Critique : Extrêmement fort et incroyablement près

A la mémoire de nos pères

Fiche

D’après le roman de Jonathan Safran Foer
Réalisateur(s): Stephen Daldry (The Reader, Billy Elliot)
Scénariste(s): Eric Roth (L’étrange histoire de Benjamin Button, Forrest Gump)
Acteurs: Thomas Horn, Tom Hanks (Il n’est jamais trop tard), Sandra Bullock (The Blind Side), Zoe Caldwell (Birth), John Goodman (The Artist), Max von Sydow (Robin des Bois), Viola Davis (La Couleur des sentiments), Jeffrey Wright (Source Code)
Titre original:Extremely Loud And Incredibly Close
Pays:USADate de sortie:29 février 2012
Genre:DrameDurée:2h08
Oskar Schell, 11 ans, est un jeune New-Yorkais à l’imagination débordante. Un an après la mort de son père dans les attentats du World Trade Center, le « jour le plus noir », selon l’adolescent, il découvre une clé dans les affaires du défunt. Déterminé à maintenir un lien avec l’homme qui lui a appris à surmonter ses plus grandes angoisses, il se met en tête de trouver la serrure qui correspond à la mystérieuse clé. Tandis qu’il sillonne la ville pour résoudre l’énigme, il croise toutes sortes d’individus qui, chacun à leur façon, sont des survivants. Chemin faisant, il découvre aussi des liens insoupçonnés avec son père qui lui manque terriblement et avec sa mère qui semble si loin de lui, mais aussi avec le monde déconcertant et périlleux qui l’entoure…

Critique

Extrêmement fort et incroyablement près est un film bourré de clichés, naïf et ouvertement humaniste pourtant la sauce prend. En se focalisant sur le nine-eleven (11/09), le nouveau long-métrage de Stephen Daldry s’installe déjà un contexte dramatique d’une puissance élevée dont il n’y a finalement que peu de besoin de développer.

La grosse performance du film est à décerner au débutant Thomas Horn, l’interprète d’Oskar, jeune garçon perturbé par la mort de son père qu’il chérissait plus que tout au monde. Une performance d’autant plus remarquable que le rôle n’était pas évident car il demande à porter tout le film seul et le jeune garçon s’en sort avec brio surtout durant les passages « émotions » (comprendre, capable de vous faire chialer) très nombreux dans le film. L’acteur dispose aussi de nombreuses mimiques qui le rend très attachant comme ce passage où il explique pour la première fois son projet au mystérieux « locataire »…

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…il accentue chacun des chiffres en les représentant avec ses mains tout en débitant à toute vitesse.

D’ailleurs en parlant du mystérieux locataire joué par Max von Sydow, il achève de faire d’Extrêmement fort et incroyablement près un drame réussi avec sa prestation d’un bonhomme muet et hanté par son passé dont les interactions sociales sont originales. Le summum de la confrontation entre Oskar et le vieil homme surviendra lors d’une scène où Oskar lui montre le répondeur contenant les derniers mots de son père. Une scène horrible mais tellement émouvante tant on voit la souffrance des personnages, c’est simple ce fut le premier (mais pas le dernier) passage du film où j’ai pleuré. Le pire sera atteint durant la résolution finale du mystère du long-métrage grâce à un grandiose Jeffrey Wright dont le monologue vibre en symbiose avec le ressenti d’Oskar donc le nôtre car nous avons auparavant vécu d’extraordinaires aventures humaines avec le jeune garçon et partagé ses angoisses (surtout lors des phases d’auto-mutilation représentant à merveille sa souffrance).

Tom Hanks et Sandra Bullock pourtant en haut de l’affiche n’apparaissent que très peu mais leurs énormes talents (surtout celui d’Hanks) font que leur présence plane tout au long du film.

Le film ne s’épargne pas de quelques défauts surtout un grand scepticisme face à la crédibilité de l’ensemble : la mère laisse le garçon se balader seul la nuit, traverser tout New-York, aller dans des zones pourtant connues pour être sensible. Encore plus vu qu’il s’agit du New-York post-11/09 donc paranoïaque. Même la révélation finale n’effacera pas ce constat :

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Désolé mais justifier qu’on a été vérifier chacun des Black pour éviter toute déconvenue à Oskar n’excuse en rien de l’avoir laissé déambuler dans New-York pendant un sacré bout de temps. Soit ça demande un courage hors norme ou une débilité profonde.

Ou peut-être que c’est typiquement new-yorkais mais à Paris, c’est simplement impensable. D’autres seront dérangés par le côté extrêmement naïf de l’ensemble (un peu Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil) que véhicule ces feel good movie comme La Couleur des Sentiments.

La technique est impeccable que ce soit le scénario, la réalisation ou la musique. Le scénario malgré une certaine banalité arrive à placer d’excellents moments forts principalement avec deux confrontations émotionnellement très puissantes ponctuées par des répliques qui font instantanément mouche. Un excellent travail de la part du scénariste de Forrest Gump dont le film fait beaucoup penser surtout cette propension au naïf, symbole de l’enfance chez Extrêmement fort et incroyablement près et du retard mental chez Forrest Gump (l’un et l’autre ne sont finalement pas si éloignés). Voir le monde sous ce regard naïf qui se dilue avec l’attentat 11/09 est une véritable épreuve pour le cœur tant on a envie de protéger nos enfants de la souffrance du monde.

En tout cas, je ne sais pas ce qui m’a pris avec ce film mais je n’avais jamais autant pleuré depuis La Ligne Verte et Le tombeau des Lucioles. Généralement avec un film, c’est une fois et toujours à la fin (du genre, le héros meurt en sauvant le monde, …) mais là, si je me rappelle bien et pas à la fin, c’est deux fois :

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l’écoute du répondeur avec le grand-père d’Oskar et le monologue de Jeffrey Wright alias le mystérieux Black.

Certains lui reprocheront une certaine tendance à vouloir tirer les larmes mais ce n’est seulement que le reflet de l’énorme tristesse qui s’est abattu sur Oskar. Une force capable de briser votre cœur et faire de vous un mort vivant. C’est pourquoi on sera encore plus admiratif envers ce garçon voulant à tout prix prolonger les « huit minutes » avec son père. Chacun a connu des peines dans sa vie et peut-être n’apprécie-t-il pas de revivre ces mêmes peines au cinéma. Car avant d’être un film joyeux, Extrêmement fort et incroyablement près est surtout un film très triste et le travail de deuil d’un enfant.

Conclusion

Extrêmement fort et incroyablement près est un film qui se vit plus qu’il ne s’étudie. Les ficelles cinématographiques sont classiques mais fonctionnent grâce à un scénario efficace à défaut d’être original et aux acteurs magnifiques avec en fer de lance un débutant, Thomas Horn qu’on devrait revoir. Un de mes coups de cœurs de cette année et le premier film de 2012 a avoir été capable de me faire pleurer pendant de longues minutes. Par rapport à la note, j’avoue avoir longuement hésité entre 8 ou 9 mais l’appel du cœur a triomphé car malgré ses défauts lourds, le film m’a vraiment touché.
+– pour faire pleurer, on a rarement fait mieux
– un jeune acteur extraordinaire : Thomas Horn
– Max von Sydow d’ailleurs nominé
– une histoire de deuil touchante
– pour faire pleurer, on a rarement fait mieux
– le côté tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil mais d’un autre côté, c’est pour ça qu’on aime ces films
9/10

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A propos de l'auteur : (2792 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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