentes administrations carcérales, fières de leurs établissements, ont très bien accueilli Kim Chapiron. On est donc bien loin des stéréotypes inhérents aux films de prison, faisant la part belle aux surveillants sadiques et aux directeurs tyranniques.

1ère visite en prison

Lors de sa première visite en prison, Kim Chapiron se remémore la manière plutôt amicale avec laquelle il a été accueilli par des membres de l’administration carcérale et des détenus : « Je n’oublierai jamais ma première visite en prison. Le gardien chef nous ouvre la grille, trois détenus nous attendent. L’un d’eux s’était écrit « Fuck the world » sur le bras avec une punaise. Sa blessure suintait encore. La grille se referme et à ma grande surprise, le gardien n’entre pas. Mon imagination se met en marche, je me vois kidnappé par les détenus avec une lame de rasoir ! Il n’en fut rien. Les trois jeunes ravis de recevoir de la visite nous ont baladés dans le centre, nous présentant à tout le monde », raconte-t-il.

Imprévus…

Pendant la répétition de la scène de la balafre dans le réfectoire, un comédien a réellement blessé son partenaire avec un couvert en plastique : « Nous avons vécu ce tournage avec la sensation constante d’être à la limite de la catastrophe… Ce n’était pas évident de se concentrer sur le jeu avec tout ce qui interférait autour. Chaque soir, avec mon assistant, nous préparions le programme du lendemain en nous demandant quel serait le drame de la journée. Par exemple, lorsqu’on a répété la scène de la balafre dans le réfectoire, eh bien le comédien a réellement balafré l’autre avec un couvert en plastique ! On l’a soigné et il a fallu retoucher l’image en postprod. C’était le drame de la journée », se remémore Kim Chapiron.

Un avis

Même si Kim Chapiron ne prétend apporter aucune solution au problème de la délinquance juvénile, il soutient tout de même l’idée qu’incarcérer des jeunes ne fait qu’envenimer les choses. En ce sens, Dog Pound est un film engagé, véhiculant les propres convictions du metteur en scène en matière de politique carcérale : « En parlant avec certains gardiens, et même certains prisonniers, on se rend compte que l’on vend de la peur pour acheter des prisons, pour acheter des hommes politiques qui vont combattre cette délinquance. Personne ne cherche vraiment à la résoudre, tout le monde en vit », explique le cinéaste.

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A propos de l'auteur : (2695 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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  • Un très bon film ! Vraiment une claque et le jeu d’acteur D’adam Butcher est hallucinant, ça aurait été vraiment dommage de passer à côté !

    PS : Merci pour le lien !

    • C’est clair, je n’avais pas pu le voir au cinéma parce que personne n’était branché (je me rappelle encore des arguments « Mais arrête, l’affiche est moisie, allons plutôt voir cette comédie romantique avec machin et machine). =((

      • Moi, mon avantage, c’est que la plupart du temps, mes potes me laissent choisir ce qu’on va voir (faut dire que je leurs ai fait connaitre un tas de films qu’ils adorent, du coup, ils me font confiance !^^). Si j’ai pas pu aller le voir au ciné, c’est parce qu’il n’était pas diffusé, ça m’avait bien mis en rogne !

        • D’un autre côté, je me dis que c’est logique que tu ais kiffé Dog Pound vu que d’après ton avatar, tu es un fan de Oz. :-c

          • En plein dans le mille !!! Je suis un très grand fan d’Oz, donc Dog pound ne pouvait que me plaire !^^

  • Phil Siné

    le film est pas mal du tout en effet… j’aurais du insister dessus lors de sa sortie 😉