"Il n'y a pas de mal à se moquer des abrutis. Ils sont là pour ça, non ?" (Brochant - Le diner de cons)

[Critique] Eva

Eva-Banniere
L’I.A. est femme

Fiche

Réalisateur(s):Kike Maillo
Scénariste(s):Sergi Belbel, Cristina Clemente, Martí Roca, Aintza Serra
Acteurs:Daniel Brühl (Intruders), Marta Etura (Malveillance), Alberto Amman (Cellule 211), Claudia Vega, Anne Canovas, Lluis Homar
Pays:Espagne, FranceDate de sortie:21 mars 2012
Genre:Drame, Fantastique, Science fictionDurée:1h34
2041. Alex, un ingénieur de renom, est rappelé par la Faculté de Robotique, après dix ans d’absence, pour créer le premier robot libre : un enfant androïde. Il retrouve alors Lana, son amour de jeunesse, et son frère David, qui ont refait leur vie ensemble. Et il va surtout faire la connaissance d’Eva, sa nièce, une petite fille étonnante et charismatique. Entre Eva et Alex se dessine une relation particulière, et ce dernier décide alors, contre l’avis de sa mère Lana, de prendre Eva pour modèle de son futur androïde…
Photo d'Eva

Alex est chargé de créer une nouvelle génération de robot. 

Critique

Encore un film fantastique espagnol ? Ne le dites pas à Yannick Noah, il va les accuser de dopage et c’est Nadal qui va faire la gueule. Quoiqu’il en soit, le cinéma fantastique de la péninsule ibérique est décidément en feu. Ce n’est pas avec nos compatriotes français qu’on va pouvoir rivaliser (heureusement qu’on est Intouchables). Bref, allons les espionner.

Dans un futur où les robots font désormais partie de la vie courante, un homme est dépêché pour pondre une nouvelle génération de robot encore plus vrai que nature. Cherchant un modèle pour son robot, il tombe sur Eva, la fille de son ancienne petite amie et désormais mariée à son frère. Vous voyez déjà le schmilblick, la fille, l’ex, le frère. Un beau bordel tout ça. Le noyau d’un bon drame.

Pour commencer, on peut déjà parler des images de synthèses. Vous vous en doutez bien que dans un univers rempli de robots… La première apparition fait très, très peur. Il s’agit du chat robotique du héros. Alors que la caméra suit Alex Garel (Daniel Brühl) à la descente de l’avion, on voit le chat (ajouté par ordinateur) le suivre. Déjà l’animation est très mal foutue donnant l’impression de regarder un film de Ray Harryhausen (Le Choc des Titans old-school) avec ses animatroniques au rythme saccadé. Et en plus, quand on observe bien le sol, on se rend compte que l’ « animal » ne laisse pas de traces sur le sol (encore plus flagrant car il s’agit de la neige).

On commence sérieusement à s’inquiéter car il est connu qu’on a besoin de croire pour s’impliquer émotionnellement. Toutefois, je vous rassure tout de suite, ça s’arrange nettement par la suite notamment dans les lieux clos (bien plus propices à des intégrations par ordinateur). Surtout le réalisateur mélange à merveille véritables robots et images de synthèse à tel point qu’on ne sait même plus faire la différence (je n’étais pas aidé non plus par la qualité moyenne de l’image dans ma salle de cinéma). Bref, on y croit et on délaisse avec grand soulagement l’inquiétude primaire pour ce genre de films.

L’histoire offerte est simple et propice aux sentiments. Surtout l’idylle qui renaît tel le phénix entre Alex et Lana (la mère d’Eva) offre de très bons moments et de plans puissants comme la première fois qu’ils se revoient. Peu de dialogues entre eux sinon de bavardages peu dignes d’intérêt avec la famille mais un jeu de regard qui vaut bien plus que mille mots. En un mot: efficace.

Photo d'Eva

Claudia Vega (à droite) interprète Eva et subjugue. 

Eva suit deux histoires en parallèle et se chevauchant momentanément, cela a pour conséquence de ne jamais ennuyer le spectateur alors partagé entre le film d’anticipation et le drame classique. Le côté anticipation ne prend jamais le pas sur l’histoire au contraire, elle le sert, ce qui est plutôt rare car cela a plutôt tendance à l’alourdir ou à la plomber quand il ne s’agit pas de masquer les faiblesses d’un scénario vu et revu (remember Time Out).

La performance du film est à décerner à la jeune Claudia Vega, l’interprète d’Eva qui nous subjugue comme elle subjugue le héros. Sans oublier, Max le robot à tout faire (moi aussi, j’en veux un) incarné à merveille par Lluis Homar (vu dans Les yeux de Julia). Mais c’est vraiment le rôle de Julia qui devrait être réussi car c’est là que réside le cœur du film.

Pour la suite, je mets entièrement en spoiler et je ne vous conseille de ne pas le lire à moins de vous gâcher le film. Ceux qui s’en foutent du film ou ceux qui l’ont déjà vu, vous pouvez y aller :

Spoiler

Le film est très réussi de bout en bout mais comporte un très gros bémol en effet, son twist est totalement incohérent. Il a le mérite de marquer (voir traumatiser) mais est néanmoins trop peu crédible. Je m’explique, on nous apprend qu’Eva est en fait un robot. Mais comment est-ce possible ? Car cela présuppose que ça fait 10 ans qu’Eva ne vieillit pas, elle devrait avoir quand même la puce à l’oreille (sans mauvais jeu de mot), non ? Pour ceux partisans de l’excuse « on a reconfiguré sa mémoire », malheureusement ça ne tient pas la route car il est clairement explicité que les robots accumulent la mémoire et ne la perdent qu’avec la fameuse phrase d’arrêt (comme vu avec la scène du robot que créé Alex).

Toutefois, l’excuse « les robots n’ont pas conscience d’être des robots » peut convenir même si finalement un peu facile. Toutefois 10 ans, ça fait très long et comment ne pas imaginer qu’un enfant de l’école d’Eva n’ait pas révélé la supercherie via une insulte « De toute façon, t’est qu’un robot », de même qu’Eva doit être bloquée dans la même classe depuis des années. Bref, le fait qu’Eva soit un robot pose beaucoup de problème heureusement la majorité des spectateurs, sous le choc de la révélation, ne penseront même pas à ce problème.

Pourquoi, j’y ai pensé ? Tout simplement parce qu’avant de voir le film, je me suis demandé si on n’était dans une relecture du chef d’œuvre de Spielberg, A.I. Intelligence artificielle. Toutefois, Eva sera nettement plus grand public car elle ne pose pas le cruel dilemme dès le départ. Dans le film de Spielberg, il ne s’agit que d’un robot et c’est nous qui projetons notre empathie sur lui. Il n’a pas de conscience, ni d’âme. Il s’agit tout simplement d’un algorithme alors à la recherche d’une famille et son programme a calculé que pour en disposer, il fallait alors devenir humain. Du coup, un énorme sentiment de malaise en ressort, pourquoi s’inquiéter vu qu’il ne s’agit que d’un robot. Dans Eva, on retrouve ce désarroi à la fin, au moment d’éteindre Eva. Car cette petite fille n’est qu’une machine, un amalgame de rouages et de programmes informatiques. Mais la différence par rapport aux autres robots, c’est que David (le héros d’A.I.) et Eva ont conscience qu’ils sont des robots et de leur finalité. Or ne dit-on pas que le propre de l’homme est d’avoir conscience de sa mort?

En tout cas, le final est d’une beauté absolue.

Photo d'Eva

Ce robot est extraordinaire, je n’ai pas réussi à savoir s’il s’agissait d’images de synthèse ou d’un véritable robot. 

Conclusion

Eva est un bon/beau film sur un sujet n’étant pas sans rappeler l’A.I. de Spielberg/Kubrick. Un divertissement efficace malheureusement légèrement gâché par un petit détail qui l’empêche d’aller plus haut (voir la partie spoiler).
+- les interprètes sont très bons (notamment Claudia Vega)
- le côté anticipation réussi
- touchant
- réflexion philosophique
-- les premiers effets spéciaux
- le détail (spoiler)
Trophée7/10

Affiche d'Eva
VN:F [1.9.22_1171]
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A propos de l'auteur : (1379 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.


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