Critique : Chappie

RoboCop l’extra-terrestre

Fiche

Titre:Chappie
Réalisateur(s):Neill Blomkamp
Scénariste(s): Neill Blomkamp, Terri Tatchell
Acteurs: Sharlto Copley, Dev Patel, Ninja, Yo-Landi Visser, Jose Pablo Cantillo, Hugh Jackman, Sigourney Weaver, Brandon Auret
Titre original:Date de sortie:04 / 03 / 2015
Pays:États-Unis, MexiqueBudget:49 000 000 $
Genre:Action, Comédie, Science fiction, ThrillerDurée:2h

Dans un futur proche, la population, opprimée par une police entièrement robotisée, commence à se rebeller. Chappie, l’un de ces droïdes policiers, est kidnappé. Reprogrammé, il devient le premier robot capable de penser et ressentir par lui-même. Mais des forces puissantes, destructrices, considèrent Chappie comme un danger pour l’humanité et l’ordre établi. Elles vont tout faire pour maintenir le statu quo et s’assurer qu’il soit le premier, et le dernier, de son espèce.

Un vrai bordel ambulant, ce robot. Euh… Z’en veux un !

Critique

Neill Blomkamp est-il l’homme d’un seul film ? La question méritait d’être posée après le visionnage d’Elysium. Certes, District 9 était un film génial, une véritable bouffée d’air frais, mais Elysium, malgré ses qualités, cumulait pas mal de défauts, dont principalement une narration mal soutenue. Troisième long-métrage du réalisateur originaire d’Afrique du Sud, Chappie est l’occasion parfaite pour obtenir une réponse.

Pour tourner Chappie, Neill Blomkamp est retourné à Johannesburg, là où il avait réalisé District 9. Un moyen de renouer avec ses origines (et par extension, le succès) ? Chacun jugera. Quoiqu’il en soit, Chappie est une réussite à situer au même niveau que le premier long-métrage du réalisateur.

Retour aux sources

Ce qui surprend d’emblée, c’est le ton du film. Loin de vouloir s’inscrire dans le carcan d’Hollywood, ce que malheureusement Elysium avait fait (surtout dans sa deuxième partie), Chappie a un look documentaire. Principalement, avec ses environnements criants de réalisme. Il n’y a qu’à voir le passage où Vincent (Hugh Jackman) va se calmer dans les toilettes de l’entreprise : on peut observer un coin soigneusement réservé à ses affaires avec un petit mot pour préciser qu’il s’agit des affaires de Vincent. Ce sont des petits détails qui font un tout et qui confère à Chappie, un réalisme bienvenu, se rapprochant par-là de District 9. Par contre, les placements de produit par Sony commencent à devenir un poil gênant. Comme cette tour Vodacom (filmée je ne sais pas combien de fois d’affilée) ou les Playstation 4 capables d’accomplir une prouesse confinant aux sommets de la technologie. Ce sont aussi des petits détails, mais qui, cette fois-ci, nuisent au film.

Fort heureusement, Neill Blomkamp a réussi à pondre une histoire prenante, même si peu originale (le gars avoue carrément s’être inspiré de RoboCop – allant jusqu’à pomper le look de l’ED 209 pour son boss final – et E.T. l’extra-terrestre). Du coup, difficile de crier au génie pour Chappie, tant l’ensemble procure souvent la sensation de déjà vu : tu prends RoboCop, tu prends E.T. et l’ambiance de District 9, ça donne le film du jour. Par contre, il s’agit d’une vraie réussite (j’ai été pris du début à la fin), à commencer par la personnalité et le look de Chappie. Le robot, clairement inspiré d’Appleseed, est celui qui amène de la magie au long-métrage. Il n’y a rien de compliqué pour le définir, c’est un enfant dans le corps d’un robot surpuissant. Du nouveau-né, il partage la même innocence. Cela donne une créature qu’on a envie de protéger et de chérir. Malheureusement, Chappie est plongé dans un monde de violence n’ayant rien à envier au Detroit de RoboCop. Tu imagines un peu E.T. à Detroit, avec les racailles, les dealers, et tout ? Comment veux-tu ne pas être dans un état de stress permanent ?

Chappie, ou quand E.T. l’extra-terrestre et RoboCop ont un enfant

C’est un artifice narratif ultra simple, mais qui fait mouche grâce à l’excellente prestation de Sharlto Copley (qui, pour la troisième fois d’affilée, retrouve son pote de lycée Neill) en Chappie grâce à une des plus belles technologies du cinéma, la motion-capture (ici, impeccable au point qu’on a du mal à croire que ce soit un robot en image de synthèse). De par sa morphologie, Chappie n’est capable que de très peu d’expressions faciales (une espèce de mono-sourcil qui bouge verticalement, une visière électronique pour simuler le regard, et basta), mais bizarrement, on a l’impression d’avoir beaucoup plus. Merci, le jeu du corps de Copley.

Si Neill Blomkamp n’édulcore pas la violence (il y a de nombreux passages assez durs, comme la fois où Chappie est abandonné ou encore, le sort d’Amerika), cela ne l’empêche pas de faire beaucoup d’humour, à tel point qu’on se croirait parfois chez Pixar… version adulte, évidemment. Voir Chappie, jouer au gangsta, ça m’a bien fait marrer. Je m’étais tellement attaché au robot que j’étais vraiment stressé à la fin. Il faut dire que Neill Blomkamp balance un climax de malade où il est difficile de présager ce qu’il va se passer.

Ninja, le Végéta live

Pour le reste du casting, que du bon. Avec en tête, les gentils-méchants incarnés par un vrai couple dans la vie, les deux membres du groupe de rap-rave sud-africain Die Antwoord, Ninja et Yo-Landi Vi$$er. Ces deux-là, surtout Ninja, sont des vrais méchants. Si Yo-Landi se prend vite d’affection pour Chappie, Ninja continue à être un immonde bâtard. Pourtant, malgré toutes ses méchancetés et manipulations, il devient un personnage attachant. Ce dernier est la véritable réussite du long-métrage avec le robot. Il est à la fois méchant et gentil. Un Végéta. Et comment ne pas aimer Végéta ?

Par contre, le vrai bad guy, c’est Hugh Jackman. Affabulé d’une coupe de cheveux ringarde et d’un immonde short long, le mec semble être un lointain cousin (bouseux) de Crocodile Dundee. Mais quel enculé ! Oh oui, un de la plus belle espèce. Au point qu’au début, j’étais un peu décontenancé. Mince, quoi, c’est Wolverine. Il ne peut pas être aussi détestable comme individu. Le sort final qui lui est réservé est juste jouissif ! Oh oui, mon gars, j’ai esquissé un énorme sourire.

Par Christophe Menat, le .

Aie, aie, elle a voulu lui apprendre à danser. Et lui, en échange, il lui a marché sur le pied.

Conclusion

Émouvant, stressant, drôle et fun, Chappie est un très bon film. Un Real Steel plus adulte, pourrait-on dire. Une comparaison parfaite car, en plus, il y a aussi Hugh Jackman. Malheureusement, le fait qu’il recopie autant la concurrence l’empêche d’être plus. Quoiqu’il en soit, il prouve que Neill Blomkamp n’était pas l’homme d’un seul film.

+

  • Chappie, un robot (vraiment) attachant
  • Des scènes d’action correctement emballées
  • Un mélange de genre impeccable
  • Prenant du début à la fin
  • Des personnages secondaires ambigus

  • Beaucoup trop d’éléments recopiés sur d’autres œuvres
  • Les placements produits peu discrets de Sony (mention spéciale à Vodacom)
8/10
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A propos de l'auteur : (2791 articles)

Fou de cinéma depuis qu'il a vu son premier film dans les salles obscures : Jurassic Park. Pleure quand le requin meurt dans Les Dents de la Mer. Plus tard au collège, il a succombé aux comics grâce (ou à cause) à un pote. Les jeux vidéo, il y touche depuis Les Schtroumpfs sur la Colecovision.

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